Critiques

X-Men Dark Phoenix : Inaction mutante

La critique du film X-Men : Dark Phoenix

Par Rayane Mezioud

Rares sont les films qui ont entretenu un tel fossé entre leurs prétentions et leurs actes. Voué à être le point d’orgue émotionnel d’une franchise qui a tout connu de la douleur et de la gloire en deux décennies, "X-Men : Dark Phoenix" a fait aveu d’échec vis-à-vis de sa capacité à assumer ses responsabilités à chaque fois qu’il a fait parler de lui.

Ce n’est déjà pas une sinécure de devoir finir ce qu’avait commencé "X-Men : Apocalypse", film de super-héros d’une médiocrité dans l’ère du temps mais quand même plus attachant que ses congénères trépanés parce que sa gourmandise le portait parfois aux frontières du nanar.

Quand ça veut en plus dire conclure un drame présagé n’importe comment et reposant sur les épaules d’une courge présente au second plan pour susciter en nous autant d’empathie que pour notre première paire de baskets, autant dire qu’on part en mission-suicide.

Si on ajoute à cela la prétention de refaire bien comme il faut une partie du honni de tous (à juste titre) "X-Men : L’Affrontement Final", déjà hypocritement effacé de l’Histoire dans une démarche mélangeant le révisionnisme à la démagogie pour alimenter la dimension bordélique de la saga, c’est un pot-pourri d’effluves de pneus cramés et de tripes à l’air qui commence à stimuler les narines des plus cruels d’entre nous.

Les photos, vidéos et informations diverses sur l’avancement du projet ont été à l’avenant et ont contribué à lui ôter toute prétention de grandeur.

Malgré ce qu’on veut nous faire croire avec Les Nouveaux Mutants, les reports intempestifs aux calendes grecques ne peuvent pas durer éternellement et X-Men : Dark Phoenix nous tombe enfin dessus presque comme un poids sur la conscience dont la Fox devait se soulager.

Contrairement à un "Avengers Endgame" dont la médiocrité nous mettait au passage devant le fait accompli de sa cohérence et du triomphe du système qu’il bouclait, on se retrouve cette fois-ci face à une « fin de règne » qui semble crier sa souffrance et sa défaite de la première à la dernière seconde. La conclusion en apothéose rate encore plus son rendez-vous avec l’Histoire que ce qu’on pouvait imaginer.

Possédée à mi-temps par un placenta cosmique que veulent récupérer des extraterrestres anonymes censés nous faire croire qu’ils vont se faire notre planète, Jean Grey se retrouve autant dédouanée de toute remise en question, de tout basculement moral significatif, que la clique à laquelle "X-Men : Apocalypse" a échoué à la rattacher, les échanges entre elle et la « X-Famille » venant à chaque fois attester de cette incompétence dans le relationnel.

Associé à ces profanateurs de sépultures à la petite semaine et réduit à une passivité qui ferait passer le X-Jet pour un personnage déterminant, le Phénix Noir devient un non-événement qui semble même avoir été compris par des figures de proue rendues apathiques par cette répétition de trop.

James McAvoy fait le bon père de famille doucement autoritaire, Michael Fassbender bougonne inévitablement parce qu’il faut toujours qu’on vienne lui chercher des poux dans son ermitage au fin fond du trou du cul du monde, Jennifer Lawrence fait la fausse rebelle…

Quand on se souvient de l’entrain (logique) de James McAvoy, Michael Fassbender et Jennifer Lawrence chez Matthew Vaughn, ça fait un choc même si on a déjà eu un film de moues blasées et de développements stagnants pour s’y faire.

L’abattement est légitime mais joue son rôle dans l’oubli du potentiel dramatique de l’ensemble, fort par exemple de l’idée de douter des bienfaits de la tutelle de Charles Xavier mais jamais exploité tant l’aura du personnage reste intacte.

S’il faut trouver le vrai coupable dans la légèreté avec laquelle les dilemmes et les conflits sont traités, c’est du côté de la postproduction chaotique qu’il faut se pencher.

Les entrées et sorties de personnages au gré d’un récit qui se contente de se laisser porter par automatisme d’un point-clé à un autre attestent d’un contenu estropié à force d’avoir passé trop de temps dans les tournages additionnels puis sur le banc de montage.

Entre l’arrivée tardive de Magnéto juste pour cocher une case, l’évacuation de Vif-Argent et le Fauve réduit à faire de la figuration après avoir fait un choix décisif, c’est un sélectionneur de football complètement dépassé par les événements (ou juste bourré) qui semble avoir pris la tête de "X-Men : Dark Phoenix".

L'emballage ne semble également plus y croire tant les moyens déployés à l’écran donnent l’impression que tout a été fait avec l’argent du goûter du précédent. Bien entendu, la mise en scène incapable se met au diapason de costumes et de décors trop pauvres pour être valorisés correctement.

Les images de synthèse donnent également le droit de douter de la classification « triple A » du bazar et les scènes d’action achèvent de faire basculer X-Men : Dark Phoenix vers le mauvais produit d’exploitation face auquel même la télé ferait la bégueule.

Malgré ses effets spéciaux encore moins bien torchés que le reste, ses plans dégueulasses et son développement de personnages limite ahurissant (Diablo qui passe en mode berserk comme s’il venait de résoudre une problématique personnelle qui lui aurait servi de fil rouge depuis le début du film), le climax suscite l’indulgence juste parce qu’il laisse ses personnages se défouler.

On se rappelle le temps de quelques minutes qu’on regarde des super-héros se battre et plus des cosplayeurs arthritiques comme dans les joutes précédentes.

Que les minutes les plus satisfaisantes de "X-Men : Dark Phoenix" soient le fruit d’un tournage additionnel décidé en urgence ne fait que confirmer son échec programmé. Du super-pouvoir petit bras, on a pris l’habitude d’en voir au moins quatre fois par an mais presque toujours avec détachement même face à des cas encore plus préoccupants que celui-ci.

Cette fois-ci, ça fait vraiment de la peine et la comparaison va sans doute être injuste compte tenu du niveau de ce qui va être cité mais assister à "X-Men : Dark Phoenix" donne un peu l’impression de (re)vivre "Superman IV : Le Face A Face" ou "La Bataille De La Planète Des Singes".

Un ou deux épisodes ont placé la franchise à la pointe et maintenant, tout semble être fait avec le budget stylos BIC...


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