10 décembre 2019
Festivals

AFF 2018 : Gangsters, prisonniers et liberté musicale

Après deux premiers jours penchés vers le cinéma français, il était temps que le Quotidien du Cinéma, si présent au Arras Film Festival, s'intéresse aux horizons du monde entier pour cette nouvelle journée. Au programme : Un film de gangster chinois, du rock russe et un drame carcérale historique en Uruguay.

Pour cette journée internationale, nous avions commencé par une séance de retrouvailles avec le cinéaste chinois Jia Zhang-ke. Présenté au dernier Festival de Cannes, "Les Éternels" se présente tout d'abord comme un film de gangster. Choix curieux de la part du cinéaste mais une fois l'histoire lancée en route, cette incursion dans le genre s'avère très limité par la synthèse du cinéma de l'auteur. Encore une fois, on se retrouve devant une fresque présentant les mutations d'une société chinoise. Ce que le réalisateur fait avec un soin à l'image magnifique et à travers Zhao Tao, véritable figure de son film. L'actrice livre encore une fois un rôle magnifique chez le réalisateur. Malheureusement, par sa durée de 2h16, ce nouveau cru ne dit plus grand chose de la société auquel les personnages vivent. Un film mineur, en conclusion, mais qui est toujours une proposition intéressante à prendre (et rien que pour la scène-clé du film, véritable pivot de l'histoire, il mérite d'être vu).

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En revanche, la surprise vient d'Uruguay avec "Companeros". Un film pour lequel les préjugés étaient nombreux avant la projection. Tiré de faits réels (des opposants politiques pris en otages par le gouvernement durant 12 ans), la peur de voir un biopic pompeux et militant était la. Pourtant, cette coproduction Netflix (qui sortira en salles chez nous grâce au Pacte) a su immédiatement captiver. S'intéressant au destin de trois détenus (dont l'un d'eux, José Mujica qui deviendra président du pays), le film multiplie les idées de mise-en-scène et les intrigues, afin de ne jamais tomber dans la reconstitution purement formelle ou le militantisme. Alvaro Brechner, le réalisateur, ose tout quitte à partir vers un humour absurde assez inattendu mais parfois bienvenu. On est pris dans le film tout le long, fonctionnant à la fois comme un film historique, un parcours intime, et un drame carcéral. "Companeros" s'inscrit comme l'une des surprises de ce festival.

Et en fin de journée, le Arras Film Festival s'est donné des airs de Main Square Festival avec "Leto", incroyable moment de liberté rock'n'roll. Dans la Russie des années 80, on suit les vies d'une bande de jeunes insouciants désireux de créativité et d'amusement. Parmi eux, Mike et Viktor, deux jeunes idéalistes souhaitant révolutionner la musique dans une URSS liberticide. Kirill Serebrennikov livre un magnifique hymne à la joie. Malgré un spleen clôturant cette histoire, tout le film transpire l'amour de l'art et l'envie d'aimer et de s'amuser. Et cela en harmonie avec le public, qui se surprendra à taper du pied lors des formidables reprises des Talking Heads ou Lou Reed. Une journée forte en surprise, donc, qui témoigne encore de la variété infinie du cinéma internationale.

Rendez-vous le week-end prochain avec "La Favorite" de Yorgos Lanthimos, notamment !

Victor Van De Kadsye

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