21 janvier 2020
Critiques

Wonder Woman : Sur mon île, je vivais heureux, j’aurais jamais dû m’éloigner de mon île !

Si on en croit les critiques, l'Univers Étendu DC a réussi à revenir sur de bons rails avec "Wonder Woman" après des productions au mieux moyennes comme "Man Of Steel", au pire assez mauvaises pour renouer avec la triste moyenne des productions super-héroïques des années 2000 comme "Suicide Squad", "Suicide Squad" que l'auteur de ces lignes trouve satisfaisant sans que son ressenti ne l'aveugle au point de l'empêcher de constater que le film de David Ayer ne souffre d'un accouchement qui a dû être particulièrement bordélique et conflictuel. Quant à "Batman v Superman : L'Aube De La Justice", tout et son contraire a été tellement dit à son sujet que parmi tous ceux qui ont ouvert leur gueule à son sujet, il y en a au moins quelques-uns qui ont bien dit de la merde aussi bien parmi les détracteurs que parmi les pourfendeurs.

"Wonder Woman" est donc la première production cinématographique de l'Univers Étendu DC à échapper à la tomate verte éclatée et comme pour presque tous les films de super-héros qui ont eu le droit à une tomate rouge sur Rotten Tomatoes depuis bientôt une décennie, en gros depuis que "Iron Man" a surpris tout le monde en étant un film de super-héros qui ne fouettait pas sévèrement de la gueule, ça veut dire que ce sera au mieux aussi correctement exécuté que dépourvu de presque toute trace de génie. Las, si "Wonder Woman" est loin d'être un ratage, c'est un produit totalement lisse et inodore/incolore/indolore qui vous en touchera à peine une sans faire bouger l'autre.

On peut légitimement se questionner sur le caractère continu de l'inspiration de Patty Jenkins tant on sent davantage d'investissement derrière la caméra ou tout du moins plus de vie pendant les scènes sur l'île de Themyscira qu'à Londres ou sur le front. Une fois qu'on aura passé une scène d'introduction qui se passe de nos jours à Paris pour raccorder de manière superfétatoire le film à l'univers étendu, on passe plus de temps qu'on ne pouvait s'y attendre chez les Amazones.

Pendant un bon gros tiers des deux heures et dix minutes que dureront "Wonder Woman", la réalisatrice cueille sa protagoniste dès sa petite enfance et s'attarde un peu sur sa jeunesse avant de faire péter l'élément perturbateur qui lui fera quitter son île. Tout compte fait, la caractérisation de ce peuple reste assez limitée puisque si on écarte son organisation militaire, on saura juste que la reine Hippolyte - qui s'oppose fermement à ce que sa fille s'entraîne à l'art du combat, découvre une dizaine d'années plus tard ( enfin, quand Diana a l'air d'avoir seize ans quoi ... ) que Antiope la forme en secret puis se laisse convaincre en moins de deux minutes par cette dernière de la laisser poursuivre sa formation et le scénario pousse le bouchon encore plus loin en faisant exiger à Hippolyte que Antiope en fasse l'équivalent de cinq voire de dix Amazones - doit composer avec un sénat et c'est marre.

Au fait, si Diana est la seule enfant de Themyscira, est-ce que les autres Amazones apparaissent par magie dès l'âge adulte ? Si c'est le cas, est-ce qu'elles vieillissent au rythme de leur peuple ou est-ce qu'elles auront toujours l'air d'avoir vingt-cinq ou cinquante ans jusqu'à leur mort ? Même si avec sa végétation omniprésente et son océan bleu turquoise, l'île a de la gueule et donnera lieu à une opposition visuelle assez sympathique par rapport au reste du monde qui lui donnera des allures de paradis préservé de tout, on ne lui donne pas véritablement de consistance. 

