5 décembre 2021
Festivals

Arras Film Festival 2021 : Horizons lointains


On commence à y voir plus clair dans la direction de cette première édition post-confinement de l’Arras Film Festival. Des lignes de force surgissent entre des films très disparates et esquissent l’arborescence de cette programmation.

Aujourd’hui, c’est la tension entre un vieux monde peinant à disparaitre et un nouveau essayant de trouver ses marques qui va nous occuper. Film-documentaire constitué d’images d’archives en noir et blanc d’époque, tournées sur une enquête criminelle par les auteurs de Striptease, "Poulet Frites" ne propose rien de bien neuf par rapport à la célèbre émission. Sinon l’originalité de son postulat, toute l’enquête de meurtre reposant sur une seule pièce à conviction qui s’avère être… Une frite. Voilà pour la singularité d’une affaire de meurtres comme il en existe des millions.

Poulet Frites : Un documentaire banal

L’absence totale de relief de l’histoire se trouve encore aplatie par une succession de saynètes (mal) filmées de la même façon dans les mêmes décors. L’impression d’écouter une chanson sans couplets avec un refrain de trois notes ; fait-divers avec un grand F mais cinéma avec un c minuscule. Trop banal pour questionner le processus judiciaire et trop procédurier pour susciter ne serait-ce qu’un petit remous voyeuriste un peu malaisant, "Poulet Frites" se contente d’exister pour dire d’être là, sans jamais se demander ce qu’il a à y faire.

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Copyright Wild Bunch Distribution
Amants : Un film de prime-time

Au rayon « égaré dans le temps et l’espace », "Amants" se pose également là. Le nouveau film de Nicole Garcia relate une histoire d’amour destructrice entre Pierre Niney et Stacy Martin, jeunes premiers dévitalisés par une réalisation sans feu ni passion. Les élans romanesques habituels de Nicole Garcia enfoncent plus qu’ils n’élèvent cette histoire qui se serait révélée plus pertinente dans le cadre d’un prime-time sur TF1 avec Ingrid Chauvin. Seule consolation : la belle gueule cassée de Benoit Magimel capte toujours aussi bien la lumière. L’acteur réussit parfois à secouer l’encéphalogramme plat de ce cinéma de grand-papa en soins palliatifs, qui vieillit plus les jeunes passant devant sa caméra qu’il ne se régénère en leur présence.

Si demain : Un road movie dépaysant

Aux côtés de ces reliques d’un avant que l’on est prêt à quitter sans regrets ni remords, le festival ménage aussi quelques éclaircies ténues mais bienvenue vers l’avenir. En l’occurrence, il faut avouer que la réalisatrice Fabienne Godet a le sens de l’à-propos. "Nos Vies Formidables", présenté à l’AFF en 2019, nous proposait un huit-clos sur des personnages confinés dans un endroit qu’ils ne pouvaient pas quitter. Deux ans plus tard et quatre vagues pandémiques après, elle revient avec un "Si demain",  un road-movie qui a faim de grands espaces et d’extérieur qui s’étendent à perte de vue.

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Copyright LE BUREAU
Déjà dans son précédent film, Julie Moulier incarne à nouveau un personnage qui ne s’aime pas et fait l’apprentissage « contraint » du lâcher-prise, cette fois dans une enquête épistolaire qui la mène jusqu’en Espagne. C’est formellement séduisant et dépaysant sur pas grand-chose, ce qui permet au moins au spectateur de respirer les bouffées d’air frais qui élargissent les horizons de son héroïne. Malheureusement, le prétexte déjà lâche au départ se dilue dans l’itinéraire au point de désincarner la quête suivie par le personnage de Julie Moulier. Contemplatif, faute de savoir où regarder en somme.


A Good Man : Des promesses et de la frustration

On peut formuler une critique similaire à l’encontre de "A Good man" de Marie-Castille Mention-Schaar, qui suit l’histoire de Benjamin, transsexuel qui décide d’interrompre sa transition pour porter l’enfant que sa compagne ne peut avoir. Mais ça, on ne l’apprend que plus tard, passé une mise en place qui met des ressentis sur les non-dits et fait peser une discrète mais bien présente chape de plomb sur ce personnage tellement familier. On comprend Ben avant même de connaitre son secret, jusqu’à ce que le plus bel effet de mise en scène du film n’évente le mystère et précipite l’ensemble vers un pathos romanesque mal digéré.

Les sous-intrigues sans raison d’être et les passages obligés sans points de vue s’accumulent, les dialogues bégaient tout ce que le film n’ose plus intérioriser et la compassion forcée remplace ce que Dave Chappelle a appelé l’expérience humaine dans son dernier spectacle. "A Good Man" éloigne le spectateur de son personnage principal lorsque que celui-ci révèle sa singularité : c’est ce qui s’appelle marquer contre son camp, et frustrer les belles promesses de la première demi-heure. Le monde de demain, on y va mais encore à petit pas.

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