5 décembre 2021
Festivals

Arras Film Festival 2021 : Une ouverture magnifique

On y est. Arras Film Festival a commencé. Ça devrait être bizarre de se retrouver devant les portes de la maison, mais c’est comme si de rien n’était. Ou plutôt comme si de rien n’avait été. Annulé sur la ligne de départ l’année dernière quelques jours avant que la troisième vague n’encapsule le cours des choses, l’Arras Film Festival revient comme s’il n’était jamais parti.

Pourtant, un an de laïus ne saurait mentir. Mais entre l’ancien monde et le nouveau, la différence est une question d’aménagement sanitaire. Les mêmes visages même sous les masques. Le même chapiteau même sous présentation du pass sanitaire. Le même enthousiasme de se retrouver même séparés par les gestes barrières. Il faut vivre avec pour continuer de vivre-ensemble. Si plusieurs mois de confinement ont permis de mettre une chose en lumière, c’est que culture essentielle rime avec présentiel. La raison d’être d’un festival comme d’une salle de cinéma pourrait se résumer ainsi : mettre en place les conditions d’une expérience collective, en commun et à l’instant T.

On comprend dés lors la pression qui reposait sur le choix du film d’ouverture. Plus encore que de coutume, il s’agissait de marquer le coup avec une certaine idée du cinéma. Quand s’adresser à tout le monde signifie parler à chacun. Quand les sensations individuelles se mettent au diapason de l’émotion collective. Cela tombe bien ! C’est exactement ce que fait "C’est Magnifique", le troisième en tant que réalisateur de Clovis Cornillac, qui clôturait justement la dernière édition de l’AFF en 2019 avec "Les Vétos". Le hasard fait bien les choses. Heureusement, le Mr. Loyal du cinéma populaire français ne doit pas l’honneur qui lui est fait au souci des organisateurs de rétablir une quelconque continuité.

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Copyright Orange Studio Distribution / UGC Distribution
"C’est Magnifique" raconte l’histoire de Pierre. Il est un herboriste virtuose et ermite de son état. Pierre vit tranquillement dans son autarcie montagnarde jusqu’à la mort de ses parents qu’il apprend être adoptifs. Son monde s’effondre ! Il part à la découverte d’un autre qu’il ne connait pas, pour retrouver sa mère biologique. L’ambition populaire, devant et derrière la caméra, de Clovis Cornillac n’est plus à démontrer. "C’est Magnifique" se fait un point à d’honneur à honorer ses influences. Pierre la main verte remplace "Edward aux mains d’argent", mais l’intention est la même : redécouvrir le monde extérieur à travers le regard de quelqu’un qui ne voit que le bon des choses. On pense à Caro et Jeunet, Tim Burton, Steven Spielberg, le Robert Zemeckis de "Forrest Gump"…

A l’instar de ses influences prestigieuses, Cornillac cheville la bienveillance du personnage à la confiance qu’il place dans le spectateur à accepter le merveilleux, sans se sentir obligé de le justifier. "C’est magnifique" renoue ainsi avec une certaine idée du cinéma populaire, où la qualité d’un scénario se mesure à sa capacité à ne PAS avoir besoin d’expliquer ses glissements, où l’imaginaire du spectateur se déploie dans la capacité d’évocation de la mise en scène, où la leçon de vie reçue n’est pas leçon de vie donnée.

On se sent bien et tous ensemble à la fin de "C’est Magnifique", comme si le film coordonnait des chakras populaires laissés en jachère depuis bien avant le début de la pandémie. C’est pas si mal, de démarrer cette première édition du nouveau monde avec une proposition de cinéma qui prend le meilleur de l’ancien. Il y a de l’espoir !

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