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Carnets de Cannes : Can you feel it ?

CARNETS DE CANNES

Par Auxence Magerand

Mardi 14 mai

Extérieur Jour. Première journée au Festival de Cannes. Jackson Five dans mes écouteurs.

Ce qui est agréable à Cannes, c'est la brise marine qui compense le soleil. Et, soudain, vient un sentiment irritant : tout Paris s'est déplacé dans le Sud, dont l'émanation la plus coriace des bobos chic-négligés, Starbucks en main. Après tout, c'est une bonne définition du Festival de Cannes : un mélange d'hystérie cinéphile intense et de concours d'apparence.

Les médias "mainstream" sont déjà excités à l'idée de marronniers tout chauds : la présence du sempiternel « gang des escabeaux », les tenues des célébrités sur le tapis rouge, ou encore l'embarrassante flashmob Carioca, destinée à émoustiller les adulescents senscritiquesques.

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Pedro Almodovar et Penélope Cruz sur le tournage du film Douleur et Gloire


Mais revenons à nos moutons. Il y a de quoi être impressionné d'avance par le programme de cette édition. Il y a bien sûr les évidents favoris de la Sélection officielle, comme « Douleur et Gloire » de Pedro Almodovar, « Bacurau » de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, « Once Upon A Time In Hollywood » de Quentin Tarantino, « Matthias et Maxime » de Xavier Dolan ou « Parasite » de Bong Joon-ho.

Toutefois cette année annonce également des films moins attendus mais prometteurs, parmi lesquels :

- « Les Misérables » de Ladj Ly, héritier possible de « La Haine » sur les violences policières en banlieue,
- « Les Hirondelles de Kaboul » de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, qui reprend en film d'animation le livre à succès de Yasmina Khadra,
- « Little Joe » de Jessica Hausner, conte SF sur des mutations génétiques causées par des plantes,
- « Le Lac Aux Oies Sauvages » de Diao Yinan, sur la fuite d'un proxénète et d'une prostituée qui rêvent d'une vie meilleure,
- « Portrait de la Jeune Fille en Feu » de Céline Sciamma, romance saphique entre une peintre secrètement missionnée et son sujet au XVIIIe siècle,
- « Frankie » de Ira Sachs, parce qu'Isabelle Huppert au Portugal, ça vaut le coup d'œil.

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The Dead Don't Die réalisé par Jim Jarmusch avec Bill Murray et Adam Driver


L'événement principal du jour, mis à part la conférence de presse habituelle du jury, c'était la séance d'ouverture du festival avec « The Dead Don't Die » de Jim Jarmusch.

Autant vous l'avouer : ce film est une belle déception. Sur une intrigue de zombies assez facile, et sous prétexte de parodier les codes du genre, Jarmusch livre un pamphlet démago lourdingue sur l'Amérique de Trump et les réflexes consuméristes contemporains.

L'absurdité des situations, amusante mais largement surexploitée, mène à s'interroger sur la redondance même du comique de répétition, normalement efficace. Car voilà, le réalisateur ne sait clairement pas maîtriser son rythme, d'où des comédiens qui semblent attendre que le public finisse de rire à chaque punchline pour reprendre leur scène.

Il est par ailleurs navrant de voir un aussi beau casting réduit à du cabotinage auto-parodique (coucou Bill Murray, coucou Tilda Swinton). Certains s'arracheront également les cheveux aux références les plus vulgairement amenées, comme le porte-clés Star Wars d'Adam Driver...

Enfin, sur l'aspect formel, comment justifier des ralentis numériques aussi amateurs de la part d'un cinéaste qui a fait douze films ? Incomplet et accessoire, « The Dead Don't Die » ferait un bon court-métrage étudiant, sans plus.

Hâte d'être demain pour oublier cette purge.

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