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Carnets de Cannes n°2 : Blousons noirs

CARNETS DE CANNES

Par Auxence Magerand

Mercredi 15 mai

Blouson en daim, délinquance juvénile et motards cultes au programme du mercredi 15 mai.


8h45. La journée débute au Théâtre Croisette qui, contrairement à la plupart des salles de projection cannoises, réclame peu d'attente – ce qui est suffisamment rare pour être remarqué.

La séance du matin inaugure la Quinzaine des réalisateurs avec « Le Daim » de Quentin Dupieux, projet hors-norme et ébouriffant, comme souvent avec le cinéaste de « Rubber ».

Georges (Jean Dujardin), barbe hirsute, vient de se faire quitter et décide de dilapider toutes ses économies dans un blouson en daim – à 7200 euros tout de même. Le film explore sa relation fusionnelle tantôt cocasse, tantôt franchement malsaine, avec cette veste qui lui procure « un style de malade », comme il aime le répéter.

Double détraqué du cinéaste, on s'inquiète progressivement de la fascination de Georges, dialoguant avec son manteau, réalisant un film amateur sur l'habit en cuir suédé, et interdisant à d'autres d'en porter.

L'humour ubuesque de Dupieux est doublement soutenu par Adèle Haenel, impeccable en monteuse en herbe qui avoue rééditer des classiques du cinéma, comme « Pulp Fiction dans l'ordre, mais c'est nul ». « Le Daim », jamais prétentieux et souvent hilarant, assume jusqu'au bout son idée déjantée dans un geste d'écriture quasi-automatique.

Suivant la séance, le réalisateur et les deux comédiens principaux ont débarqué, baskets en daim aux pieds. Quentin Dupieux a principalement expliqué au public cannois que le film avait été écrit à l'origine pour un décor désertique américain (avec Eric Wareheim en Georges), et qu'il avait dû retranscrire un no man's land bien gaulois pour coller à la production devenue française. Réalisé avec seulement 3 millions d'euros, Dupieux a décidé de tout miser sur le duo de comédiens : pari gagné.

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John Carpenter


Il fallait rester au Théâtre Croisette pour assister à la projection de la version remasterisée de « The Thing » de John Carpenter. Le réalisateur américain a choisi de montrer ce film de 1982, afin de célébrer le prix du Carrosse d'Or qui lui était remis le jour même pour l'ensemble de son œuvre novatrice.

Film d'horreur devenu culte, « The Thing » permet une respiration – quoique singulière – avant d'enchaîner sur le très attendu « Les Misérables » de Ladj Ly.

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Les Misérables de Ladj Ly


« Les Misérables » est une grande claque. Chronique naturaliste du quartier des Bosquets à Montfermeil (93), Ladj Ly évoque sans manichéisme le rapport confus entre habitants et forces de l'ordre, à travers les yeux d'un baqueux novice (Damien Bonnard).

On décèle le passé de documentariste du cinéaste du collectif Kourtrajmé, qui amène un regard profondément immersif sur un cadre systématiquement traité – c'est-à-dire considéré et retranscrit – avec condescendance.

Plus que les bavures policières révoltantes, le vrai sujet du film est la violence sourde éprouvée par une jeunesse banlieusarde abandonnée de tous – adultes et société – notamment saisie dans une scène finale inoubliable. Cette mise en lumière saisissante du quotidien en cité brille par un deuxième message : personne n'est exemplaire.

Ainsi se clôt le film sur une citation retentissante des Misérables de Victor Hugo : « Il n'y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n'y a que de mauvais cultivateurs. » Vent de fraîcheur sur le cinéma français, « Les Misérables » est aussi un signe fort pour les futurs cinéastes issus de quartiers populaires.

Envie de bâillonner les quelques hueurs au générique de fin, qui n'ont sûrement rien retenu de ce long-métrage.

Enfin, la journée s'est finie avec une séance de Cannes Classics, qui présentait une version restaurée du cultissime « Easy Rider » de Dennis Hopper à la salle Buñuel.

Une merveilleuse occasion de se remémorer la furieuse bande-son (Steppenwolf, Jimi Hendrix) et la prestation magistrale de Jack Nicholson en avocat extravagant. Un rappel musical du rythme frénétique du programme qui m'attend demain.

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