12 décembre 2019
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Arras Film Festival 2019 : Chanson Douce

"Chanson Douce", ou la mélodie du thriller

Par Auxence Magerand


Adapté du livre de Leïla Slimani vainqueur du Goncourt en 2016, "Chanson Douce" de Lucie Borleteau se concentre sur la famille de Myriam (Leïla Bekhti) et Paul (Antoine Reinartz), parents de deux enfants en bas âge. Après une longue pause, Myriam décide de reprendre son activité d’avocate et le couple choisit d’engager une nounou. Si le professionnalisme de Louise (Karin Viard) les séduit au départ, il laisse pourtant peu à peu se dévoiler une omniprésence dérangeante.

"Chanson Douce", sans être un thriller virtuose (la place est déjà prise par "Parasite" cette année) demeure une belle réussite. Le scénario co-écrit par Maïwenn et Jérémie Elkaïm sait épouser le mode de la tragédie sociale moderne, en jouant sur la crainte d’un drame qui pourrait se produire dans n’importe quel foyer. Ici, l’inquiétude s’immisce vénéneusement dans le paisible apparent. Le film évite ainsi souvent les écueils de la tension grossière en lui préférant l’insidiosité du quotidien, considérant par exemple les effets néfastes de la parole rapportée.

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Karin Viard et Leïla Bekhti - Copyright StudioCanal

Surtout, ce fait-divers romancé travaille l’ambivalence de ses personnages. Karin Viard se révèle certes peu à peu terrifiante et manipulatrice, mais aussi extrêmement poignante dans son désespoir. Quant au couple formé par Leïla Behkti et Antoine Reinartz, au départ époux modèles, il interpelle subtilement le spectateur sur le mépris de classe rance et sur l’hypocrisie bourgeoise face à la mixité ethnique. La métaphore du poulpe qui parcourt "Chanson Douce" est à ce titre justement choisie, à la fois allégorie des secrets enfouis, emblème de la monstruosité (le mythe scandinave du Kraken), et figure de la sexualité (chez Hokusai).

L’exercice de style de Lucie Borleteau est maîtrisé et prenant, jusque dans sa réflexion sur la maternité : que penser du rôle de la nourrice comme corps de substitution pour s’affranchir de la pression des statuts de mère et d’épouse ? Quels troubles cela induit-il ? On a plus que jamais envie de lire le roman.

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