19 juillet 2019
Critiques

xXx : Reactivated : Un film ridicule

Amis bipèdes, avec "xXx Reactivated", l'heure est grave. Très grave. Beaufland est en danger. Oui vous avez bien lu ! La terre d'accueil de tout un peuple de spectateurs désireux de s'abandonner aux délires désinhibés de bovins sous EPO.

La pente de régression sur laquelle une tribu de skieurs intrépides nourris aux productions Cannon des 80 ‘s n'en peut plus de glisser dans un râle d'extase collectif.

Cet endroit merveilleux où les taureaux à bourses pleines ont viré les licornes des nuages pour se soulager la vessie sur les arcs en ciels, cet ilot d'insouciance hormonale où nous avons tous appris à faire la paix avec le kéké qui sommeille en chacun. Oui, ce sanctuaire de la connaissance incomprise est sur le point de mettre la clé sous la porte.

Oh, je sais ce que vous allez dire. Que le royaume a déjà été pris d'assaut par le passé. Que les vils dévoyeurs de la pratique n'ont jamais été en mesure de destituer la mémoire des divinités qui règnent sur notre imaginaire. Que Luc Besson ait été un temps le taulier du royaume de la saillie masculine qui tâche sur grand-écran n'a pas remis fondamentalement en cause la politique des gardiens du temple en la matière.

Car aussi mauvais soient-ils, les "Transporteur" et "Taken" ne faisaient finalement que tenter de perpétuer à leur douteuse manière l'héritage des Bronson période 80's, des Jerry Bruckheimer Sylvester Stallone période "Rocky IV" et autres empereurs du slip en sueur (auquel on peut rajouter la récente et très estimable contribution de Gérard Butler en homme de main sadique de la bannière étoilée).

A savoir des films qui n'essayaient pas de duper le spectateur sur ce qu'ils n'étaient pas mais lui ouvrait les bras sur ce qu'il venait chercher : le terrain de jeu d'une affirmation masculine qui jouait volontiers sur le folklore masculin-réac de son époque pour épanouir sa profession de foi. 

Or, la pérennité de ce contrat social repose précisément sur l'honnêteté de la démarche vis-à-vis du public, qui ne prend finalement dans le discours que ce qu'il est venu chercher. C'est cette différence entre un film con et un film qui prend son spectateur pour un con qui est gravement mis en danger avec le nouveau souverain autoproclamé de la Terre Sainte : Vin Diesel, aka Baboulinet en personne.

On ne va pas refaire l'historique du bonhomme pour questionner sa légitimité à prétendre à ce titre, qui repose essentiellement sur la popularité improbable de "Fast and Furious" et les 100 millions de followers affichés par le compte Facebook de l'acteur.

Reste que si la franchise est devenue l'ultime représentant du badaboum joyeusement décomplexé sur grand-écran, c'est bien en s'asseyant sur son contexte de départ dont il ne reste guère plus guère que le strict nécessaire pour payer sa dime à la fan-base de la franchise.

Soit des gros bolides qui clignotent comme des sapins de Noël, des bitches aux jupes ras-la-moule et des considérations édifiantes sur l'importance de la familia pour satisfaire au moralisme réac qui sommeille dans tout clip de rap west-coast de deuxième catégorie.

Et de fait, nulle surprise de voir Diesel, qui a depuis longtemps emprisonné son égo dans l'emploi dans lequel son public l'a cantonné, essayer d'entériner sa position de chef de meute dans cet univers très concurrentiel. Ni de retourner vers une franchise à succès à laquelle il avait tourné le dos à l'époque où il nourrissait encore des ambitions artistiques.

Déjà à l'époque, XXX premier du nom était conçu pour fédérer les fans de "Fast and Furious" derrière le putsch que l'inénarrable producteur Neal H. Moritz voulait lancer sur un genre alors en pleine crise d'identité avec l'acteur en tête de gondole.

Déjà passablement irritante sur le premier opus, l'arrivisme puant qui émane de cette prétention de faire table rase des codes du genre sans prendre la peine de s'y confronter ne passe pas vraiment mieux 15 ans plus tard.

Surtout avec un Vin Diesel en voie de Steven Seagalisation avancée, désireux de prendre un trône toujours vacant en embrassant cette fois sans réserve l'image que ses fans ont de lui. Et par extension, celle qu'il a d'eux.

De fait, c'est dans cette volonté de pousser tous les curseurs de "Fast and Furious" à 100 que se distingue un film qui ne laisse aucune chance au spectateur de passer par-dessus son contenu. Pas seulement au regard d'une fabrication proprement dégueulasse, mais finalement cohérente avec le niveau d'exigence affiché par les blockbusters contemporains.

