Festivals

Arras Film Festival 2016 : Vivre et mourir ensemble

S'il y a une chose que l'on ne pourra pas reprocher à cette 17ème édition de l'Arras film festival (et aux précédentes soit dit en passant), c'est bien la cohérence thématique qui parcourt sa programmation. Hasard de l'enchaînement des projections ou non, toujours est-il que votre humble serviteur s'est une nouvelle fois retrouvé devant des œuvres remarquablement liée par un tronc commun, pour le pire comme pour le meilleur. Après une journée d'hier qui questionnait le jusqu'au boutisme de l'engagement dans un monde rompu à la compromission, on retiendra de ce dimanche des films placés sous le signe de la coexistence entre les êtres lorsque les inimités et les rancœurs percent la surface du vernis social et le statu quo assuré par le petit jeu des apparences.

Une densité thématique dont aimerait bien se prévaloir "Maman a tort" de Marc Fitoussi, qui raconte l'histoire d'une adolescente découvrant une facette de sa mère qu'elle ne connaissait pas au cours d'un stage d'observation dans l'entreprise de celle-ci. Prototype du film qui a plus de choses à dire que de capacités à les raconter, "Maman a tort" révèle surtout le manque accablant de goût qui anime l'entreprise pour tous les compartiments de la mise en scène (montage, cadrage, photo, direction d'acteurs…). Même la d'habitude excellente Emilie Dequenne ne peut rien pour endiguer le naufrage d'un film dont le sujet aurait mérité un autre traitement que cette énième itération d'une exception culturelle qui décline sa cuisine de façon roborative.


Wonderland

Plus intéressant mais pas moins bancal, "Wonderland" narre le délitement de la société suisse alors qu'un nuage inquiétant se forme sur tout le territoire, menaçant d'une tempête qui pourrait rayer le pays de la carte. Faux film-catastrophe qui pense ses poses avant d'investir son sujet, "Wonderland" a la particularité d'avoir été signé par dix réalisateurs différents, chacun s'occupant d'une histoire de ce film-choral désaccordé. Là réside le problème : non content de ne jamais véhiculer une seule fois l'angoisse d'une catastrophe imminente, le film accuse en outre une disharmonie inversement proportionnelle à sa cohérence formelle entre ses histoires pauvrement traitées qui n'entrent jamais en écho les unes aux autres.


Enclave

Plus réussi, "Enclave" propose un point de vue original et lucide sur la coexistence difficile entre Serbes et Albanais au sein d'une Enclave au Kosovo. Proposition atypique que de considérer le problème sous l'angle de vue d'enfants contraints de se débattre avec l'héritage pesant de la haine de leurs aïeuls et qui aurait peut-être gagné à assumer ce traitement jusqu'au bout. En l'état, un beau moment de cinéma qui ne se laisse pas accabler par la difficulté de son sujet.


La Communauté

On concluera ce compte-rendu avec "La Communauté", nouveau film du danois Thomas Vinterberg qui décrit comment, au plus fort des années 60, une famille comblée décide de vivre en partageant l'espace de la demeure dont ils viennent d'hériter. Un pitch qui annonçait un portrait sans concessions de la désillusion de l'ère hippie, avant que l'on comprenne qu'il s'agit avant tout d'un point d'entrée pour parler d'une crise de couple. Vinterberg ne tourne pas le dos à son sujet pour autant en usant de cette communauté pour amplifier et pressurer les protagonistes du spectacle de ce mariage qui se déchire sous le regard d'autrui et la transparence que cela implique.

Comme d'habitude, le réalisateur traite d'une problématique complexe sous l'angle des rapports humains et leur altération par un contexte bien spécifique. Et quelque part, malgré une conclusion optimiste, acte l'échec de l'époque à réguler les passions humaines antédiluviennes. Bien que contestables dans certains de ses développements, "La Communauté" s'impose instantanément comme l'un des films les plus intéressants de ce début de festival. Plus qu'à croiser les doigts pour que la suite se montre à la hauteur du challenge…

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