1 décembre 2021
Archives Critiques

Windtalkers : Manque d’ambition

John Woo rassemble Nicolas Cage et Christian Slater dans "Windtalkers" (distribué par Pathé Films), une chronique basée sur des faits réels relatant un épisode peu connu de la Seconde Guerre mondiale : le rôle déterminant des indiens Navajos lors du conflit dans le Pacifique. Recrutés dans les marines, ceux-ci étaient formés aux méthodes de codage et utilisaient leur langue maternelle afin de dérouter les japonais et les empêcher de traduire les communications de l'armée.

Dés le départ, le bruitage des mitraillettes est amplifié au point d'en être assourdissant. Dans la foulée, l'éternel plan sur le drapeau de l'oncle Sam claquant au vent précède le défilement de soldats qui tombent sous les balles. Ces affrontements donnent lieu à des élans patriotiques exaltant l'esprit de courage, d'héroïsme et d'honneur. Entre quelques clichés (le marine endurci et grimaçant) et scènes clins d'œil (la ruse pour s'infiltrer dans le camp ennemi), John Woo accumule les traditionnelles séquences de bataille - qui auraient pu être confiées au premier tâcheron hollywoodien - sans aucun réalisme, s'étirant en longueur et qui finissent par écraser les ressorts dramatiques. Ainsi, ces histoires d'amitiés entre militaires de culture différente auraient certainement valorisé le récit si elles avaient eu davantage de relief (ici, la relation entre Anderson et Whitehorse se limite à un duo musical).

Quant aux interprètes, ils parviennent tant bien que mal à tirer leur épingle du jeu. Les deux "anges gardiens" sont incarnés par Nicolas Cage qui entre une nouvelle fois dans la peau d'un personnage torturé (genre dont il s'est fait une spécialité) et Christian Slater qui se montre un peu moins inexpressif que d'habitude. On accordera également une mention spéciale à Adam Beach (Ben Yazhee) qui se révèle très convaincant en soldat candide découvrant l'horreur de sa condition. Le cinéaste tenait un sujet pourtant intéressant et le moyen de rendre un bel hommage mais son traitement va à l'encontre de ce que l'on pouvait espérer et laisse par ailleurs très peu de place au mysticisme indien. En outre, n'avait-il pas dénaturé l'esprit originel de la série Mission : Impossible en signant cette piteuse suite ? Bref, tout ça pour dire que l'on regrette le John Woo de Hong Kong lorsqu'il tournait de vrais polars avec entre autres Chow Yun Fat au générique.

D'une vue générale, "Windtalkers" est une œuvre dénuée de toute ambition scénaristique et artistique à la réalisation impersonnelle qui vient s'inscrire dans la mouvance d'aberrations filmiques tels que Nous étions soldats, La chute du faucon noir ou encore Pearl Harbor. Pourquoi ne voit-on plus sur les écrans des films comme "Apocalypse Now" ou "La Ligne Rouge" qui portent un véritable regard critique sur la guerre alors que prolifère ce genre de production au propos désuet ?

Auteur :Fabien Rousseau
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