12 décembre 2019
Festivals

Arras Film Festival 2019 : The Night Of

Arras Film Festival, 20ème édition

Par Guillaume Méral


L’Arras Film Festival déroule son petit bonhomme de chemin, alors que le bout de la piste pointe lentement mais sûrement le bout de son nez. Si le premier bilan permet d’ores et déjà de placer cette édition sur un piédestal, il faut bien admettre que le dernier virage se révèle plus difficile à négocier que le début de la course.

En effet, là où la sélection se révélait jusqu’alors placée sous le signe d’une volonté de renouveau en harmonie avec les thèmes abordés (deuil, transmission, émergence d’un nouveau monde), les films projetés ces derniers jours faisaient montre d’une certaine raideur quant à leur articulation avec les dits sujets.

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On fondait beaucoup d’espoirs sur "Le meilleur reste à venir", nouvelle réalisation du tandem Alexandre de La Patellière / Matthieu Delaporte, qui avaient surpris tout le monde il y quelques années avec "Le prénom". Les deux compères retrouvent Patrick Bruel ici, mais pas l’inspiration qui avaient prévalu sur leur précédente collaboration.

En sortant de l’unité spatiotemporelle de leur premier film, de La Patellière et Delaporte tombent paradoxalement dans tous les écueils de café-théâtre qu’ils avaient su transcender auparavant. Dialogues qui tirent à la ligne, comique de situation poussif, iconoclasme forcé… Comme si le duo se reportait sur les béquilles les plus éculées de la production hexagonale pour éviter d’avoir à résoudre cinématographiquement l’équation délicate de leur postulat de base. A ranger au rayon « qualitay » française destinée à faire le bonheur des prime-time.


Moins constipé mais tout aussi rigide dans son traitement, "La Fille au Bracelet" stimule à peu près autant d’investissement du public qu’un épisode des "Dossiers de l’Ecran". Tout le monde (et surtout le spectateur) se révèle passif dans cette histoire de procès d’une adolescente suspectée de meurtre.

Roschdy Zem et Chiara Maistrionni dans le rôle des parents déboussolés se demandent ce qu’ils font là, Anaïs Demoustier porte (très) mal la robe d’avocate, et seule l’excellente Melissa Guers dégage par intermittence une ambiguïté réveillant le spectateur rendu amorphe par 1h30 de débats interchangeables.

Tout aussi coincé dans des tropes qui sous-traitant leur sujet sous prétexte de ne pas lui imposer un point de vue, "Made in Bangladesh" de Rubayait Hosain fait partie de ces œuvres déclinant consciencieusement le cahier des charges du film d’auteur validé en festival. Résultat : un récit qui ne met jamais au diapason de son héroïne, pasionaria malgré elle d’un combat qui remet en cause l’entièreté de ses repères.


Bien moins timoré mais paradoxalement plus rébarbatif, "Sympathie pour le Diable" narre l’évolution du journaliste (aujourd’hui décédé) Paul Marchand dans le conflit bosniaque. Outre le fait que le film a tout d’un combat d’arrière-garde esthétiquement parlant (faire de la caméra-reporter pour questionner la représentation de la guerre 10 ans après Paul Greengrass, Kathryn Bigelow et Alfonso Cuaron, bof), "Sympathie pour le Diable" bute sans cesse sur le portrait qu’il dresse à son insu du personnage principal. Horripilant donneur de leçons imposant en permanence son humanisme à idées, le Paul Marchand dépeint ressemble davantage à un révolutionnaire d’amphithéâtre qu’à l’homme de terrain à l’idéalisme intransigeant qu’il était. Le miscast de Niels Schneider dans le rôle principal achève d’annihiler les efforts d’un film qui sait pourtant choper le spectateur à la gorge. Malheureusement, le parti-pris immersif adopté sert davantage le narcissisme de son héros que l’immersion douloureuse dans le conflit dépeint.


S’il y a bien une chose sur laquelle on ne pourra pas attaquer Sarah Suco, c’est bien sa volonté de traiter frontalement son sujet. Inspiré de très près de sa propre expérience au sein d’une secte religieuse, "Les Eblouis" est un film difficile à critiquer. Difficile, car la sincérité de la réalisatrice ne fait aucun doute, tant le film se place en permanence sur la corde raide. Mais si la caméra à fleur de la cinéaste sait se faire l’écho sans équivoque du vécu de la réalisatrice, c’est également la limite d’un film qui se prive d’un point d’entrée autre pour traduire le parcours de son héroïne. Le cinéma est davantage un pupitre qu’un vocabulaire pour un film qui n’en conserve pas moins une dimension « in your face » qui atteint parfois l’estomac.

Enfin, "Le Voyage du Prince", de Jean-François Laguionie et Xavier Picard constitue la ponctuation animée de votre serviteur. Beau comme un rêve qui réorganiserait les symboles de l’inconscient collectif et doux comme une histoire contée au coin du lit, "Le Voyage du Prince" tombe parfois dans les pièges de son dispositif. La lenteur revendiquée finit par innerver le récit et anesthésier ses morceaux de bravoure, même si la qualité de la direction artistique fait pencher la balance du bon côté. Un film incitant davantage à la contemplation qu’à l’immersion, et qui se fait lui aussi l’écho de l’extinction imminente d’un vieux-nouveau monde à bout de souffle. Décidément, la cohérence de la ligne éditoriale de cette 20ème édition de l’Arras Film Festival se révèle à toute épreuves.

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