Au détour d'une première scène d'action qui a tout de même le mérite de justifier pourquoi un personnage aussi puissant que Superman prend la peine de se protéger de chaque balle qu'on lui tirera dessus, "Wonder Woman" confirme ce que l'on sentait déjà lors de la présentation de la formation guerrière des Amazones : la chorégraphie des combats est plus qu'appréciable - en tout cas pour les Amazones - et on a par moments le droit à une ou deux idées classes comme l'utilisation d'un bouclier comme tremplin ou du sol pour remplacer le carquois mais le montage découpe un peu trop l'action pour sublimer ou tout du moins rendre justice de manière adéquate à ce travail de fond et la mise en scène abuse de ralentis qui au pire sont d'un esthétisme maniéré un brin ridicule, au mieux démontrent leur incompréhension de ce qui pourrait leur permettre d'avoir un minimum d'impact.

Une fois que Diana quitte l'île de Themyscira, deux grandes thématiques se prédestinaient à être traitées : la confrontation du personnage à un monde qu'elle ne connaît absolument pas et les pulsions guerrières qui habitent l'Homme. Dans les deux cas, "Wonder Woman" se révèle bien frileux. La première thématique aurait pu plonger tête la première dans la comédie du poisson hors de l'eau et elle le fait. Heureusement, quasiment tous les gags pas drôles de ce registre sont condensés en une scène de deux minutes chez un tailleur, le reste étant un bref instant trop choupi où Diana goûte pour la première fois à une glace et dit au glacier qu'il devrait en être très fier. C'est tout con mais ce qui rend ce bref instant aussi mignon, c'est la réaction de Steve Trevor - un personnage assez limité mais incarné avec suffisamment de passion et de dévouement par Chris Pine pour que l'on passe outre ce caractère lisse - qui, plutôt que de prendre ostensiblement de haut son associée, joue le jeu en réaffirmant ce compliment au glacier.

Le traitement de cette thématique s'axera essentiellement autour de l'humanité, de l'idéalisme, de l'altruisme, de l'optimiste et du courage que la jamais nommée dans le film éponyme "Wonder Woman" est supposée apporter au milieu de cette guerre. C'est d'autant plus porteur de sens que c'est une idée qui a déjà été portée par la figure de Superman dans "Man Of Steel" puis dans "Batman v Superman : L'Aube De La Justice" et ça permettrait de lier l'univers étendu de manière plus intelligente car on y ajoute à la prosaïque dimension factuelle une dimension thématique. Toutefois, peut-être est-ce à cause de la mise en scène, peut-être doit-on accuser l'écriture, peut-être doit-on remettre en cause la force de l'interprétation de Gal Gadot ou peut-être est-ce un effet conjugué d'au moins deux des facteurs évoqués mais on ne sent pas vraiment transparaître de "Wonder Woman" cette puissance chaleureuse, bienveillante et lumineuse. Elle n'est pas complètement absente puisque Patty Jenkins multiplie les tentatives de l'évoquer et elle parvient à allumer cette lumière mais elle vacille tout de même pas mal. Cette force dégagée par le personnage est quelque chose qui se ressent avant d'être quelque chose qui se justifie et, le film faisant clairement tout son possible pour tenter de la faire émaner, il se peut que vous y soyez plus réceptifs.

Ce qu'il aurait pu être intéressant d'aborder, ce sont les conséquences de la rencontre entre un système phallocratique et une figure de pouvoir issue d'un monde où ce sont les femmes qui l'exercent et où le sexisme n'existe pas étant donné que tout le monde a le même sexe mais "Wonder Woman" esquive totalement cela. Quant à la fascination de l'Homme pour la guerre, c'est avant tout essentiellement utilisé pour à nouveau confronter la figure de Diana à ses horreurs qui n'ont pas réussi à surmonter le PG-13 pour produire un impact un tant soit peu viscéral.

