25 juillet 2021
Festivals

Arras Film Festival 2016 : Au bout de l’engagement

Par Guillaume Méral


Ça y est, le coup d'envoi est lancé et bien lancé pour l'Arras Film festival. Après la projection de "Demain tout commence" qui, comme on pouvait s'y attendre, a emporté assez largement l'adhésion d'un public qui s'est déplacé en nombre pour cette soirée d'ouverture, le marathon festivalier à Arras Film festival a commencé dès ce matin 9h30. Avec, comme de coutume ici, un public qui n'a pas eu peur de défier la fraicheur matinale et les nouveaux protocoles de sécurité malheureusement de rigueur pour se ruer sur la billetterie.

Votre serviteur quant à lui s'est employé à réchauffer consciencieusement les sièges des salles du Cinemovida utilisées pour cette nouvelle édition du Arras Film festival dans cette journée placée sous le signe de l'engagement sacerdotal. Pas au sens religieux du terme (encore que…), mais pour définir la trajectoire de personnages qui n'hésitent pas à s'aliéner leur environnement pour aller au bout de leur convictions et du chemin de traverse qu'ils se forcent à emprunter. La fameuse « voie de gauche », qui les amènera à trouver d'une façon ou d'une autre à trouver une zone de gris après avoir vécu leurs principes dans leurs extrêmes. Une thématique qui prend d'autant plus son sens à l'aune de la projection en fin de journée de "Tu ne tueras point", le chef-d'œuvre de Mel Gibson que l'on a déjà couvert des éloges qu'il mérite en ces pages.

On passe rapidement sur "Pieds nus à Paris", fable poetico-burlesque sur une canadienne débarquant dans la jungle parisienne Paris pour retrouver sa grand-tante malade. Une œuvre atypique présentée lors du Arras Film festival mais tenant plus de la performance scénique que du cinéma à proprement parler, malgré quelques jolis plans qui ne parviennent pas à faire oublier un découpage rigide et peu inspiré.

On vous conseille en revanche de guetter la sortie de "Primaire", surprise des plus inattendues. Car il faut avouer que cette histoire d'institutrice idéaliste confronté à la cruauté du monde et à une administration déshumanisée présentait tous les critères du cinéma sujet de société parfumé au camembert bien de chez nous. Le genre dont quelques images suffisent d'ordinaire à donner des boutons à l'auteur de ses lignes, mais qui ici se révèle contre toutes attentes touchant et inspiré dans le parcours de cette héroïne qui s'isole du monde extérieur faute de pouvoir accorder ses idéaux à la réalité qui l'entoure.

Si "Primaire" amoindrit son impact en raison d'une mise en scène qui tend à neutraliser ses effets à force de vouloir s'effacer devant la capture du quotidien (dommage avec la présence d'Yves Angelo au poste de chef'op), le film a d'autres atouts à défendre. Notamment un scénario qui a l'intelligence de prendre son argument social non pas comme une fin en soi mais comme un point d'entrée vers un portrait amer sur la société actuelle, étayé par de nombreuses références à la mythologie intelligemment disséminées.

Une ligne qu'essaie également de tenir la "Ragazza del mondo", avec son histoire d'une témoin de Jéhovah qui va progressivement coupé les ponts avec sa communauté par amour pour un délinquant. On aurait aimé que le film tienne les belles promesses de sa première bobine, malheureusement la "Ragazza del mondo" semble de plus en plus reculer face à son sujet à mesure que le récit se déroule. Comme si en définitif la transgression du matériau faisait peur au réalisateur qui expédiait ses pistes les plus prometteuses avant même qu'elles n'aient pu livrer leur plein potentiel. Le film se retrouve inlassablement à reconduire des partis-pris de mise en scène d'abords pertinents mais progressivement redondants à mesure que l'identification du spectateur se retrouve mis à l'épreuve à force de gros plans sur les yeux mouillés de l'héroïne. Dommage, même si l'attachement aux personnages permet de suivre le tout sans trop de problèmes.

C'est tout pour aujourd'hui, Le Quotidien du Cinéma vous donne rendez-vous demain à Arras Film Festival pour de nouvelles aventures. Pour finir, nous vous laissons avec l'interview d'Hélène Angel et Sara Forestier, passé au jeu de l'interview pour "Primaire".


