20 janvier 2022
Disney + En Une

Hawkeye : Dans le mille

Par Yaël Djender

En ramenant l’univers Marvel à échelle humaine, "Hawkeye" atteint sa cible avec facilité. Il permet de surcroît à son public de découvrir qu’il cache plus d’une flèche dans son carquois… Juste à temps pour sauver Noël !

C'est quoi cette série ?

L’ancien Avenger, Clint Barton, a une mission simple : retourner dans sa famille pour Noël. Possible ? Peut-être avec l’aide de Kate Bishop, une archère de 22 ans qui rêve de devenir une super-héroïne. Ils vont devoir faire équipe alors qu’une présence du passé menace Barton...

1 saison (en cours) - 6 épisodes - Avec Jeremy Renner, Hailee Steinfeld, Tony Dalton

Le cas de Clint Barton pourrait être enseigné dans les écoles d’adaptations cinématographiques de comic-books (si tant est qu’une telle chose existe). Espion virant à l’ennemi dans "Avengers " Papa à mi-temps dans "L’ère d’Ultron". Complètement exclu de l’équation dans "Infinity War " Et comme si cela ne suffisait pas, l’archer émérite n’avait jamais eu le droit à une adaptation en solo, contrairement à la plupart de ses collègues costumés. Le « I don’t care » qui lui est lancé au visage par T’Challa à l’heure des présentations, non sans une pointe de sarcasme, suffit à mettre des mots sur les maux touchant le personnage de Jeremy Renner. Il était dès lors difficile de concevoir que des héros tout juste inclus à ce fameux MCU se lançaient d’ores et déjà à l’abordage d’une trilogie, pendant que ce bon vieux Clint restait au rebut. Hawkeye faisait-il figure de persona non grata ?

L’usage de l’imparfait est ici adéquat, puisqu’il semble que les plaintes des fans aient été entendues. Clint Barton a enfin le droit de briller loin de l’ombre de Nick Fury ou Tony Stark. Mieux vaut tard que jamais, mais que l’attente fut longue ! Les aventures du héros débutent donc à New York, où il célèbre insouciant les fêtes de fin d’année avec ses enfants. Les justiciers ne pouvant toutefois jamais mener une vie paisible plus d’une semaine, le spectre d’un passé douteux (voir "Avengers Endgame", n.d.l.r.) viendra hanter Barton. Il le forcera alors, sans surprise, à reprendre du service. L’intrigue est lancée : les affrontements sur fond de Christmas Carols peuvent débuter !

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Jeremy Renner et Hailee Steinfeld - Copyright Walt Disney / Marvel
À vos arcs, prêts ? Partez !

Là où la série marque des points, d’une part, c’est assurément dans la relation qu’elle crée entre ses deux protagonistes. Ainsi, si on retrouve avec joie Clint Barton (Jeremy Renner), le plaisir est décuplé quand on découvre sa nouvelle partenaire Kate Bishop (Hailee Steinfeld). Les qualités individuelles des deux comédiens - qui ne sont plus à prouver - explosent quand ils partagent l’écran. L’inertie constante de cette relation professionnalo-amicale ne marque jamais le pas, et offre au spectateur des moments délicieux d’humour, mais aussi de tristesse ou de conflit.

Le casting signé Marvel est à nouveau (et plus que jamais) louable. Les seconds rôles brillent également. Certes, leur lueur est plus éphémère, mais ils apportent une certaine densité à l’intrigue sans jamais surjouer. De plus, leur utilité à venir tombe sous le sens. L’intimidante Maya Lopez (Alaqua Cox) ne devrait pas rester bien plus longtemps dans l’ombre. Il ne tient pas de la prise de risque extrême que d’affirmer qu’elle fera à nouveau parler d’elle dans un avenir proche. Même constat en ce qui concerne le charismatique Jacques Duquesne (Tony Dalton) ; lequel vient renforcer cette impression de solidité dans les interprétations.

