23 septembre 2019
Festivals

Carnets de Cannes n°5 : Rouge rutilant, bleu minéral

CARNETS DE CANNES

Par Auxence Magerand

Samedi 18 mai


Malgré un minuscule programme ce samedi 18 mai pour notre nouveau carnet de Cannes, « Douleur et Gloire » et « La Gomera » détonnent par leurs emplois de couleurs.

Mon assiduité quotidienne m'autorise maintenant à tutoyer le Grand Théâtre Lumière. D'ailleurs, il est d'accord pour être le parrain de mon fils.

Le générique de « Douleur et Gloire », composé de reliures bariolées en papier marbré, ressemble à une invitation à lire en Pedro Almodóvar comme dans un livre ouvert. Il faut dire que l'histoire du film sonne comme une autofiction, celle d'un cinéaste vieillissant et déprimé revenant sans cesse sur son passé par introspection. Antonio Banderas y incarne un alias explicite, Salvador, dont la carrière est en berne depuis le succès de son film Sabor dans les années 80.

Rétrospectivement, le personnage réalise l'importance des considérations géographiques, anatomiques, et artistiques sur son existence : une lumineuse maison d'enfance troglodyte, un ex-amant installé à Buenos Aires, des problèmes de santé vainement atténués par la drogue, le corps nu et les dessins d'Eduardo (César Vicente), ou encore la pièce de théâtre adaptée de ses textes nocturnes.

Magistralement interprété par Banderas, Penélope Cruz et Asier Etxeandia, « Dolor y Gloria » constitue un cocktail vermeil parfait entre humour ravageur et nostalgie mélancolique, affirmant que le passé nourrit le cinéma.

Ce début de weekend marque une hausse de fréquentation cannoise apparemment normale. Toutefois, couplée à mon accréditation-jaune-poussin inférieure aux autres autorisations journalistiques, autant vous dire que j'ai particulièrement attendu pour des films que je n'ai même pas pu voir.

Voyons le positif : l'attente me permet de formuler des réflexions existentielles comme le fait que, quand même, Cannes doit être en ce moment l'endroit où se concentrent le plus de pages IMDb au mètre carré.

Ayant un creux dans mon emploi du temps, je décide de retourner au rooftop dont je vous ai touché un mot hier. Situé en face de l'aile ouest de l'hôtel Carlton, ce bar bobo secret repéré par hasard est étonnamment accessible à tout le monde.

En plus de servir le midi au dernier étage des rouleaux de printemps et des jus bio à l'œil (« en gratuité » comme ils disent), une barmaid m'explique que des massages de pieds et des séances de voyance se déroulent à l'étage inférieur, via un escalier dérobé. Cannes n'a définitivement pas fini de me surprendre.

Après avoir été recalé de deux séances, je suis parvenu à rentrer à la salle Bazin pour la projection tardive de « La Gomera » de Corneliu Porumboiu.

Polar confus, « La Gomera » suit un flic roumain corrompu qui a pour ordre de faire sortir un mafieux de prison, accusé de planquer de l'argent sale dans des matelas.

Pour cela, Cristi (Vlad Ivanov) est traîné sur une île des Canaries, la Gomera, pour apprendre un dialecte sifflé qui lui permettrait de communiquer sans être repéré.

L'expression « Une bonne idée ne fait pas forcément un bon film » convient ici totalement : le sifflement est utilisé comme gadget absurde mais rapidement lourdingue, plutôt que comme élément narratif constitutif.

Rajoutez à cela un étalonnage bleuâtre, un surdosage de références cinéphiliques – Hitchcock, vraiment ? – et un rôle féminin réduit à la chosification, et vous obtenez ce film complètement accessoire.

Pour la route, vous pouvez écouter la chanson « Come Sinfonia » (1961) de Mina, issu de la BO de « Douleur et Gloire » :

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