28 février 2021
Disney +

La Belle et le Clochard : Une version dénaturée

Par Mickaël Vrignaud

Et Disney + arriva. À point nommé, d’ailleurs, il déboule en pleine période de confinement, amenant son lot d’enthousiasme démesuré, d’attente, d’excitation incompréhensible puisqu’à la différence de Netflix qui produit bon nombre de films et de séries, il n’y a quasiment rien sur Disney + que nous n’aurions pu voir avant. Enfin si, il y a l’adaptation live de "La Belle et le Clochard", dernier copier-coller photoréaliste et fainéant d’un chef d’œuvre de 1955, divertissement de moyenne facture, plombé par son absence d’imagination et ses lubies idéologiques qui en font une sorte de pavillon-témoin des délires de l’époque.

Nous sommes donc en 1909, en Nouvelle-Angleterre. Le doux foyer de Darling et Jim Chéri accueille une petite boule de poil, un cocker spaniel anglais, plus précisément, instantanément nommée Lady. Choyée dans l’amour et la quiétude de son lotissement bourgeois, la jeune chienne voit sa vie chamboulée par l’arrivée dans la famille d’un bébé et la rencontre d’un chien de rue, un bâtard au cœur tendre, que l’on surnomme le Clochard.

Passons sur le scénario qui a largement eu le temps de faire ses preuves – ça reste formidable –  et venons-en directement au film : celui-ci souffre des mêmes défauts que "Le Roi Lion" avant lui. L’extrême réalisme des images (il faut l’avouer, c’est incroyable encore une fois) donne au film un aspect bizarre : sorte de documentaire animalier sur lequel on serait venu plaquer des voix humaines.

Deuxième problème : les images en perdent toute poésie, tout mystère, tout pouvoir de suggestion. Un rat effrayant dans le film d’origine devient ici… Bah, un rat, vaguement gros on vous l’accorde. C’est dommage car, par ailleurs, le seul moment où le film fait preuve d’ingéniosité, la scène fonctionne : à la moitié de ce dernier le castor, qui ôtait initialement la muselière de Lady, est remplacé par… une statue de castor sur les dents duquel la chienne vient trancher les lanières de cuir. Puissance évocatrice énorme, on a presque de la peine de voir le rongeur drôlissime du film original, à présent figé dans la pierre. Ce sera la seule bonne idée puisque, par la suite, chaque plan voulant copier celui du film originel en subira lourdement la comparaison et la scène des siamois en est l’exemple le plus criant.

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Les deux héros du film live
Dans l’animé de 1955, elle était sans doute la plus marquante, la plus terrifiante : les deux chats, dont les yeux en amandes phosphorescents perçaient d’abord à travers l’obscurité d’un panier, déambulaient, symétriques comme une sorte de bestiole à deux têtes semant, lentement mais sûrement, le chaos dans la maison familiale. Mais voilà : la scène des siamois d’origine faisait montre d’un racisme anti-asiatique (yeux bridés, dents en avant) et elle va subir les frais de son époque, toujours désireuse de réécrire l’histoire avec ses yeux tout neufs. Résultat, les siamois ne sont plus siamois, la chanson change et les voix sont celles de Roman Gianarthur et Janelle Monae, deux chanteurs pop noirs. La scène est une catastrophe, mais la dignité de l’humanité est sauve, c’est formidable !

Lady, à l’origine toujours en retenue et qui découvrait réellement le vrai monde, devient une sorte de chienne badass, forte en gueule dès le début du film (un personnage féminin passif, on a plus le droit), on flingue le personnage principal… Toutefois, la dignité de l’humanité est sauve. C’est formidable !

Et puis le cadre, bon sang, le cadre : nous sommes en Nouvelle-Angleterre au tout début du XXème siècle. Pour rappel, à cette époque l’état ne compte qu’un pour cent de noirs, tous concentrés à Boston où ne se situe pas le film. Dans "La Belle et le Clochard" nouvelle version, c’est simple j’ai cru, pendant un moment, que l’intrigue avait été déplacée à la Nouvelle-Orléans. Nous sommes au-delà de l’entorse à l’histoire. C’est juste du n’importe quoi ! Mais la dignité de l’humanité est sauve. C’est formidable !

Consensuel à l’excès, pauvre et souffrant terriblement de la comparaison avec son aîné, ce cru 2020 de "La Belle et le Clochard" est sauvé par la force de son histoire originale. Cependant, il est pollué par un manque de cinéma et d’autres soucis qui n’ont, eux, rien à voir avec le 7ème art.

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