12 décembre 2019
Festivals

Arras Film Festival 2019 : Sous le signe du crépuscule

Arras Film Festival, 20ème édition

Par Guillaume Méral



Le crépuscule du vieux-monde : de jour en jour, la 20ème édition de l’Arras film festival affirme l’identité thématique qui se dégage de sa programmation. Les deux films qui nous intéressent aujourd’hui en dressent néanmoins un inventaire aux antipodes l’un de l’autre. Tous deux concernés par le thème du deuil, "Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part" et "Un vrai bonhomme" en proposent néanmoins un traitement dont la différence ne tient pas seulement à la à la nature des genres investis.




Énième chronique familiale avec des gens bien servis par la vie qui s’apitoient sur leur sort en gros plans, "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" (réalisé par Arnaud Viard avec Jean-Paul Rouve, Alice Taglioni, Benjamin Lavernhe) fait de la question susmentionnée une simple péripétie de mi-métrage servant de strapontin à l’évolution des protagonistes.

Certifié Qualité française, concours de pleurs façon "Les Petits Mouchoirs" et vignettes humanistes publicitaire. "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" pourrait catalyser à lui-seul l’égocentrisme de son époque, qui transforme les questions existentielles inhérentes à l’être humain en simples étapes d’un programme de développement personnel. Bienvenue en Macronie.



Beaucoup plus généreux dans la forme comme dans le fond, "Un Vrai Bonhomme" de Benjamin Parent prend l’argument du teen-movie pour emmener son spectateur rôdé aux codes du genre vers des territoires moins familiers. Le deuil n’est finalement que la partie émergée de l’iceberg du mal-être de son personnage principal, adolescent névrosé qui se définit en permanence par rapport à la figure écrasante de son frère disparu (extraordinaire Benjamin Voisin qui, après "La Dernière Vie de Simon", s’impose comme LA révélation de cette édition).

Les apparitions du défunt se muent en dédoublement de personnalité à mesure que se déroule un récit qui finit par carrément pencher du côté de "Quelques Minutes Après Minuit" de Juan Antonio Bayona. On peut émettre des réserves sur un dernier tiers pas totalement satisfaisant qui ploie un peu sur le trop plein d’arcs à conclure. Néanmoins, on ne fera pas la fine bouche devant l’audace d’un premier film qui ose ne jamais convertir sa note d’intention à un traitement naturaliste qui énoncerait son sujet plutôt que de l’habiter.

Car la plupart des cinéastes (notamment dans nos contrées) s’attaquant à un thème comme la culture archaïque de l’archétype masculin s’emploieraient à démonter la notion même d’image pour s’assurer de déloger le phallus arrogant de son piédestal iconique. Or, le cinéaste se refuse de jeter le bébé avec l’eau du bain, et embrasse au contraire la puissance évocatrice du mythe populaire dans une direction artistique imprégnée de son amour de la culture pop.

Benjamin Parent renvoie ainsi à l’imaginaire déployé subtilement mais surement sa vocation à questionner les représentations sociales plutôt qu’à les entériner. Ce faisant, il opère la différence fondamentale et oh combien mal comprise entre diriger le regard du spectateur et lui imposer ce qu’il voit, retournant ainsi 30 ans de doctrine hexagonale sur le sujet. On vous reparle dés demain avec une interview mastoc du réalisateur et de l’acteur principal.

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