7 décembre 2019
Festivals

Arras Film Festival 2019 : Sous le signe du deuil

Arras Film Festival, 20ème édition

Par Guillaume Méral



Vous prendrez bien une tranche de la 20ème édition de l’Arras Film Festival ? Ça tombe bien, on vous amène ça sur un plateau ! Deuxième jour donc pour la manifestation cinématographique incontournable des Hauts de France qui souffle ses 20 bougies sur le gâteau du changement et de la transmission.

C’est en tout cas la saveur douce-amère qui se dégage d’une édition résolument placée sous le signe de la transition, où le vieux monde fait l’écho de sa disparition imminente dans l’avènement du nouveau. Volonté de programmation où inconscient éditorial d’un festival qui s’est toujours fait un point d’honneur à tendre un miroir à ses spectateurs de la réalité extérieure ? Telle est la question à laquelle nous essaierons de répondre dimanche prochain après la clôture.

En attendant, les trois films projetés aujourd’hui dans le cadre des avant-premières proposent chacun à leur façon un traitement pour le moins équivoque de la thématique évoquée. Car "La Sainte Famille", "Sol" et "L’Esprit de Famille" ont beau brasser des envies de cinéma distinctes les unes des autres, les trois films se rassemblent sous l’égide d’une bannière commune, à savoir le deuil.

Angle mort du récit dans le cas de "Sol", comédie aussi anecdotique que sympathique dans laquelle Chantal Lauby incarne une diva sur le déclin s’inventant une identité pour rencontrer son petit-fils élevé par sa belle-fille psychorigide jouée par Camille Chamoux. Traitement frontal en revanche pour "La Sainte Famille" et "L’Esprit de Famille", deux quasi-homonymes sur le titre mais diamétralement opposés dans le traitement de la problématique formulée.

photo-film-la-sainte-famille
Thierry Godard et Louis-Do de Lencquesaing dans La Sainte Famille - Sortie prévue pour le 25 Décembre 2019 - Distribué par Pyramide Films

Sur le papier, "La Sainte Famille" présente peu d’atouts pour séduire le grand-public. Un drama familial sous fond de crise existentielle (avec le soupçon d’inceste qui va bien) d’un quinqua issu de la grande bourgeoisie ? Pas vraiment de quoi rameuter les foules, et pourtant. Car sur ce schéma certes pas vraiment engageant, Louis-Do de Lencquesaing réussit une œuvre faussement austère qui tient sur la puissance d’évocation des non-dits et la capacité du spectateur à investir l’image sur la base de la suggestion.

Porté par l’un des plus beaux lead-role masculin que le cinéma français nous ait offert de mémoire récente, "La Sainte Famille" conjugue l’idée et son impensé dans l’expérience sensible du public. Et ouvre par ricochet aux affects extérieurs un genre et univers souvent fustigés pour sa complaisance et sa célébration de l’entre soit. Pas un mince exploit pour un film qui ressemblait de loin à "Game Of Thrones" sans les exécutions et les dragons, qui plus est réalisé et interprété par un mâle blanc de plus de 50 ans avec un nom à particule. C’est pourtant l’un des films les plus saisissants sur le bouleversement à l’œuvre. A voir absolument en salles à partir du 25 décembre.

affiche-film-l-esprti-de-famille
L'Esprit de Famille. Un film réalisé par Eric Besnard avec Josiane Balasko, François Berléand, Guillaume De Tonquédec, Isabelle Carré - Sortie prévue pour le 29 Janvier 2020 - Distribué par Apollo Films

Plus chaleureux en apparence mais pourtant bien moins inclusif, "L’Esprit de Famille" narre les mésaventures d’un Guillaume de Toncquedec, sous Tranxene en perfusion, harcelé par l’esprit de père mort. Comme d’habitude chez Eric Besnard, la facture est soignée, l’envie de cinéma est bien présente et la générosité du cadre ne manque pas à l’appel. Mais, comme d’habitude là-aussi, le tout manque terriblement d’intériorité et aussi expressive soit-elle, la caméra ne fait que paraphraser lourdement ce que le scénario surligne à la bombe à peinture. Se débarrassant de son argument au bout de 20 minutes pour retomber dans les clous du vaudeville désarticulé et plombant, "L’Esprit de Famille" loupe à peu près tout ce qu’il entreprend avec des sabots de bois.

Et pour conclure la journée avec l’équipe de "Sol", qui s’est prêtée à l’exercice de l’interview avec générosité. Quelques questions à Chantal Lauby, Camille Chamoux et la réalisatrice Jézabel Marques.

INTERVIEW

ça peut vous interesser

Arras Film Festival 2019 : Un divan à Tunis

Rédaction

Arras Film Festival 2019 : Rencontre avec Benjamin Parent et Benjamin Voisin

Rédaction

Arras Film Festival 2019 : Interview de Guillaume de Fontenay

Rédaction