6 décembre 2019
DVD / Blu-ray

Collection Dracula chez Elephant Films

AVEC DRACULA ELEPHANT FILMS A LES CROCS !

Par Gabriel Carton

Elephant Films ressuscite les grands monstres d'Universal dans une très belle collection. Après avoir retracé la généalogie de Frankenstein, l'éditeur propose une nouvelle salve de gothique en faisant de même avec Dracula et l'on ne peut que saluer l'initiative.

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LA FILLE DE DRACULA

 
1935 fut une année importante pour le cinéma fantastique, en plus d'être celle de la première apparition du Loup-Garou (« Le Monstre de Londres » de Stuart Walker qui ne marquera malheureusement pas les esprits) elle fut aussi l'année ou la créature de Frankenstein demanda une compagne. Le succès de « La Fiancée de Frankenstein » encouragea le studio à donner une suite à son autre chef-d'œuvre, « Dracula ».

« La Fille de Dracula » vit donc le jour en 1936 sous la direction de Lambert Hillyer, avec en vedette l'immense actrice de théâtre Gloria Holden. Comme toujours, décors, costumes, atmosphère, participent à un spectacle visuellement magnifique, mais pas seulement tant il s'avère vénéneux et ensorcelant sur le fond.

Dans cette fausse suite qui tient moins de « Dracula » que de son homologue féminin, « Carmilla », immortalisée par la prose de Sheridan Le Fanu, la descendante du roi des vampires cherche à s'affranchir de la malédiction que son hérédité fait peser sur ses nuits.

Convaincue que son état vampirique peut-être soigné par la psychanalyse, elle fait appel au Dr. Garth. Comprenant que sa soif de sang ne connaîtra jamais de fin, elle espère au moins convaincre Garth de partager son éternité pour la rendre plus supportable.

Fait rare, ce film de vampire échappe à l'habituel manichéisme pour faire de son personnage central plus une victime qu'un bourreau, et se permet quelques audaces en insistant sur l'ambigüité sexuelle du vampire qui séduit autant les hommes que les femmes.

Sur ce plan, le film doit tout à son interprète principale, Gloria Holden, lointaine et mélancolique, femme fatale fragile anticipant « La Féline » de Jacques Tourneur, et l'on peut affirmer que les plus grandes femmes vampires du cinéma, Giana-Maria Canale (« Les Vampires » de Ricardo Freda et Mario Bava), Delphine Seyrig (« Les Lèvres Rouges » de Harry Kümel) ou Catherine Deneuve (« Les Prédateurs » de Tony Scott) lui doivent tout.


LE FILS DE DRACULA


Mis au placard pour quelques années, les monstres chéris d'Universal refont surface à l'aube des années 40. « Le Fils de Frankenstein » rouvre le bal en 1939 et à sa suite « Le Loup Garou » déchire l'écran  en 1941 avec le succès qu'on lui connait et fait de Lon Chaney Jr. la nouvelle star du genre qui met ses pas dans ceux de son illustre père et rejoint Bela Lugosi et Boris Karloff au sommet.

C'est sous le titre « Le Fils de Dracula » que les exploits du plus célèbre des vampires sont remis au goût du jour en 1943. Lon Chaney Jr. délaisse pour l'occasion sa défroque de lycanthrope pour incarner Dracula (et non son fils comme le titre le suggère) qui profite d'un voyage à la Nouvelle Orléans pour trouver une nouvelle compagne.

Le film bénéficie de l'expertise de Robert Siodmak, adaptant un scénario de son frère, Curt, qui refaçonne le conte gothique et le fait dériver vers le film noir.

Magnifiquement photographié, « Le Fils de Dracula » ne renie jamais ses influences expressionnistes, et s'avère parfois éblouissant de poésie. Il ne parvient cependant pas à rendre passionnante l'entreprise de ses chasseurs de vampires, alors que ceux-ci brisent le rythme du récit en expliquant ce que le spectateur sait déjà.

