1 décembre 2021
Festivals

Festival de Gérardmer 2015 : Acte I

Par Gabriel Carton


« Nous avons besoin de héros ! », telle fut la conclusion du discours d'ouverture de Christophe Gans président du Jury de la 22ème édition du festival du film fantastique de Gérardmer, durant lequel il mentionnait l'ancêtre du festival de Gérardmer, le renommé Festival d'Avoriaz qui lui avait permis de découvrir ses deux héros cinématographiques : Steven Spielberg avec DUEL et Brian De Palma avec PHANTOM OF THE PARADISE.


Oui, nous avons besoin de héros, de ces cinéastes dont l'avènement ne fait aucun doute, de ces faiseurs de rêves qui ont marqué le cinéma d'une empreinte indélébile et qui sont appelé à devenir les références pour de futures générations. Qui mieux que Gans pour évoquer cet aspect : c'est en voyant des films qu'on a envie de faire du cinéma. Le cinéma de Gans est enfant d'Avoriaz, et son souhait est que Gérardmer puisse un jour se targuer d'avoir de beaux enfants.


Et le Festival d'ouvrir les portes du rêves et du cauchemar avec EX-MACHINA de l'anglais Alex Garland, séduisante œuvre de science-fiction, magnifiquement photographiée, subtilement écrite et bénéficiant de l'interprétation délicieuse d'Oscar Isaac (INSIDE LLEWYN DAVIS), Alicia Vikander et Domhnall Gleeson (la série BLACK MIRROR). Le film suit Caleb, un jeune programmeur informatique sélectionné pour faire passer à une intelligence artificielle le test de Turing. Les capacités de l'I.A. se révèlent très vite hors-norme et celle-ci entre de son propre chef dans un jeu de séduction troublant avec son examinateur. Malgré un sujet attractif, le film n'est pas aussi enthousiasmant qu'il aurait pu l'être et si Alex Garland est sans conteste un créatif inspiré, les limites de son film se dévoilent très vite. Beau sans être fort, surprenant sans être époustouflant, où nos standard évoluent et s'aiguisent de plus en plus ou simplement le film choisi pour l'ouverture n'était qu'un amuse-gueule, qui se veut pourtant sérieux prétendant au grand prix. La suite de la compétition nous dira si oui ou non, EX-MACHINA mérite les honneurs au regard de ses concurrents.

Loin de la science-fiction asimovienne, c'est avec un fleuron de la littérature russe que la sélection hors-compétition sort timidement de l'ombre. LA LEGENDE DE VIY, librement inspiré du conte de Nikolaï Gogol. Encore une fois, le film se montre séduisant sur le plan visuel, ambitieux dans son récit, léger dans ses dialogues, tous les ingrédients du conte fantastique en costumes chatoyants sont réunis… pour au final être mélangés anarchiquement dans le grand chaudron d'Oleg Stepchenko.

Malgré la présence au casting de l'excellent Jason Flemyng et du doyen Charles Dance, l'incohérence du tout et l'aspect interminable du film nous sortent immédiatement du gothique merveilleux que les décors suggèrent. Le développement se perd en détour grotesques et le lyrisme recherché se change en babillages non-sensiques et migraineux. Lorsque l'on se rappelle que VIY fut en 1960 l'une des sources d'inspirations de Mario Bava pour LE MASQUE DU DEMON, on tombe des nues devant l'indigence de cette légende mal fagotée. Le film aura au moins eu le mérite de nous faire découvrir au détour d'une recherche sur internet l'existence d'une autre adaptation bien plus fidèle au conte de Gogol, datant celle-ci de 67.

Mais pas de quoi déjà désespérer, le festival n'a pas encore dévoilée toutes ses surprises, peut-être du côté de la compétition, l'autrichien GOODNIGHT MOMMY viendra relever le niveau… ou pas !


A propos du festival de Gérardmer

À partir de 1994, le festival du film fantastique de de Gérardmer reprend le flambeau de feu le festival international du film fantastique d'Avoriaz. Appelé "Fantastica" jusqu'en 1996, il prend par la suite le nom de "Fantastic'Arts", mettant ainsi l'accent sur son ouverture à d'autres formes artistiques que le cinéma. Y sont, en effet, organisés des concours de dessins et de nouvelles fantastiques et institués des prix pour les décorations de vitrines. À partir de l'édition 2009, le festival reprend le nom usuel de "Festival du film fantastique de Gérardmer" ou simplement de "Festival de Gérardmer".

Chaque année quelques personnalités sont présentes pour constituer en partie le jury, mais aussi pour présenter leurs œuvres, comme Bernard Werber, qui vient chaque année au salon "littérature" situé au centre-ville sur la Place du Tilleul.

ça peut vous interesser

La Quatrième Dimension : Les héros sont endormis

Rédaction

Leonardo DiCaprio : Star sur TCM

Rédaction

Beckett : Seule la promesse compte

Rédaction