25 octobre 2020
Critiques

Yalda : La critique du film

Par Clara Lainé

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le synopsis de "Yalda" a de quoi intriguer. Assister en direct à la condamnation à mort d'une jeune femme ou à sa rédemption dans une émission présentée comme un divertissement, voilà qui a le mérite d'être original, pour ne pas dire effroyable. On pourrait presque se demander comment le réalisateur a pu échafauder un scénario pareil. La réponse est aussi triste que révoltante : en réalité, il n'a pas eu à recourir à son imagination puisque le concept existe bel et bien en Iran. Oui, oui, vous avez bien lu : l'histoire de Mona dans "Yalda" s'inspire de faits réels.

Dès lors, difficile de rester insensible devant le long-métrage de Massoud Bakhshi : dès les premières minutes, on se demande où le réalisateur va nous emmener et surtout, on doute sérieusement d'aimer la destination. Et pourtant, malgré notre méfiance, on se laisse peu à peu s'enfoncer dans cette histoire funeste, portée par les deux superbes comédiennes que sont Sadaf Asgari et Behnaz Jafari.

Le rythme est très bien maîtrisé dans "Yalda" : le retard de Mona créé d'emblée un sentiment d'attente et une certaine curiosité pour ce personnage. Je me permets cependant de vous prévenir : lorsqu'elle arrive, on se met vite à regretter de ne pas avoir d'avantage profité des moments où elle n'était pas à l'écran. En effet, le moins que l'on puisse dire, c'est que son personnages est exécrable : même avec beaucoup de volonté, on a du mal à ressentir de la compassion pour cette femme.

En revanche, de la compassion, il est facile d'en avoir pour Maryam : la jeune accusée se défend avec une force et une spontanéité touchante. Victime des injustices sociales, victime de la loi du talion, victime du pouvoir en place, victime du patriarcat, elle n'en reste pas moins avant tout une criminelle aux yeux de la société iranienne. Accusée d'avoir causé la mort de son mari et d'avoir ôté son père à Mona, cette femme refuse néanmoins d'être la méchante de l'histoire. Elle veut faire entendre les raisons qui l'ont menée à une telle situation : elle veut que tous ces gens qui la condamnent sans savoir comprennent. Son mariage plus ou moins forcé, son avortement sous contrainte, ma pauvreté dont elle est issue, sa position d’infériorité par rapport à sa belle-sœur : elle déballe tout... Non, elle ne mérite pas de mourir, non, elle ne se sent pas coupable et elle le clame avec force devant celle qui a le pouvoir de vie ou de mort sur elle.

En tant que spectateur, on ressent un terrible malaise devant ce spectacle glaçant : condamné à la passivité, on aimerait que quelqu'un s'offusque de la situation. Mais non : tout le monde semble trouver normal et même émouvant de voir Maryam se faire juger en direct par la fille unique de son défunt mari. Cette fusion entre justice et télé-réalité est d'autant plus révoltante qu'elle utilise le prétexte d'une fête zoroastrienne (surnommée « Yalda ») dans laquelle la joie est évidemment de mise. Le contraste entre les paillettes et les larmes des deux femmes dénonce de manière saisissante le voyeurisme et l’insensibilité dont l'être humain est capable.

Un instant, j'ai eu peur que "Yalda" ne bascule dans le pathos : et en réalité, je ne peux pas nier que ce fut le cas mais ça ne m'a pas posé de problème. Bien au contraire même, la mise en scène grandiloquente et les innombrables sanglots et cris qui parsèment le long-métrage m'ont fait frissonner à plusieurs reprises. Alors certes, Massoud Bakhshi n'a pas misé sur la carte de la subtilité mais le propos est si bien traité qu'on ne peut réellement lui en faire le reproche. Ces deux femmes dont l'histoire est donné en pâture au public ne peuvent nous laisser insensibles, tout comme l'ignoble hypocrisie ambiante. Que ce soit de la tristesse, de la colère ou du dégoût, on est forcément ébranlé d'une manière ou d'une autre par ce que l'on voit.

"Yalda" est le genre d'histoire dont il est difficile de se défaire : la vision de Maryam, agenouillée, implorant la sentence de Mona reste en tête et je ne peux que vous conseiller de donner sa chance à "Yalda" : je vous garantis que vous en ressortirez avec une bonne dose d'émotions qui, une fois évaporée, laissera place à des questionnements sociaux sur lesquels il est fondamental de se pencher. 

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