13 décembre 2019
Festivals

Arras Film Festival 2019 : Un divan à Tunis

Freud en terre inconnue

Par Amandine Letourmy


Chronique pétillante d’un pays partagé entre traditions et modernité, "Un divan à Tunis" enchante. Le premier long-métrage de Manele Labidi était présenté au Arras Film Festival.

La comédienne Golshifteh Farahani y incarne Selma, psychanalyste parisienne trentenaire qui part s’installer en Tunisie, le pays qui l’a vu naître et qu’elle a quitté à dix ans. Un portrait de Freud subtilement coiffé d’un fez dans ses bagages, elle installe son cabinet sur les toits de la capitale. Rapidement, son installation se voit confrontée au regard des autres, à commencer par la famille de son oncle : pourquoi vient-elle s’installer à Tunis, alors que tout le monde veut en partir ?

Un manifeste émancipatoire

En créant ce personnage de trentenaire tatouée, célibataire et indépendante, difficile de ne pas voir en Selma une figure féministe, à contre-courant des conventions de la société et du pays où elle pose ses valises. La jeune femme, têtue, se caractérise par une forte débrouillardise et une volonté de trouver sa place, pour prouver aux autres que demander de l’aide à autrui n’est pas un aveu de faiblesse. Il s’agit donc pour la réalisatrice de faire se confronter son personnage principal, sûr de lui (du moins en apparence), à une société tiraillée entre ce que l’on attend d’elle et ses rêves parfois enfouis, au lendemain de la Révolution arabe.

critique-film-un-divan-a-tunis-2 Golshifteh Farahani sur le tournage de Un divan à Tunis © Diaphana Distribution


De cet équilibre parfois difficile à tenir, Manele Labidi signe une comédie croquée avec tendresse. Avec sa large palette de personnages secondaires détonants, "Un divan à Tunis" n’évite pas une avalanche de clichés, mais regorge de moments savoureux, qui apportent toute leur saveur au film. En est témoin la scène de l’éthylotest, où Selma se retrouve à devoir souffler dans le visage d’un agent de police, « restriction budgétaire » oblige.

Film à contre-courant, Prix du public à la Mostra de Venise 2019, cette comédie bien que légère n’est pourtant pas sans charme.


Sortie le 12 février 2020

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