D’autre part, le show est construit de manière à éviter de sempiternels temps morts. La mise en scène est plutôt juste bien que peu originale. Mieux vaut un classique maîtrisé qu’une mise en danger non assumée. De ce point de vue, difficile d’émettre de sévères reproches à l’encontre du projet. Le format de six épisodes fonctionne quant à lui à merveille, et permet aux scénaristes de raconter tout ce qui est simplement nécessaire, sans s’éparpiller en tirades inutiles ou en sous-intrigues insensées.

A contrario, "Hawkeye" ne se ressent pas comme un produit terminé à la bourre. L’épilogue n’est pas bâclé comme a pu l’être celui de "Falcon et le Soldat de l’Hiver", et le facteur intérêt est inversement proportionnel à celui de "What If ?...". En somme, le spectateur souffle peu. Tout avance à la vitesse du son, et dans le bon sens du terme. Le canevas est en effet simple à saisir, ce qui est une bonne chose. Il n’est pas nécessaire d’en demander bien davantage à ce type de séries, dont les maîtres-mots sont solidité, plaisir et divertissement. La devise est respectée à la lettre.

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Tony Dalton et Vera Farmiga - Copyright Walt Disney / Marvel
Un microcosme parfois étouffant

"Hawkeye", en dépit d’un format et d’une réalisation presque impeccables, pèche par son ponctuel manque d’ambition. Les enjeux de la série, parfois peu clairs, sont donc souvent en deçà des standards de Marvel, y compris pour les productions dites « réalistes ». C’est dommage, car cela vient un peu à contre-courant de l’un des grands messages de la série, qui veut que l’on ne définisse pas un héros à ses pouvoirs. Une menace plus sérieuse aurait été à la fois plus judicieuse et plus plaisante.

Excepté cet écueil, la trame reste agréable à suivre. Il est cependant peu probable que l’audience s’en souvienne d’ici plusieurs années tant elle ne sort pas de l’ordinaire. Mais là n’était de toute manière pas la visée de ces six épisodes, qui sont davantage un support pour l’avenir et un moyen d’introduction astucieux des nouveaux personnages qu’une série aux prétentions élevées.

En outre, l’intelligente apparition de personnages déjà connus des fans est ici à saluer. Les studios Marvel ont déjà habitué leur public à du fan-service, en veux tu en voilà au point d’y perdre la notion de logique. Dans "Hawkeye", la gestion de la nostalgie est en premier lieu plus subtile : pas de Spider-Man, de Captain America ou de Doctor Stange. Les « caméos » sont à l’image de la série : terre à terre.

Du reste, le show se démarque par une efficacité émotionnelle toute particulière. En effet, les références au passé (plutôt récent en fin de compte) douloureux de Clint Barton sont fréquentes et plutôt bien gérées. Le personnage, grâce à cette facette encore inédite de sa personnalité, gagne une profondeur jusqu’ici insoupçonnée. Jeremy Renner a saisi les implications de cette virée en solo. Il le fait bien comprendre aux aficionados par une prestation satisfaisante. Le deuil, les regrets, l’amour sont autant de sujets qui tiraillent l’archer.

Les prémices de cette sensibilité avaient déjà été exposées dans "Avengers: Endgame". Ils sont aujourd’hui plus que jamais développés, le format série aidant, pour en convaincre le spectateur. Le convaincre que, oui, « Oeil de faucon » est aussi un bon personnage. Qu'il est aussi est un Avenger, au même titre que Thor ou Hulk. La thématique des choix difficiles auxquels sont parfois confrontés les héros, centrale, gagne en impact au fur et à mesure que l’humanité de Barton se découvre. Et les titulaires d’un compte Disney + en seront ravis.

"Hawkeye" ne déroge en ce sens pas à la règle. Il s’inscrit dans la logique marvelienne de mise en densité des personnages sous-exploités par le grand écran, via des miniséries. En assumant constamment son quasi-statut de production de second plan, le show se refuse à la grandiloquence usuelle du MCU. Et cela fait du bien. L’alchimie de son duo principal booste le moral et donne à l’ensemble des allures de « fête dans la fête ». Joyeux Noël !

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