7 décembre 2019
Festivals

Arras Film Festival 2019 : Sous le signe de la transmission

Arras Film Festival, 20ème édition

Par Guillaume Méral



Après le deuil évoqué dans un précédent compte-rendu, la transmission. On a beau ne pas vouloir extrapoler pour le moment sur la part de conscientisation à l’œuvre dans cette programmation, mais la ligne éditoriale de cette 20ème édition de l’Arras Film Festival s’affirme de plus en plus à mesure que les journées passent. Le changement c’est maintenant comme le dirait un certain président par accident, et c’est ce que nous racontent en creux les films projetés aujourd’hui.

Tout d’abord avec le surprenant "Docteur ?" de Tristan Séguéla, qui raconte les tribulations nocturnes d’un médecin incarné par Michel Blanc contraint par la force des choses de déléguer ses consultations à un livreur Deliveroo. Surprenant, parce qu’en puisant ses références chez Martin Scorsese et "Collateral" de Michael Mann, le cinéaste aboutit à une comédie joliment singulière dans le paysage formaté des comédies hexagonales.

Sans rivaliser un instant avec la maestria des réalisateurs pré-cités, Paris le soir de Noël devient un personnage à part entière, dont l’humeur et les émois sont affectés à la même hauteur que ceux de son réjouissant duo vedette. Une ambition qui se répercute dans un récit tout en ellipse bien senties, qui cherche jamais le rire dans les évidences du comique de situation. Une histoire de famille recomposée à travers un père qui retrouve le goût de la transmission, qui aura toutes sa place sur l’étagère des « Christmas Movie » que vous squattez chaque année le ventre plein.


Peu propice à une séance familiale au coin du feu, "Seules Les bêtes" ferait plutôt office de « feel bad movie » pensé pour défoncer l’invective à la bonne humeur des fêtes de fin d’année. Le rare Dominik Moll revient très en forme avec cette adaptation d’un roman de Gilles Legrand, et un récit en spirale qui marche sur les traces de Rashomon de Kurosawa avant de lorgner sur une variation de l’effet papillon que n’aurait pas renié d’Alejandro Gonzalez Inarritu.

Le film aurait facilement pu crouler sous le poids de ses ambitions, mais Moll renoue avec une conception hitchcockienne de l’implication du public, actionné par le dispositif ludique à l’œuvre. "Seules les bêtes" ET le spectateur sauront ainsi la vérité qui se défausse à des personnages prisonniers de l’image que chacun se transmet mutuellement. Des protagonistes enfermés dans un récit ouvert sur tous les continents : une belle figure de cinéma pour le moins évocatrice. Extrait :


Enfin, nous concluons cette journée consacrée à la transmission par la naissance d’une filiation qui laissera les yeux mouillés aux plus cyniques d’entre-vous. On a souvent cherché l’héritier de Steven Spielberg parmi ses nombreux épigones, mais on pensait pas trouver son légataire légitime (juste derrière Juan Antonio Bayona) dans l’Hexagone. Léo Karmann a 30 ans, et il vient de faire un enfant dans le dos de tout le monde avec son premier film intitulé "La dernière vie de Simon".

L’histoire ? Un orphelin capable de se transformer en tous ceux qu’il touche usurpe l’identité de son ami pour prendre sa place dans sa famille. Un tel pitch dans le contexte franchouillard signifie tous les prétextes artistiques possibles pour éviter de faire du cinéma fantastique. Mais Leo Karmann a un cœur gros comme ça qui n’a d’égal que la maitrise inouïe qu’il affiche de son outil d’expression.

Véritable manifeste de la grammaire spielbergienne, Karmann ne fait pas que réciter docilement son abécédaire : il s’en réapproprie les codes pour frapper d’une évidence émotionnelle de chaque instants un argument pourtant improbable. Une déclaration d’amour au cinéma dont on vous invite urgemment à guetter la sortie le 05 février. Car on sait les injustices flagrantes que les méandres du cinéma populaire hexagonal peuvent réservé à certains de leur plus beaux fleurons. "La dernière vie de Simon" risque de subir à son détriment tous les à priori et les antécédents qui court-circuitent la rencontre du public français avec un imaginaire que d’aucuns jugent illégitime en leur contrées.

Faites-nous confiance, et ne faites pas de "La dernière vie de Simon" est un film orphelin du public pour lequel il a été amoureusement conçu. Il est fait pour vous, et a hâte de vous rencontrer. Il ne vous reste plus qu’à honorer le rendez-vous. On vous en reparle demain avec l’interview de Léo Karmann et Benjamin Voisin, l’un des interprètes du rôle-titre... En attendant, un extrait du film...

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