21 octobre 2019
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Zodiac de David Fincher : La critique du film

Décrit un peu trop tôt comme le nouveau Stanley Kubrick, David Fincher a enchaîné des films majeurs ("Seven", "Fight Club") avec des œuvres de commande beaucoup plus oubliables ("The Game" et surtout "Panic Room"). Toutefois, un point commun ressort de ces histoires de paranoïa et de violence : un univers sombre parfaitement mis en lumière par une virtuosité technique qui ne peut laisser indifférent.

Qu'on le veuille ou non, Fincher a ainsi révolutionné le genre des films à serial killer en imposant un style immédiatement identifiable qui sera souvent imité (Résurrection, Copycat, The Watcher…) mais jamais égalé. Combien de mauvaises séries B ont en effet essayé de reproduire la photographie poisseuse de Darius Khondji sur Seven sans jamais arriver à la cheville du maître ?

Avec "Zodiac", Fincher traite à nouveau d'une histoire de tueur en série mais sous un angle totalement différent. Et c'est précisément l'intérêt d'un film qui constitue l'exacte antithèse d'un Seven ou de ses décalcomanies.

Dès les premières scènes, le ton est donné et le divorce consommé entre le cinéaste et ses précédents films. Inutile donc de chercher le générique virtuose auquel le réalisateur nous a habitué ou l'image volontairement sale et granuleuse d'un "Fight club".

La Viper HD de Sony a remplacé la caméra 35 mm de Panavision, la photographie douce (et magnifique) d'Harris Savides s'est substituée à la lumière baroque de Darius Khondji.

Les mixages très démonstratifs des œuvres antérieures font place à une bande son discrète et très frontale comme le bon vieux mono présent dans les cinémas des années 70. C'est un fait : si le nom de Fincher ne figurait pas sur l'affiche, il serait presque impossible de reconnaître la patte du cinéaste sur les 160 minutes de projection.

Et pourtant, la virtuosité de David Fincher s'exprime toujours, par des voies moins démonstratives certes, mais de façon d'autant plus probante qu'elle est entièrement au service de l'œuvre. C'est précisément là que le réalisateur surprend tout le monde (à commencer par ses détracteurs) en signant un film d'une sobriété exceptionnelle.

Alors que pointait le risque d'une surenchère gore ou d'une explosion de plans séquences acrobatiques à la "Panic Room", Fincher préfère se focaliser sur ses personnages en laissant briller un casting quatre étoiles.

De ce point de vue, "Zodiac" est un écrin magnifique pour un défilé d'acteurs tellement bons que ça en devient presque intimidant. La liste des seconds rôles (mais y'en a-t-il vraiment dans le film où le héros est finalement le personnage le plus effacé ?) impressionne : Robert Downey Jr, Chloé Sevigny, Elias Koteas, Anthony Edwards, Brian Cox…

Chacun apporte sa pierre à une œuvre par ailleurs monumentale de part sa durée (presque 2H40) comme de part l'extraordinaire complexité dramatique (l'action se passe sur plus d'une décennie dans une variété de décors incroyable).

L'utilisation du numérique à toutes les phases de production (tournage, étalonnage, exploitation en salle) révèle également la pertinence des partis pris esthétiques du réalisateur. Contrairement à ses précédents films, le recours aux images de synthèse est ici d'une remarquable discrétion.

Et il faut même faire preuve d'une certaine attention pour déceler les scènes qui ont dû être retouchées numériquement pour les besoins évidents de la reconstitution historique du San Francisco des années 70.

La direction artistique est à ce point éblouissante qu'on se croirait dans un épisode inédit de "Retour Vers Le Futur" tant les seventies de Fincher semblent crédibles du vieux distributeur à Coca à la machine à écrire de Robert Downey Jr.

Le choix de la caméra HD de Sony comme unique format de tournage peut surprendre pour un film qui se déroule à une époque où l'analogique régnait en maître absolu mais les progrès réalisés depuis la sortie de "Collateral" où "Miami Vice" en terme de restitution de lumière et de contraste sont sidérants.

La projection numérique (uniquement dans une poignée de salles françaises) permet d'ailleurs de respecter la chaîne 100 % numérique voulue par David Fincher qui a ainsi présenté son film à Cannes en Haute Définition.

Beaucoup moins uppercut et violent que ne le laissait présager la réputation de son auteur et une bande annonce un rien trompeuse, "Zodiac" est une œuvre trop riche et complexe pour être pleinement appréciée au premier visionnage.

Dans cette perspective, c'est encore l'exact contraire des précédents films de Fincher qui ne sont jamais aussi bons qu'à leurs premières projections. "Zodiac", lui, se savoure plusieurs jours après comme si ses multiples niveaux de lecture continuaient à se développer presque inconsciemment.

Comme Jack Gyllenhaal dans le film, le spectateur finit par se prendre dans les méandres d'une œuvre labyrinthique et fascinante. La puissance de la scène finale (énigmatique et douloureuse) y est sûrement pour quelque chose.

Auteur :Frédérick Lanoy

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