INTERVIEW D'HELENE ANGEL ET SARA FORESTIER POUR PRIMAIRE

Hélène Angel présenté à Arras Film festival

M : Comment vous est venu le désir de faire ce film et de raconter l'histoire de cette institutrice ?

C'était une envie de femme et de mère… Quand mon fils a quitté le CM2 pour entrer en sixième, il y avait la fête de fin d'année de l'école et j'ai constaté que j'étais plus triste que lui qu'il quitte l'école primaire. C'est pour vous dire à quel point comment, au-delà du sujet, de l'éducation etc., l'école marquait symboliquement nos vies. Ce sont des étapes importantes : on rentre au CP où on apprend à lire et à écrire, on entre en sixième où on va devenir des adolescents, on quitte un peu la petite enfance… C'est avant tout le côté émotionnel qui m'a poussé à raconter l'histoire de cette institutrice. Ensuite, à partir du moment où je me suis intéressé à ce personnage, je me suis beaucoup documenté, j'ai beaucoup travaillé… Et voilà.

M : C'est un point très perceptible qui se dégage du film : on sent qu'il s'agit d'un point d'entrée pour faire le portrait de notre société, et d'un monde qui n'est pas forcément à la hauteur de l'idéalisme et de la conviction du personnage… Est-ce que le film a tout de suite été pensé dans ce sens là ?

C'est une bonne analyse je trouve ce point d'entrée, car c'est aussi un point d'entrée vers la fiction. J'ai passé 2 ans dans une classe, assise au fond, à prendre des notes, à me documenter, à m'inspirer mais l'idée n'était pas de faire un documentaire. Je voulais vraiment raconter une histoire, mais que la fiction s'imbrique sur une réalité juste parce que je ne voulais pas raconter n'importe quoi sur ce métier. Mais j'avais envie de romanesque, je voulais aussi parler des profs d'aujourd'hui, de parler de ce qu'est le malheur d'un enfant à travers le personnage de Sacha… Effectivement, on peut parler de point d'entrée.

M : Est-ce pour cela que vous avez inséré de nombreuses références mythologiques ? On a l'impression qu'il s'agit de mettre d'un moyen de mettre sur un piédestal qui vit dans un monde qui n'est pas à la hauteur de son engagement.

Sur la mythologie oui il y avait un clin d'œil. Dans le spectacle il y a l'idée de la création de l'homme qui est amenée et à la fin, quand les enfants montent sur scène, ils deviennent à leur façon des hommes. C'était une manière de raconter ça à l'intérieur du film. Le film est très clair sur son engagement à elle. Je pense qu'elle est comme une enfant, une enfant pleine d'idéaux, de toute façon il faut être idéaliste pour faire ce métier, mais elle va un peu trop loin. Elle franchit la ligne jaune avec Sacha, sans pour autant réussir à résoudre son problème. Donc, oui, elle se prend le réel dans la figure, mais au fond je pense qu'elle aussi grandit. Elle doit accepter ce réel, et passer du primaire au secondaire à sa manière. 

Sara Forestier à Arras Film festival

Sara, qu'est-ce qui vous a motivé en particulier dans ce rôle ?

Je fonctionne souvent au coup de cœur pour le scénario. C'est pas totalement le rôle qui me convainc, je peux trouver un rôle magnifique et trouver qu'il n'est pas pour moi en fait. C'est vraiment un tout, c'est le film qui m'a vachement touché, pour plein de raisons. Le sujet de la vocation, c'est quelqu'un qui est dévoué, passionné… Ce sont des personnages un peu plus vibrants que des gens ordinaires. Il y a beaucoup de gens qui ont des passions dans leur vie, mais là le fait que c'était dans un métier ça m'a… Pour tout vous dire, le métier que j'aurais aimé faire si j'étais pas devenue actrice, c'est institutrice.

On vous pose souvent la question quand vous êtes comédienne, qu'auriez-vous fait si vous n'étiez pas devenue comédienne, moi j'ai toujours répondu institutrice. Donc, voilà, il y a beaucoup de ça. Après, il y le scénario, la structure, la manière dont c'est traité, ce truc de vocation... J'adore les personnages qui se donne corps et âmes dans quelque chose. Je l'avais fait auparavant pour des personnages qui se dévouent à des histoires d'amour, des idées, des opinions politiques Mais jamais à travers un métier. Et je suis très attachée à l'idée de la transmission, et avec ce personnage qui se nourrit uniquement des rapports humains, ça me plaisait.

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