Quant à Lon Chaney Jr. il fait quelque peu figure d'erreur de casting, ne possédant absolument pas l'aura du prince de la nuit.


LA MAISON DE DRACULA


« La Maison de Dracula » rétablit l'ordre des choses en redonnant à Lon Chaney Jr. le rôle de Laurence Talbot, le lycanthrope qui a fait sa gloire, et en prêtant à Dracula les traits aristocratiques de John Carradine.

Réalisé en 1945, il s'agit du troisième « cross-over » orchestré par Universal, après « Frankenstein rencontre le Loup-Garou » (1943) et « La Maison de Frankenstein » (1944). Erle C. Kenton qui a déjà présidé la précédente réunion de monstres réussit à faire tenir debout ce « monster mash » qui inspirera des années plus tard le « Van Helsing » de Stephen Sommers.

Le scénario ne recèle aucune surprise pour ceux qui ont vu « La Maison de Frankenstein », une fois de plus il n'est que prétexte à réunir les trois plus grandes figures du paysage fantastique. Alors que le comte Dracula et Laurence Talbot viennent le consulter pour mettre un terme à leur condition, le Dr. Edelmann caresse l'idée de ressusciter la créature de Frankenstein…

Dracula ne pouvant résister à ses pulsions vampiriques finira réduit en cendre par les rayons du soleil tandis que la pauvre créature ne sera convoquée que pour casser la baraque dans les cinq dernières minutes, le seul à s'en sortir sera le lycanthrope enfin délivré de l'emprise de la pleine lune.

Au rang des mérites de « La Maison de Dracula » il convient de souligner un travail exemplaire sur les décors plus baroques que jamais, ainsi qu'un traitement des personnages féminins qui évite les lieux communs : Jane Adams offre une belle interprétation de l'assistante bossue, dont l'apparence physique n'est jamais pointée du doigt et Martha O'Driscoll dans le rôle de Milizia anticipe les héroïnes twilightesque, puisqu'elle se laisse séduire par le vampire avant de se jeter dans les bras du loup-garou.

Malgré un scénario anecdotique, « La Maison de Dracula » brille grâce à quelques séquences superbes dont la meilleure est certainement celle de la séduction vampirique opérée par John Carradine au son de la Sonate au Clair de Lune. Notons que malgré son succès commercial, il s'agit du dernier film sérieux de la saga monstrueuse d'Universal avant que celle-ci n'accueille les pitreries du duo comiques Abbott & Costello.

Tout comme il l'a fait pour Frankenstein (avec « Le Fils de Frankenstein », « Le Spectre de Frankenstein », « Frankenstein rencontre le Loup Garou » et « La Maison de Frankenstein »), Elephant Films s'applique à combler un manque dans le parc DVD/Blu-Ray français avec ces 3 films estampillés Dracula. A part féliciter l'éditeur pour cette entreprise que les cinéphiles de tout bord sauront apprécier, il convient de noter le soin apporté à ces éditions.

En plus de proposer des masters de toute beauté, chaque DVD (et blu-ray dans le cas de « La Maison de Dracula ») bénéficie d'une présentation du film par Jean-Pierre Dionnet qui se la rejoue « Cinéma de Quartier » pour notre plus grand plaisir. Chaque intervention éclaire le spectateur sur les conditions de productions, la carrière des acteurs etc. 

Dans un autre bonus, l'enfant du rock évoque plus largement la carrière du plus célèbre des vampires au cinéma. Même si les informations sont parfois imprécises ces bonus s'avèrent une excellente manière d'enrichir ses connaissances d'une histoire alternative du cinéma, et pousseront sans doute l'amateur à faire de plus amples recherches sur le sujet.

Après les franches réussites qu'ont constitué les entrées Frankenstein et Dracula dans cette nouvelle collection, on ne peut qu'attendre avec impatience qu'un traitement similaire soit appliqué aux autres grands monstres d'Universal, notamment la momie qui eut droit, entre 1940 et 1944, à une flopée d'aventures encore inédites chez nous.

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