13 novembre 2019
Festivals

Arras Film Festival 2018 : Rencontre avec L’Empereur de Paris

Pari audacieux dans le contexte d’un cinéma hexagonal toujours aussi frileux à contredire ses prescripteurs, "L’Empereur de Paris" ne se révèle malheureusement pas à la hauteur de l’audace ayant impulsé sa production. Pire : le film de Jean-François Richet louche davantage du côté d’"Arsène Lupin" et des "Brigades du Tigre" que du grand film d’aventures populaire qu’il voudrait honorer avec une figure de patrimoine (Vidocq donc) remise au goût du jour.


Démarrant sur une séquence d’ouverture traitant le célèbre bagnard telle une icône dans la mise en scène de sa déchéance, L’empereur de Paris ne retrouve malheureusement jamais la brutalité bienvenue de son entrée en matière. Handicapé par un scénario elliptique qui multiplie à peu près tous les poncifs d’écriture que l’on tend à retrouver dans la production camembert à gros budget (personnages inutiles, sous-intrigues qui ne débouchent sur rien, mise en place poussive), "L’Empereur de Paris" souffre en outre de l’approche naturaliste de son réalisateur. Comme à son habitude, Richet filme souvent à plat(ement) les échanges de ses personnages sans convoquer son décor comme vecteur de sens potentiel pour éclairer son propos (touffu) ou les motivations de ses personnages (incertaines).

"L’Empereur de Paris" réussit ainsi l’exploit de transformer une créature de son époque en personnage hors-sol, jamais connecté à son contexte historique autrement qu’en oralisant sa problématique. Une lourde déception donc, que le réalisateur et son acteur principal sont néanmoins venus défendre avec passion dans les quelques extraits de la conférence de presse que vous pouvez lire ci-dessous.


Q : Que connaissiez-vous l’un et l’autre du personnage de Vidocq avant de vous atteler au projet ?

VC : Je ne m’étais jamais penché sur le personnage à proprement dit. Je connaissais la série avec Claude Brasseur que je regardais quand j’étais petit, et j’avais visionné le film de Pitof qui était une extrapolation de l’histoire qui tenait un peu de la science-fiction. Mais je n’étais pas au courant des enjeux de la vie de Vidocq en tant que personnage historique.

JFR : J’avais lu les mémoires, et quand j’ai lu le scénario qui m’a été proposé, je me suis aperçu que je ne m’en souvenais plus vraiment. –Je les ai relus et ça a retrouvé un écho en moi. J’ai vu aussi la série avec Claude Brasseur, mais pas le film de Pitof.

Q : Le film a été initié par les producteurs Eric et Nicolas Altmeyer, sur un scénario écrit par Eric Besnard , et il vous a été proposé simultanément. Quelle a été votre réaction ?

VC : C’est même plus compliqué que ça.  Il y avait en deux projets sur la vie de Vidocq qui étaient en gestation sur la place de Paris, qui n’avaient rien à voir l’un avec l’autre. Et on nous a proposé les deux projets à nous deux en même temps ! On s’est appelé, et…

JFR : Non c’est pas comme ça ! Tu en avais lu un, tu m’avais dit que c’était pas mal. J’en avais lu un autre que je trouvais nul, et c’est après qu’on s’est aperçu qu’il y avait deux projets différents. C’était pas un truc comme ça ?

VC: J’ai un souvenir de mon agent me disant qu’il y en avait deux… Mais, en tout cas, on a pris le plus abouti, et ça nous est vite apparu évident qu’il fallait le faire. Ce personnage un peu à la frange de la société, mi-flic mi-voyou , je voyais presque un rapport entre Mesrine et Vidocq. Et je pense que les producteurs nous l’ont proposé aussi dans ce sens là : le duo de "Mesrine" pour faire Vidocq, c’était pas une idée extravagante….

QC : La différence de Vidocq par rapport à Mesrine, c’est qu’il s’agit presque d’un voyou par accident, au sens où il n’avait pas choisi cette voie. Néanmoins, il se retrouve rattrapé par un conflit moral entre le milieu qu’il n’avait choisi, mais auquel il est attaché, et le fait de travailler pour la police. Est-ce que cela a constitué pour vous un point d’entrée dans votre ré-interprétation du personnage ?

JFR : C’est pas un intellectuel : il ne travaille pas pour la police dans le but de devenir policier, mais pour avoir une lettre de grâce. D’ailleurs si on devait faire un parallèle, c’est presque un anti-Mesrine. Mesrine est un personnage qui aime le chaos, Vidocq lui aime l’ordre. Leur motivation commune ce serait la liberté, mais il ne prend pas le même chemin. Cependant, lui, à la base, quand il demande à travailler pour la police c’est pour obtenir une amnistie afin de recommencer une vie normale. Il va tellement bien réussir que Fouchet, le chef de son chef, va s’en servir. Néanmoins, à la base, il combat pour sa liberté. Sa lettre de grâce il l’aura, mais beaucoup plus tard…
Propos et critique de Guillaume Meral

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