25 octobre 2021
Critiques

Whiplash : Quel spectacle !

Le jazz a toujours suscité questionnement et fascination. De ses origines à nos jours, on a cessé de le mélanger au blues, de l'associer à une musique destinée pour des personnes de goût. Il a su se démarquer par son aspect très carré et d'aucun ne dirait qu'il s'agit d'une musique intelligente. Le cinéma nous a gratifiés de chefs d'oeuvres concernant le jazz, par exemple "St. Louis Blues" ou le magnifique "Bird" de Clint Eastwood retraçant la vie de Charlie "Bird" Parker en attendant le biopic sur Miles Davis : Miles Ahead. Le film "Whiplash" est à l'image de ses intentions en matière musicale : carré, propre et sophistiqué.

"Whiplash" nous introduit au personnage d'Andy, interprété par Miles Teller, jeune batteur étudiant dans une prestigieuse école new-yorkaise, fan de Buddy Rich, et voulant devenir le meilleur batteur de jazz. Pour cela il doit intégrer la meilleure classe de l'école et il n'y arrivera que s'il est choisi par le professeur de cette classe : Fletcher interprété par J.K Simmons. Ce dernier tient d'une main de fer sa classe et pousse ses élèves au-delà de ce que l'on attend d'eux en faisant ce qu'il faut pour les pousser à bout. Il a un profil très militaire en arrivant à l'heure exacte, en étant ferme avec chacun de ses élèves, et n'hésitant pas à écarter ceux qui viendraient entraver le bon déroulement de son cours. Il joue donc avec Andy pour savoir s'il capable de transcender son art et peut-être devenir le prochain Charlie Parker. Car c'est grâce à un coup de semonce que ce dernier s'est mis sérieusement à la musique, et c'est parce qu'il s'est entrainé énormément qu'il est devenu l'un des meilleurs musiciens du XXème siècle. À partir de ce moment, le personnage d'Andy se déshumanise pour se concentrer uniquement sur la batterie. Il quitte la fille avec qui il sort en lui expliquant qu'elle l'empêchera de devenir le meilleur batteur de jazz, que lui a un avenir et elle non. Il se détache encore plus de sa famille qui le raille en raison de ses aspirations musicales. Andy se laissera emporter dans le jeu de Fletcher qui obtiendra finalement ce qu'il voudra du jeune batteur en fin de film.

"Whiplash" est un succès un peu partout dans le monde. Il est inspirant, bien écrit et magistralement interprété. On adore voir J.K Simmons enfoncer ses élèves et obtenir ce qu'il veut d'eux, son personnage semble se caler sur la musique jazz, il est très ordonné, très carré, mais dès qu'une fausse note vient s'immiscer dans sa conception de la musique il explose pour notre plus grand plaisir. En face de lui, Miles Teller joue avec brio la rapide progression vers ce qu'il imagine être l'excellence. On le voit lutter pour maîtriser le fameux "Double Time Swing", saigner, plonger ses mains dans de la glace pour tuer la douleur - peut-être une référence à The Rocker sur un ton beaucoup plus sérieux - allant jusqu'à donner des coups de poings dans sa caisse claire car il n'arrive pas à être exactement dans le tempo exigé par Fletcher. De nombreux inserts, surtout en fin de film, mettent en avant la sueur, le sang sur les cymbales et nous montrent par ce procédé qu'Andy a donné tout ce qu'il avait. Du petit jeu installé entre les personnages c'est Fletcher qui gagne car il finit par obtenir ce qu'il veut d'Andy, même si ce dernier en fin de film lance la musique par lui-même et va jusqu'au bout pour prouver qu'il est capable d'aller au-delà de ce que l'on attend de lui.

Les films américains subissent en général des reproches liés aux grands thèmes qu'ils abordent : la famille, l'amour, la patrie, le travail. "Whiplash" semble aller dans le sens inverse de ces valeurs. La famille d'Andy n'en a que faire de son amour pour la batterie, ils sont embarrassés de lui poser la question de savoir ce qu'il fait. Lors d'un repas de famille, son grand frère arrive et il est félicité par tout le monde pour ses résultats sportifs. La musique et plus particulièrement le jazz semblent souffrir d'une mauvaise réputation en ce qui concerne l'avenir des jeunes. L'amour est torpillé de manière assez intéressante pour être mentionné. Andy largue sa copine car elle est un frein à son ascension musicale. Il se débarrasse de tout ce qui pourrait l'empêcher d'avancer. Même si, avant le concert à la fin du film, il l'appelle pour s'excuser et lui proposer de venir le voir, elle est déjà passée à autre chose. Le travail est ici critiqué de manière virulente car Fletcher pousse Andy à s'entrainer au maximum de ses possibilités. Enfin la patrie n'est pas très représentée à part le fait que le film a lieu à New-York et lorsqu'ils font le concert en fin de film, Fletcher parle au public en leur disant qu'ils ont devant eux quelques uns des meilleurs musiciens de New-York donc quelques uns des meilleurs musiciens du monde.

"Whiplash" est une réussite dans son ensemble pour une dernière raison : le rythme. Ce qui fait la force du film c'est que l'on ne s'ennuie pas une seule seconde. Tout ce qui est en rapport avec la musique est millimétré. Le montage est efficace et le panoramique extrêmement rapide dans la séquence de fin témoigne de l'intensité qui atteint son paroxysme entre les deux protagonistes. Pour son premier long-métrage, Damien Chazelle fait montre d'une maîtrise digne des plus grands réalisateurs et nous offre un spectacle musical et visuel exceptionnel qui mérite amplement son succès.

Auteur :Hadrien BertrandTous nos contenus sur "Whiplash" Toutes les critiques de "Hadrien Bertrand"

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