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Soul : Une partition sans fausse note

Par Alexa Bouhelier-Ruelle

"Soul", le nouveau film des studios Pixar aurait dû faire son grand début à la dernière édition du Festival de Cannes avant une sortie très attendue en salle. Ce plan a été quelque peu retardé, mais quelle belle leçon pour un film centré sur l’imprédictibilité de la vie humaine. Disney a donc décidé de faire l’impasse sur la sortie cinéma pour passer directement à l’accès en streaming sur la plateforme Disney+ le jour de Noël.   
 
Quelqu’un a pris des nouvelles de Pixar dernièrement ? Je ne parle pas du côté créatif, mais quand on regarde leurs trois derniers films : "Toy Story 4" déchirant l’une des amitiés les plus légendaires de l’histoire du cinéma; " En Avant" mettant en scène deux frères utilisant la magie pour faire revenir à la vie leur père décédé juste pour une journée ; et enfin "Soul" qui suit l’âme d’un joueur de jazz séparé de son corps après sa mort et ses aventures dans l’au-delà. Tous ces films ont pour thèmes principaux la perte d’un être chère et la mort. Il semblerait que Pixar traverse une période difficile. Même si le studio a toujours pris au pied de la lettre le terme « divertissement pour toute la famille », produisant des films aussi bien pour les adultes que les enfants. Leurs dernières sorties vont bien plus loin que cela.

Ces films sont beaucoup plus sombres. Ils traumatiseront les adultes et amuseront les enfants. En effet, les premiers films du studio étaient plus légers, tout en gardant un message important d’amitié et de courage. Mais, maintenant, ils passent du côté métaphysique en explorant la question des émotions humaines dans toutes leurs complexités et le monde d’après. Pixar améliore ses recettes film après film : prenant des concepts psychologiques intriqués et laissant leurs personnages adorables les simplifier pour nous. Cette fois-ci, nos guides sont des entités bleu, habitant le « Grand Avant », un camp d’entraînement pour les âmes des futurs bébés de la terre.

Une machine bien huilée
Pour "Soul", tout commence à la mort de Joe. Celui-ci n’est pas près de laisser le dernier mot au destin. Arrivé dans l’au-delà, il s’échappe de son dernier voyage et atterrit dans le « Grand Avant » : un monde flou où il participe au programme d’entraînement des âmes en devenir, un programme au cours duquel chaque âme reçoit une personnalité et un ticket pour la terre. L’un des ingrédients secrets du studio est son habilité à concevoir une alchimie unique entre deux personnages : Wall-E et Eve, la Bergère et Woody, Carl et Ellie ou même les Indestructibles. "Soul" n’est pas une exception et créer, encore une fois, une paire unique avec d’un côté notre héros, et de l’autre une entité, doublée par Tina Fey, qui refuse de se rendre sur terre pour y vivre sa vie. Même des mentors comme Mohammed Ali, Mère Theresa, Marie Antoinette ou Carl Yung s’y sont cassé les dents. Du côté des voix Jamie Foxx et Tina Fey rejoignent des duos mythiques composés de Tom Hanks et Tim Allen ou Billy Crystal et John Goodman.

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Jamie Foxx double Joe - Copyrights Disney+
C’est aussi une surprise de voir Jamie Foxx à contre-courant de sa personnalité exubérante habituelle. La performance vocale hors du commun qui lui a valu un Oscar pour « Ray » ici est savamment utilisée, pour correspondre à la personnalité plutôt sobre de Joe et laissant la gymnastique vocale à Tina Fey et son personnage de 22. Pete Docter, qui a été promu au rang de directeur créatif chez Pixar, connaît la partition du studio sur le bout des doigts et mieux que personne. Ici, aucune fausse note, Docter est accompagné de Kemp Powers à la co-réalisation, Mike Jones au scénario et avec une bande originale scindée en deux : la musique jazz originale de Jon Baptiste et la musique plus synthétique crée par Trent Reznor et Atticus Ross empruntant des sonorités à Mica Levi, "Soul" est une recette préparée à la perfection. 

Un film pour le cinéma
Je me répète peut-être, mais Pixar se dépasse film après film du point de vue technique, mais aussi dans ses thèmes et la façon de les amener à l’écran. Dans "Soul", le sud de New York en Automne est récréé méticuleusement. Joe joue dans un club appelé « Half-Note » (un club de jazz qui n’existe malheureusement plus maintenant), où les néons rouge et vert en façade rappellent l’avant-garde artistique de l’East Village. Toutefois, ce sont des détails techniques, qui viennent seulement rehausser un film aux dialogues vifs et intelligents : pourquoi un artiste ne renonce jamais avant d’avoir eu sa chance ? Comment un professeur trouve la flamme chez un élève pour lui donner l’envie de continuer, ou simplement trouver sa voix et son don naturel, une passion qui donne un sens à notre vie ?

Beaucoup d’adultes vont sans doute contempler leurs propres choix, tandis que les enfants s’arrêteront sur l’esthétique atypique de ces entités bleues. "Soul" offre les leçons de vie que l’on peut espérer avec le thème de la seconde chance, ou comment redécouvrir les petits plaisirs quotidiens de la vie. Quand on considère le caractère immersif de "Soul", il est vrai que de le voir en salle aurait été bien plus impressionnant que sur un écran de télévision. Cependant repousser sa sortie encore et encore en attendant que nos salles de cinéma rouvrent aurait aussi été une erreur, allant contre toutes les idées au centre du film : vivre chaque jour comme si c’était le dernier et profiter de chaque seconde.

Pete Docter s’installe encore une fois comme l’un des meilleurs réalisateurs au monde, avec quatre réalisations au compteur et aucune fausse note ; imaginant des films qui ne peuvent exister que dans le monde de l’animation, repoussant sans cesse les frontières de ce que le « divertissement pour toute la famille » veut dire.

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