6 décembre 2021
Festivals

Arras Film Festival 2021 : Demain c’est (pas si) loin


On entre dans le quatrième jour de l’Arras film Festival avec plusieurs films au programme. Un documentaire écologique, un long métrage plein de bons sentiments et une histoire de fratrie au prise avec la mort. Les films s'enchaînent dans une diversité de genre tout à fait arrageoise.


C'est l’un des temps forts de la manifestation. Cyril Dion avait fait sensation il y a trois ans avec "Demain", il tire cette fois la sonnette d’alarme un peu plus fort avec "Animal", son nouveau film, qui confronte l’angoisse écologique des millénials face à la sixième extinction de masse.


Apocalypse Now

Comme tous les lanceurs d’alerte, Dion ne prend pas de gants pour interpeller le public, mais comme tous les réalisateurs il le fait en se posant des questions de cinéma. En filmant la planète comme un corps malade métastasé par l’occupation de l’homme, Dion nous place d’emblée à l’extérieur de la maison dans laquelle nous sommes censés habiter. Comme si nous étions l’envahisseur intra-terrestre dans un film-catastrophe en phase de climax, le parti-pris du film se conjuguant à l’imagerie forcément très forte convoquée par le réalisateur.

"Animal" sort de la perspective anthropocentriste pour conduire le spectateur à chercher la place qu’il n’occupe plus en tant qu’être humain dans l’écosystème meurtri à l’écran. Entre prendre le spectateur par le col et lui assener son propos à coup de marteau, il y a une ligne de tension que Dion réussit à préserver de l’urgence. Noir c’est noir, mais dans l’obscurité il y a encore de l’espoir : l’essentiel est sauf.

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Copyright UGC Distribution
Sur la route des sentiers (pas encore) battus

La suite de la journée maintient l’allure sur la ligne de crête de l’optimisme. "Compagnons" fait partie de ces films faits pour les gens qui veulent se sentir bien avec de bonnes intentions et de bons sentiments et un propos qui pense bien. Délinquante en voie de réinsertion, Näelle accepte de suivre un CAP chez Les Compagnons de France pour rembourser une dette de drogue. Environnement rigide, exigence de l’institution et profs défiants contre jeunesse dissipée et incomprise, avec qui plus est cette éminente institution française pour incarner le cadre de traditions bien de chez nous dans lequel l’héroïne va inventer son destin.

Le schéma est balisé, et "Compagnons" fait bien attention à ne pas sortir des marqueurs. Et au fond pourquoi pas, si la mise en scène ne se contentait pas d’enfoncer les portes déjà grandes ouvertes par le scénario. Sans être désagréable, Compagnons passe ainsi à côté de ce qui aurait pu le singulariser en privilégiant systématiquement les angles morts à l’essence de son récit. A savoir l’accomplissement personnel dans son art(isanat), expédié ici en quelques inserts et autres instructions données par un Pio Marmai toujours investis. Faire l’éloge du travail manuel sans filmer les mains au travail, c’est quand même dommage. Reste quelques sursauts de cinéma ici et là, et la révélation Najaa Bensaid qu’on a déjà hâte de retrouver.

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Copyright Reprodução IMDB
Une saga fraternelle
Sur un point de départ sensiblement similaire, "Mes Frères et moi" invente un itinéraire qui n’appartient qu’à lui. Un gamin qui vit avec ses trois frères et une mère catatonique que ses ainés refusent d’envoyer mourir à l’hôpital se découvre par concours de circonstances un talent pour le chant d’opéra. Pourtant, le prétexte du poisson hors de l’eau qui va se réaliser dans un océan loin de celui dans lequel il nage s’efface bien vite devant un horizon autrement plus singulier. Histoire d’une fratrie aux prises avec la mort qui déjoue la gravité depuis son point de vue à hauteur d’enfant, "Mes frères et moi" sort de la route trouve sa raison d’être dans les chemins de traverse.

Aidé par un casting unanimement formidable, à commencer par Dali Benssalah et à l’exception peut-être d’une Judith Chelma trop frêle pour tenir têtes aux caractères incarnés du casting masculin, le réalisateur Yohan Manca signe un film qui concilie les irréconciliables. Une mise en scène naturaliste et expressive, des personnages charismatiques qui dépassent l’environnement social dans lequel ils sont solidement ancrés, une tonalité ludique et légère qui transcende la pesanteur du sujet… A l’image de ses personnages, "Mes frères et moi" revendique sa liberté avec le déterminisme formel et narratif pour se dégager des perspectives qui lui appartiennent. Le commencement d’une belle saga fraternelle pour des personnages que l’on adorerait retrouver ultérieurement.

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