25 juillet 2021
Festivals

Gérardmer 2014 : L’heure du bilan

Par Gabriel Carton


L'expérience d'un festival de cinéma si elle est toujours enrichissante, est épuisante. Pour nombre de déceptions, les vraies récompenses après des files d'attentes interminables sont peu légions, et cette nouvelle édition du Festival de Gérardmer ne déroge pas à la règle : aussi éprouvante que réjouissante.

Comme chaque année le Festival rend hommage à un grand nom du cinéma ayant œuvré dans le genre et c'est Kim Jee-Woon cette année qui a ouvert le bal puisque son thriller vengeur J'AI RENCONTRE LE DIABLE était proposé en ouverture. L'occasion était trop belle de revoir Lee Byung-Hun se muer peu à peu en monstre sadique en voulant venger sa femme victime d'un boucher dépourvu de conscience. L'ensorcelant DEUX SŒURS et le déjanté LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLE figuraient aussi au programme d'une rétrospective démontrant l'immense talent du réalisateur coréen, un talent que l'on aurait aimé trouver dans la compétition.

Les trois grands gagnants de cette édition n'auront pas eu énormément de mérite à figurer au palmarès, au regard de la maigre concurrence. La faiblesse de la sélection des films en compétition laisse en effet perplexe. On aura essuyé bien des déceptions, voir des aberrations face à des prétendants tel ABLATIONS du jeune Arnold De Parscau qui aurait dû lire le scénario de Benoît Delépine avant de se lancer dans le tournage. Dépassionné, moche, invraisemblable et vain, voilà bien le genre de navet qui rend la faiblesse de ses concurrents moins évidente.

Bien sûr, MISS ZOMBIE du japonais Sabu, qui repart avec le Grand Prix, a ses mérites, tout comme MISTER BABADOOK de l'australienne Jennifer Kent (Prix du Public, de la critique et du Jury Jeunes) et RIGOR MORTIS du hongkongais Juno Mak (Prix spécial du Jury), ou le lauréat du prix Sy-Fy, THE SACRAMENT de l'américain Ti West. Mais aucun d'eux ne viendra, apparemment briller au firmament des grands classiques de l'horreur et du fantastique.

Déjà haut dans les cieux cinématographiques, c'est Adam Jodorowsky que l'on voit s'élever sans mal au-dessus de la sélection court-métrages et qui remporte un Grand Prix mérité, même si d'autres projets plus discrets comme l'excellent SILENCE de Pierre-Gil Lecouvey (dont on pourrait deviner le parcours d'étudiant) ou le stupéfiant ENTITY d'Andrew Desmond, influencé par les écrits d'Arthur C. Clark, retiennent l'attention et auraient mérité un prix de consolation ou d'encouragement.

Hors compétition, il convient de citer à nouveau les belles surprises tantôt frapadingue tantôt touchante que sont DISCOPATH et SUPER 8 MADNESS et le choc sensualiste L'ETRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS, chroniqués brièvement, mais avec passion en direct du festival (voir billets ci-contre). Parmi les évènements, LES TRAILERS DE LA PEUR reviennent après leur succès l'année précédente pour proposer un panorama réjouissant des bandes annonces de genre depuis les années 50, la science-fiction est à l'honneur et ces film annonces parfois très rare donnent très envie de se plonger dans la découverte de certaines œuvres oubliées.

Le festival se clôt en beauté avec le vénéneux KISS OF THE DAMNED de Xan Cassavetes, film de vampire adulte, très sexe, très sang, très 70's, qui n'est pas sans rappeler le sublime LES PREDATEURS de Tony Scott et qui met en avant un trio d'actrices (Joséphine De La Baume, Roxane Mesquida, Anna Mouglalis) en état de grâce : Mesdames, les canines vous vont si bien !


A propos du festival de Gérardmer

À partir de 1994, le festival du film fantastique de de Gérardmer reprend le flambeau de feu le festival international du film fantastique d'Avoriaz. Appelé "Fantastica" jusqu'en 1996, il prend par la suite le nom de "Fantastic'Arts", mettant ainsi l'accent sur son ouverture à d'autres formes artistiques que le cinéma. Y sont, en effet, organisés des concours de dessins et de nouvelles fantastiques et institués des prix pour les décorations de vitrines. À partir de l'édition 2009, le festival reprend le nom usuel de "Festival du film fantastique de Gérardmer" ou simplement de "Festival de Gérardmer".

Chaque année quelques personnalités sont présentes pour constituer en partie le jury, mais aussi pour présenter leurs œuvres, comme Bernard Werber, qui vient chaque année au salon "littérature" situé au centre-ville sur la Place du Tilleul.

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