Incrustations dignes de "Sharknado", lumière sous-exposée, étalonnage immonde, montage racoleur qui fonctionne à la succession de poses… Même l'intrigue réussit à être aussi incompréhensible que celle de "Suicide Squad" à force d'insister sur ses prétentions d'univers étendu au mépris de toute intelligibilité dramatique.

Tout juste comprend-t-on que Xander Cage n'est pas mort (il fait du ski en forêt pour ramener le câble aux gamins des favelas). Un jour, il reçoit la visite d'un agent du gouvernement qui lui demande de retrouver une boîte qui fait tomber les satellites.

C'est à peu près là que le cerveau humain arrête de suivre et s'il fallait une preuve de la considération porte Diesel au spectateur, il y aurait déjà de quoi constituer un joli dossier à charge (et le faire instruire par un Mozinor qui vient de gagner 10 ans de travail). Sauf que l'exécution n'est en l'occurrence que l'arbre qui cache la forêt d'intentions. 

On savait les Fast and furious adeptes du double-discours malodorant, de celui qui affiche son progressisme de façade pour mieux pérenniser les valeurs les plus discutables. "Xxx" ne procède pas autrement, à ceci près qu'il ne fait pas mystère d'imposer ses paradoxes au spectateur.

En prétendant mettre les femmes fortes en valeur quand l'essentiel la gent féminine constitue de la chair fraîche attendant de se retrouver dans la couche de Baboulinet (la seule qui n'est pas intéressée est lesbienne, normal). A promouvoir l'esprit d'équipe pour renouveler le fantasme paternaliste de l'homme fort et providentiel chapeautant tout ça.

De critiquer les puissants et l'hyper-surveillance en surface pour remettre le sort du monde entre les mains d'une bande de jacky à crêtes dont le sens de la justice est pour le moins sujet à caution. Autant de choses sur lesquels nous ne formaliserions pas plus que de raisons si Diesel n'insistait pas autant sur l'universalité de slogans dont il s'érige en prophète naturel. 

C'est là ami bourrin que le fruit gâté attaque l'arbre de naissance. A l'instar du premier film, c'est bien une révolution que "XXX" prétend raconter une nouvelle fois. De virer la vieille garde qui a échoué à rendre le monde meilleur et plus sûr pour imposer un ordre juste.

SON ordre juste, qui revêt les oripeaux de porte-parole des sans-voix pour mieux parler à leur place, qui se fantasme en porte-parole d'une génération afin de leur imposer la représentation dans laquelle il les enferme.

Il y a ainsi quelque chose de profondément crispant à regarder Vin Diesel enquiller les marqueurs d'époque avec la certitude que tout le monde se reconnaitra à travers eux. De définir son public à travers les stéréotypes qu'il étale au pistolet à peinture et les arguments les plus minables pour combler ses attentes et adhérer à la vision du monde qu'il leur vend avec l'humilité d'un télé-évangeliste un week-end de Pentecôte. 

A cet égard, que la totalité du film s'articule autour d'un culte de la personnalité qui ne trouve guère d'équivalent que dans les fulgurances de Steven Seagal ne serait pas si grave si elle ne mettait pas en lumière le ridicule achevé de la démarche du bonhomme. Car si Seagal a beau faire de ses films les fiefs de son narcissisme, sa certitude absolue d'être inaccessible au commun des mortels ménage une certaine grandeur à son ridicule.

Soumis à une époque où les stars dépendent de high-concept pour remplir les salles et des marchés étrangers pour rembourser ses coûts de production, l'égo de Diesel repose tout entier sur sa capacité à s'imposer aux autres en faisant mine de satisfaire leurs attentes.

Comme si l'acteur indexait sa côte d'autosatisfaction à son nombre de likes engrangés sur Facebook, quand Steven n'a besoin de personne pour se persuader d'apporter une contribution majeure au 7ème art. 

Là est la cruelle évidence : à force de jouer la proximité avec ce public dont il se suspend aux lèvres, Diesel a fini par ressembler à leur caricature. C'est la raison pour laquelle l'acteur autrefois talentueux se fait désormais rétamer à chaque fois qu'un challenger doté d'une présence qui ne demande l'assentiment de personne lui fait face (hier Dwayne Johnson et Jason Statham, aujourd'hui Donnie Yen).

Et c'est la raison pour laquelle "XXX Reactivated" constitue un crachat inacceptable sur notre patrimoine bien-aimé : parce qu'il s'agit de l'avènement d'un état d'esprit avant d'être le couronnement d'un homme fort trop faible pour entretenir la distance nécessaire avec ce qu'il véhicule.

L'envoyer se faire foutre est une option plus que recommandée. En tout cas, si vous ne voulez pas que l'avenir de Beaufland ressemble à un gros johnny surtatoué qui passe son bras autour de votre cou pour vous convaincre des bienfaits de la brochure à l'effigie du monde qu'il s'est construit.

Auteur :Guillaume Méral
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