Critiques

Yves Saint Laurent : Au plus près du génie

Si le nom d'Yves Saint-Laurent est connu du monde entier, peu sont ceux qui connaissent sa vie. Mort en 2008, le parcours du couturier se retrouve sous les projecteurs du cinéma avec deux biopics. Celui de Jalil Lesper arrive sur les écrans et met déjà la barre haute.

Au cinéma plus qu'ailleurs, les impressions se propagent rapidement. Des petits mots des petites phrases qui se laissent entendre bien avant l'arrivée d'un film dans les salles. "Yves Saint-Laurent" en est un bel exemple. L'incroyable interprétation des acteurs, le soutien de Pierre Bergé ou la réussite des toutes premières projections sont autant de sources aux petites impressions qui ont amené une certaine attente de la part des journalistes et du public.

Pas simple pour le réalisateur Jalil Lesper tant l'homme de mode qu'était Yves Saint-Laurent est unique. S'inspirant de la biographie de Laurence Benaïm, Jalil Lespert balaie vingt ans de la vie du grand couturier (1956-1976). il a fait le choix de s'intéresser à la relation entre Pierre Berger et YSL. Plus particulièrement au caractère spécial du lien qui les unit. « J'avais envie de raconter une histoire d'amour, dit-il. L'histoire de gens qui se battent ensemble pour leur rêve », raconte le réalisateur. Les portraits de chacun des deux hommes se veulent assez sombres au final avec un jeune couturier de génie qui brulait la vie par les deux bouts face à un homme d'affaires réservé agissant, protégeant, encaissant dans l'ombre les frasques de son compagnon.

Validé par Pierre Bergé lui-même, le film a quelque chose d'authentique. Tourné dans les vrais lieux fréquentés par les deux hommes y compris l'atelier du couturier d'origine algérienne, le film propose aussi de parcourir la véritable collection. Une collection qui sert de toile de fond au récit du film. Un long métrage, un biopic, qui n'hésite pas à montrer le côté sombre d'YSL. La voix si particulière du couturier, son corps jeune, tour à tour dévoré et transfiguré par l'inspiration, puis âgé et malade, rongé par le génie et les excès : YSL à tous les stades de sa vie. Et si Pierre Berger a soutenu ce film, c'est avant tout en constatant l'incarnation réalisée par Pierre Niney. C'est incontestablement l'attrait principal du film. Il aura fallu plusieurs mois à l'acteur afin de se préparer pour ce rôle et le résultat est bluffant. Dès les premières minutes, Niney s'efface et laisse place à YSL, avec sa voix et son phrasé particulier, mais aussi sa posture. Face à lui, Guillaume Gallienne est au diapason, d'une justesse aussi imposante que discrète. Les deux acteurs font ici l'étalage de tout leur talent. Ils redonnent vie à ce couple que le spectateur suit, découvre même. Grâce à eux, le film offre un regard méconnu sur la vie d'Yves Saint-Laurent. S'il ne s'agit pas de parler de suspense, le film arrive cependant à captiver le spectateur tant le génie de YSL est troublant.

"Yves Saint-Laurent" est un long-métrage qui donne toute l'amplitude nécessaire à la prestation géniale de ses deux acteurs principaux. Sans superflue esthétique, la mise en scène de Jalil Lesper est sage, propre, presque inaperçue tant les personnages qui sont devant la caméra captent l'attention. Le cinéaste a néanmoins su utiliser les ressources fournies par la fondation Saint-Laurent pour raconter son histoire. Un récit avec un regard intérieur, loin de la légende d'Yves Saint-Laurent, proche du génie et de ses excès.

Auteur :François Bour
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