25 octobre 2021
Critiques

Whiplash : Le meilleur film de 2014 ?

Damien Chazelle en est à son deuxième long-métrage avec "Whiplash" (distribué par Ad Vitam), mais on devine déjà qu'il fera partie des réalisateurs qui vont compter dans le paysage cinématographique des prochaines années. Adaptant avec "Whiplash" son court-métrage qui avait remporté le Prix du jury au festival de Sundance 2013, le film sort sur les écrans accompagné de critiques dithyrambiques confirmant ainsi les nombreuses récompenses qu'il a reçues au cours de l'année, notamment à Sundance ou au Festival de Deauville (il a reçu le Grand Prix et le Prix du Public).

Andrew, 19 ans, vient d'intégrer la prestigieuse Schaeffer Academy, l'une des meilleures écoles de musique du pays et rêve de devenir le nouveau Buddy Rich, incontournable batteur de jazz. Il se fait remarquer alors remarqué par Terence Fletcher, professeur qui dirige l'orchestre de jazz. Mais Fletcher s'avère vite intraitable, obsédé par l'excellence et pousse le jeune homme à dépasser ses limites au risque de le conduire à sa perte... Le héros va en effet subir au quotidien les humiliations et coups de gueule de son professeur, qui n'hésitera pas par ailleurs à le manipuler pour arriver à ses fins (il se joue de lui en le faisant tour à tour premier puis second, et ainsi de suite, batteur de l'orchestre).

Au delà de la relation ambiguë d'amour-haine à la limite du sadomasochisme qui se noue entre les deux protagonistes, le film s'interroge avant tout sur le point de savoir jusqu'où faut-il aller pour atteindre ses rêves; l'implication sans bornes d'Andrew à atteindre son objectif, sacrifiant tout au passage (comme sa petite amie), donne au final plus froid dans le dos qu'elle ne force le respect, tant il semble en perdre tout le plaisir que devrait lui procurer la pratique d'un instrument et le fait de jouer de la musique. D'ailleurs, le spectateur a bien souvent l'impression d'assister à un entrainement sportif et de se retrouver plonger sur un ring de boxe. C'est à "Rocky" que le spectateur pense quand il voit Andrew, dans l'une des scènes les plus saisissantes du film, s'entraîner à augmenter son tempo jusqu'à finir les mains ensanglantées. La scène est filmée avec une telle intensité, au plus près des cymbales, des baguettes cassées, de la sueur du jeune artiste et des gouttes de sang que le spectateur, pris dans ses tripes, souffre alors tout autant que le héros.

La réussite du film doit aussi beaucoup à ses deux acteurs époustouflants : Miles Teller (un charme fou, un physique d'acteur des années 50 qui fait penser au jeune Robert Mitchum) est habité par le personnage et ses performances à la batterie sont bluffantes (il est batteur et saxophoniste à la ville). Face à lui, JK Simmons prouve qu'il n'est jamais aussi bon que dans le rôle d'un sadique (son rôle d'aryen dans l'excellente série "Oz" est resté graver toutes les mémoires). Quant à la musique, elle devrait ravir tous les fans de jazz (notamment, la scène finale, point d'orgue du film, est l'occasion d'une formidable impro à la batterie, expliquant par là en quoi le jazz est une musique qui procure des émotions comme aucun autre genre musical n'arrive à en donner), mais devrait séduire également les néophytes. L'un des meilleurs films indépendants de 2014, à voir impérativement, fan de jazz ou pas.

Auteure :Karine LebretonTous nos contenus sur "Whiplash" Toutes les critiques de "Karine Lebreton"

ça peut vous interesser

Rouge : Des places à gagner pour la sortie nationale

Rédaction

Rouge : La voix est une arme

Rédaction

Profession du père : Bluffant menteur !

Rédaction