12 décembre 2019
Festivals

Arras Film Festival 2019 : Le lac aux oies sauvages


Une envolée sanglante et artificielle dans la Chine d’aujourd’hui


Par Amandine Letourmy

Présenté lors du week-end d’ouverture de l’Arras Film Festival, "Le lac aux oies sauvages" de Diao Yi’nan donne tout de suite la couleur. Essentiellement éclairé à la lumière artificielle, le nouveau long-métrage du cinéaste chinois baigne dans les néons, mais achève sa course dans le néant.

Tablant sur une histoire de marginalités, Le lac au oies sauvages dresse le portrait d’une pègre chinoise motarde qui se réunit dans l’humidité des caves d’hôtels pour se répartir les quartiers de la ville. À eux se superpose la police qui tente, avec plus ou moins de succès, de se fondre dans la masse. Guerre de territoire, violence, vengeance, argent. Malgré une proposition initiale plutôt attrayante, le film souffre cependant d’un manque de recul criant de la part de son réalisateur. Par son trop-plein d’idées, Diao Yi’nan ne fait qu’emboutir effet de style sur effet de style, au détriment d’un scénario fourni.

Voyage au bout de la nuit

L’histoire débute un soir pluvieux, sous l’éclairage jaune des abords d’une gare. Dans l’ombre, une silhouette. Celle de Zhou Zhenong, chef de gang à la main tuméfiée et ornée du tatouage d’un oiseau. L’homme a une estafilade sanglante sur la joue gauche, et un regard opiniâtre imprimé sur le visage. À la suite d’une course poursuite à moto, celui-ci a pris un officier de police pour un membre de la bande rivale qui voulait lui faire la peau. Le coup de feu est parti, le flic est mort. Désormais en cavale, il le sait, sa fin est certaine.

Il croise une seconde ombre, d’abord dissimulée sous un parapluie (objet d’une létalité insoupçonnée qui resservira un peu plus tard) : il s’agit de Liu Ai’ai, une « baigneuse ». La prostituée le persuade qu’elle peut l’aider à ce que la récompense promise pour sa capture revienne à sa femme et son fils.

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Zhou Zhenong (au fond), interprété par Hu Ge, entouré de son gang. © Memento Films Distribution.

Portrait d’une Chine tout en jeu d’ombres et de lumières, tantôt dédale de ruelles sombres et poisseuses, tantôt poussiéreuses et éclairées au halo artificiel des néons, "Le lac aux oies sauvages" manque malgré tout d’ambition scénaristique. Les personnages ne s’émanciperont jamais de l’image à laquelle ils se doivent de coller. Tout y est : l’anti-héros, son acolyte dont la loyauté est questionnée, mais aussi la figure de sa femme désemparée, pressurée par la police. En conséquence, cette chasse à l’homme sanglante et effrénée, plaisante au début, et dont on espérait une singularité, finit par lasser.

Malgré une mise en scène impeccable — on ne peut lui nier une formidable esthétique —, le nouveau long-métrage de Diao Yi’nan reste trop formel pour pleinement satisfaire. Les images de cette ville de néons labyrinthique où les flics en civil se mêlent à la pègre sont sublimes, mais l’ensemble trop frêle pour porter les deux heures du film. À trop se regarder filmer, le réalisateur semble avoir oublié que la forme ne fait pas tout.

Sortie prévue le 25 décembre 2019

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