15 septembre 2019
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World War Z : La haine ne connaît pas de frontières

Sans vouloir spoiler quoi que ce soit, et à moins d'être d'une naïveté relativement étonnante, "World War Z" se pose comme un nouveau genre dans le film de zombies. Jusqu'ici, l'outil narratif, bien qu'entré dans la culture populaire pour ne jamais en ressortir, et même se décliner à une vitesse incroyable (comme dans le film, fruit du hasard), était réservé au cinéma de genre lorsqu'il passait sur grand écran. Mais la popularité du genre et du personnage en lui-même faisant, le zombie est passé à l'échelle supérieur : le film familial. Loin de la parodie, "World War Z" a plus à voir avec le film catastrophe, où l'horreur se mêle aux mièvreries scénaristiques et discours politiques parfois douteux. Coproducteur du film via Plan B, sa société, Brad Pitt marche dans les traces d'un certain Tom Cruise qui s'était essayé à ce principe du film d'horreur familial avec La guerre des mondes.

Adaptant le roman de Max Brooks (fils du génial Mel Brooks qu'Hollywood connaît bien), "World War Z" avait tout du projet excitant, tant il a accumulé les déboires en production, puis en postproduction. Divergences artistiques, budget dépassé, retards, fin retouchée avec ajout d'un nouveau scénariste (Damon Lindelof, à qui l'on doit déjà le désastreux "Prometheus") qui a retravaillé le scénario – ajout de scènes à dimension humaine ici et là, et une fin alternative qui a fini comme fin définitive – "World War Z" avait tout du film maudit, casse-gueule, et dont le challenge excite au plus haut point.

De manière générale, sans rentrer dans un quelconque détail, "World War Z" est un film catastrophe sacrément efficace. Marc Forster ("Quantum of Solace") manipule la tension avec brio, à l'instar de la scène d'ouverture avec une panique urbaine qui reste dans les mémoires, tout en laissant à Brad Pitt plus libre, le soin de poser son personnage de paternel en potentiel sauveur de l'humanité et les poncifs qui vont avec. Le rythme est haletant, la longueur que l'on pensait conséquente passe finalement comme une lettre à la poste, et les genres traversés et recoupés forment un ensemble loin d'être détestable.

C'est en y regardant de plus près que "World War Z" empile les défauts qui dérangent. Outre un scénario simpliste digne d'un blockbuster tout ce qu'il y a de plus moyen, c'est dans le discours politique que le film de Brad Pitt et Marc Forster dérange. Un passage en particulier, qui laisse entrevoir un message de propagande complétement nauséabond et bien malvenu : l'Israël. Lorsque Gerry Lane (Pitt) file à Jérusalem, estampillé ville la plus sûre grâce au fameux mur protégeant la ville – on ne peut s'empêcher de penser au mur qui sépare Israël et la Palestine dans un conflit qui dure depuis la fin de la 2nde Guerre mondiale – le spectateur découvre un véritable éloge fait à Israël, au Mossad et à l'intelligence d'un penseur qui a réussi à endiguer la pandémie… jusqu'à ce qu'une femme arabe (à l'image de la misogynie du film) se mette à entonner un chant qui, inconsciemment, alertera les zombies, bien décidés à franchir le mur. Quel message y voir, hormis éventuellement le fait que la haine n'a pas de frontières et franchira tout ce qui lui tombera sur la main ?
Auteur :Christopher Ramoné
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