24 octobre 2020
Critiques

Yalda : Le droit de vie et de mort

Par Alexia Graziani


Huit ans après son premier long-métrage, "Une famille respectable", qui avait été présenté au festival de Cannes, Massoud Bakhshi fait son grand retour avec "Yalda, la nuit du pardon" (distribué par Pyramide Distribution et co-produit par 6 pays dont la France). Histoire incroyable et pourtant inspirée de faits réels, le film a reçu le grand prix du jury du cinéma mondial au festival de Sundance. Il est plus que conseillé d’aller voir ce récit sur la société iranienne.

L’histoire se situe dans l’Iran de nos jours. Maryam (Sadaf Asgari), 22 ans, tue accidentellement son mari Nasser, 65 ans. Elle est condamnée à mort. Une seule personne peut la sauver, Mona (Behnaz Jafari), la fille de Nasser. Comment ? en acceptant de pardonner la jeune femme devant des millions de spectateurs, lors d’une émission de téléréalité. En Iran cette émission a existé, elle a inspiré cette fiction.


Un huis-clos sous tension
Pendant 1h30, le spectateur se retrouve au côté de Maryam dans cette quête difficile du pardon. Cette proximité avec le personnage crée une certaine forme de malaise, on ressent l’anxiété grandissante de Maryam tout du long. Ajouté à cela ce côté « brouillon » illustré par les entrées et les sorties constantes de personnages à l’écran et vous finissez avec un bon cocktail molotov anxiogène.

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Sadaf Asgari - Copyright Pyramide Distribution
"Yalda" se déroule uniquement dans le studio de l’émission, lieu où l’on apprend tout ce qu’il faut savoir de l’histoire. Le réalisateur ne voulait pas utiliser de flashback pour raconter comment Maryam est arrivé là et c’est une bonne chose. En tant que spectateur, on ne peut pas s’échapper de cet espace où règne la tension ni faire de pause pour souffler. On se retrouve prisonnier avec Maryam, ses peurs et surtout ses espérances.


Un film sociétal
"Yalda" n’est pas une critique de l’émission mais une illustration de la société iranienne de nos jours. Dans son long-métrage, Massoud Bakhshi ne dépeint pas ses personnages de manière manichéenne. D’un côté, Maryam n’est qu’une jeune femme et devrait avoir le droit de vivre, de l’autre, Mona est toute aussi légitime de refuser de pardonner, c’est son père que la jeune femme a tué. On ne peut pas prendre parti.

Cette ambivalence se retrouve aussi dans le personnage d’Ayat, le producteur de l’émission (incarné par Babak Karimi). Il n’y a qu’une personne malsaine pour faire son business sur le malheur des gens. Néanmoins, cet homme fait tout ce qu’il peut pour libérer les condamnés et on ne peut le blâmer pour cela. Massoud Bakhshi dépeint la nature humaine avec toutes ses nuances.

Aujourd’hui l’émission n’existe plus, mais il y a encore des condamnés à mort qui attendent dans les prisons iraniennes. Cette réalité a poussé le réalisateur à redistribuer les recettes de "Yalda" (lors de sa sortie en Iran) afin de sauver deux condamnés à mort, dont le fils d’un des acteurs, en payant le prix du sang (compensation financière expiatoire que doit payer l'auteur d'un homicide à la famille de la victime, ou à ses ayants droit.)
 

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