Elle recherche Arès parce qu'elle est convaincue que le tuer mettrait fin à la guerre et lorsqu'elle croit y arriver mais qu'elle voit la guerre tout de même se poursuivre, ça pourrait être le début d'une remise en cause de ses croyances et une dure prise de conscience non seulement de la complexité du monde qui l'entoure mais aussi de l'emprise qu'exercent les pulsions de conflit, de violence, de destruction et de mort sur les Hommes mais Arès existe dans le comics et tout le monde à Hollywood a bien retenu les leçons de la tempête de merde qu'a dû encaisser "Iron Man 3" lorsque Shane Black avait révélé que le Mandarin n'était qu'une invention pour servir un propos intéressant sur la manipulation des images, une manipulation qui faisait écho à un opus comique vendu comme dramatique qui révélait sa nature de manière jubilatoire avec une introduction qui reprenait le plan assez iconique des bandes-annonces où on assistait à la destruction des armures avant d'envoyer chier tout cela en faisant péter - et en remettant à la mode, d'ailleurs - I'm Blue d'Eiffel 65 : te fais pas chier à essayer de donner à réfléchir à ton public en utilisant ton matériau de base parce que ils te le feront payer si tu les caresses pas dans le sens du poil.

Bref, Arès existe aussi dans le film et ça permet d'écarter la responsabilité de l'Homme vis-à-vis de la violence dans l'univers de ce film. En plus de se draper d'images de synthèse bien trop voyantes lorsqu'il passe son armure pour continuer à se foutre sur la gueule avec Diana et de déclencher un énième climax qui fait beaucoup de bruit, il remet totalement en cause les agissements de son avatar humain et oppose à Wonder Woman un conflit moral qui n'a pas de sens puisqu'il consiste à essayer de la pousser à mettre fin aux jours d'une créatrice d'armes chimiques. Elle a déjà tué un paquet de troufions allemands anonymes, pourquoi elle hésiterait à tuer une figure réellement malfaisante ?

Histoire de rééquilibrer cette critique qui aurait presque l'air négative alors qu'en sortant, celui qui s'adresse à vous par l'intermédiaire de ces quelques lignes s'attendait à donner de justesse un smiley " A voir ! " à une superproduction tout de même trop passe-partout pour en mériter autant, on va tout de même parler de la deuxième scène d'action du film dans le No Man's Land. Pas mal de critiques l'ont vantée et oui, c'est bien la meilleure scène du film : thrilling comme le diraient ceux qui parlent la langue de Snooki, c'est une charge héroïque pleine d'énergie qui condense à peu près toute la puissance iconique que "Wonder Woman" est capable de déployer et par conséquent une portion significative de l'aura lumineuse vacillante évoquée plus haut. À l'exception du générique de fin, c'est le seul moment où on aura le droit au super riff de guitare électrique désormais rattaché au personnage et donc le seul moment où la partition de Rupert Gregson-Williams existera.

C'est tout de même la démonstration de l'incapacité du film à assumer le fait que le personnage soit aussi puissant que Superman puisqu'elle peut exploser le clocher d'une église en plongeant dedans mais ne pulvérise pas vraiment ses adversaires au corps-à-corps - même si il lui suffit quand même d'un coup de latte ou d'une mandale dans la gueule pour s'en débarrasser, faut pas déconner non plus ... - et qu'un ralenti vient souligner un coup de crosse dans le bide comme quelque chose qui peut éventuellement l'interpeller. D'accord, la crosse se brise contre son ventre - ou plutôt sa cuirasse - mais elle a tout de même l'air de se plier un peu. D'ailleurs, quitte à parler de Superman, l'affrontement entre Superman et Zod et sa clique dans "Man Of Steel" reste quand même l'une des meilleures scènes d'action du genre.

Pour vous la faire courte, "Wonder Woman" a 93 % sur Rotten Tomatoes. Comme beaucoup de films de super-héros qui récoltent au moins 70 % sur ce site depuis presque une décennie, il se situerait sur une échelle qualitative à égale distance de "Catwoman" de Pitof si on regarde en bas et "Spider-Man 2" de Sam Raimi si on regarde en haut. C'est une conclusion qui ne se mouille pas mais c'est en adéquation avec ce qu'est devenu le genre depuis 2010 : on a quasiment éradiqué les Catwoman mais on aussi quasiment mis fin à l'existence des "Spider-Man 2".
Auteur :Rayane Mezioud
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