23 septembre 2019
Festivals

Carnets de Cannes n°4 : Chroniques britanniques

CARNETS DE CANNES

Par Auxence Magerand

Vendredi 17 mai


Entre « Sorry We Missed You », « Rocketman » et « Little Joe », le programme du vendredi 17 mai impliquait étonnamment des protagonistes anglo-saxons.

Here we go again, my dear Grand Théâtre Lumière. Les projections matinales commencent à piquer un chouïa les yeux.

J'attendais peu du nouveau Ken Loach, mais le réalisateur a quand même réussi à me décevoir. Son « Sorry We Missed You » dépeint une famille anglaise en crise, endettée de toute part suite au krach boursier de 2008.

Alors que la mère (Debbie Honeywood) s'échine comme aide à domicile avec un contrat à zéro heure, le père (Kris Hitchen) accepte un emploi de chauffeur de livraison franchisé. Déclaré comme auto-entrepreneur, Ricky est néanmoins assujetti à des horaires démentiels et un patron abusif (Ross Brewster), en plus d'une clientèle irrespectueuse.

Loach s'attaque comme à son habitude à la logique productiviste contemporaine, en observant cette fois-ci l'ubérisation du travail. C'est pourtant plutôt la mécanique ronronnante des films de Ken Loach qui agace, en sombrant dans un profond écueil misérabiliste.

Même lorsque l'occasion d'un vif monologue pamphlétaire se présente, le cinéaste saisit mollement la possibilité de rattraper sa narration vide de scènes marquantes. « Sorry We Missed You » ? Désolé, c'est manqué.

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J'enchaîne directement avec « Rocketman » de Dexter Fletcher, au même Grand Théâtre Lumière. Une surprise d'abord : Ce n'est pas réellement un biopic, mais bien une comédie musicale sur la vie d'Elton John.

Là où « Bohemian Rhapsody » (co-réalisé par le même Fletcher) péchait notamment par son aspect hagiographique, « Rocketman » assume complètement l'artifice, en cherchant plutôt à construire son intrigue autour des chansons de John, délivrées de leurs sorties chronologiques.

Les séquences chantées-dansées étincellent d'un onirisme pop jouissif, intensifié par d'excellents arrangements instrumentaux – particulièrement perceptibles avec le système son de la salle cannoise.

Mention au passage à Taron Egerton, qui en plus d'un charisme fou, interprète lui-même impeccablement les morceaux Your Song, Tiny Dancer, Benny and the Jets ou encore I'm Still Standing.

Il est aussi positivement surprenant de voir une évocation aussi franche des problèmes de dépression et d'addiction de l'artiste. Même l'homosexualité du protagoniste, tant minimisée dans « Bohemian Rhapsody », s'affirme avec désinvolture.

« Rocketman » remplit son cahier des charges : un divertissement spectaculaire dont la mélodie visuelle reste en tête. Il n'est pas imprudent de prédire au film un grand succès en salles, assez mérité.

Après une session d'écriture et la découverte d'un bar rooftop farfelu dont je donnerai des détails demain, je finis la journée avec « Little Joe » de Jessica Hausner dans la salle Bazin, réservée à la presse. Si la présentation était prometteuse – un film de SF en compétition officielle – « Little Joe » est le deuxième film de genre après « The Dead Don't Die » à malmener ses propres codes.

Alice (Emily Beecham), chercheuse en culture sélective dans un futur proche, inocule une hormone du bonheur à une fleur qu'elle nomme Little Joe. La scientifique se rend rapidement compte que le pollen émis par la plante modifie effroyablement le comportement de son entourage.

Design aseptisé éculé, nourriture sous vide, « Little Joe » ressemble à un interminable et présomptueux épisode de « Black Mirror ». Chaque élément y est rabâché jusqu'à l'indigestion : musique dissonante en contrepoint sonore, éclats de cadre, dialogues explicatifs creux, finissent par crisper la salle entière. Plantage.

En réalité, je n'avais pas prévu de finir ma journée là-dessus – surtout après cette déception filmique. Malheureusement, la sortie attendue de « Dolor y Gloria » de Pedro Almodóvar m'a empêché d'accéder à la séance, puisque toute la presse s'y est précipitée. Ça sera pour demain.

Pour finir sur un plaisir coupable : le clip de « I'm Still Standing » d'Elton John, tourné à Cannes en 1983.

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