6 décembre 2021
Festivals

Arras Film Festival 2021 : (R)évolutions de l’amour


Le changement, c’est maintenant mais ça prend du temps. La leçon reçue des films qui nous intéressent aujourd’hui (présentés au Arras Film Festival) traduisent le mur auquel finit par se heurter les acteurs légitiment pressés de l’évolution des mœurs. Rome ne s’est pas déconstruite en un jour : les petites victoires personnelles remplacent souvent les grandes conquêtes collectives. Le « tout, tout de suite » attendra encore un peu.

"Les Meilleures" en prend la pleine mesure de cet état de fait dans son « coming of age » de Nedjma, banlieusarde très à l’aise dans ses baskets et dans ses codes qui s’effondrent au jour où elle tombe amoureuse … D’une autre fille. Comment être soit même quand on est à la merci du regard des autres, quel est la place du libre-arbitre dans un monde cerné par le déterminisme… "Les Meilleures" ne réinventent pas l’eau chaude, mais sait en prendre la température à l’époque des réseaux sociaux et la soumission de l’intimité à l’œil public et connecté.

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Copyright Le Pacte

La réalisatrice Marion Desseigne-Ravel crée même quelques beaux effets de mise en scène pour saisir visuellement son sujet, comme ces flous enchainés commentés comme une story insta. Une jolie histoire très bien servie par son couple de comédienne, Lina El-Arabi et Esther Rolland. Pour vivre heureux, vivons caché ? Marina Foïs pourrait très bien s’en accoutumer dans "Ils sont vivants", le premier film en solo de Jérémie Elkaïm. Inspiré de l’histoire de Béatrice, une veuve Calaisienne qui va vivre une passion amoureuse avec un migrant deux fois plus jeune qu’elle, le film est porté par la justesse de son interprète principale et une volonté bienvenue de ne pas enfoncer les portes ouvertes.

Malheureusement, "Ils sont vivants" prend un peu les troupes du cinéma-vérité qui confie ses centaines d’heures de rushs aux monteurs et filme le quotidien de façon quotidienne pour faire « vrai ». Un drame finalement très français dans son Portrait de femme d’âge mur confronté au réveil de ses émois amoureux et sexuels. Mais l’égocentrisme inhérent à ce type de propositions parcourt dans un « vrai » monde où les états d’âmes existentiels sont un luxe que personne ne peut généralement s’octroyer.

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Copyright Diaphana Distribution

On n’est pas le centre du monde avec ses sentiments : leçon apprise et retenue par Grégory Montel dans "Chère Léa", qui raconte comment un quadra en pleine crise de son âge n’arrive à écrire une lettre de rupture avec une femme plus jeune. Anaïs Demoustier joue l’objet du désir et le réceptacle des projections masculines qui refont le monde et l’amour accoudé au comptoir du bistrot d’en face, avec le patron bienveillant joué par Gregory Gadebois.

Il y a un côté cinéma français de La belle Époque qui sied plutôt bien à "Chère Léa", qui confère une légèreté chronique qui contrebalance des dialogues souvent trop écrits pour être digérés oralement. Dommage, et trop téléphoné dans sa progression dramatique pour conduire organiquement le personnage à poser son stylo pour entamer le nouveau chapitre de sa vie.

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