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L’ACID 2022 : Atlantic Bar

Par Sylvain Jaufry


Ce documentaire est présenté dans la section de l’ACID Cannes 2022. La réalisatrice, Fanny Molins, s’immerge dans le quotidien d’un bar, où règnent l’alcoolisme et le déclassement social. Elle raconte les addictions, son mécanisme et ses conséquences néfastes. Ce sujet trouve une résonance dans le parcours de la jeune femme. Ce “monstre “ qu’est l’alcool était présent dans l’entourage familial. "Atlantic Bar" est un long-métrage passionnant, qui ne tombe pas dans le pur voyeurisme. Au contraire, il privilégie l’introspection et explique l’impact de la maladie sur le plan psychique.

La caméra se pose dans ce commerce. Ce choix n’est pas anodin, vu le sujet évoqué. Un bar est l’âme d’un village, d’un quartier. C'est le lieu où se croisent les histoires humaines, les personnes de tous horizons. Mais c’est aussi l’endroit propice aux excès et aux addictions les plus fortes. À l’intérieur, nous y rencontrons des marginaux, ou bien ceux qui sont des déclassés de la société.

Le récit se concentre autour de Nathalie, la gérante. Fanny Molins en fait son personnage principal. Ainsi, elle dresse le portrait d’une femme éreintée par les ravages de l’alcool. Au travers d’interviews, la commerçante évoque avec amertume son passe cabossé et se livre sur son addiction. Son témoignage apporte beaucoup au sujet et l’éclaire avec une lucidité sincère. Par ce biais, on y apprend le processus dévastateur de l’alcoolisme, son déclencheur, son mécanisme progressif.

Au centre de l’histoire : un bar et sa tenancière

Le documentaire n’est pas voyeuriste. Il ne franchit pas cette limite et reste sobre dans ses explications. Cette série de questions face caméra suffit amplement pour traiter ce problème. Elles font partie de la narration, qui comprend un autre axe : celui de la potentielle mise en vente de ce bar. L’intrigue est donc double dans cette œuvre. Ces deux développements ont un point commun : le combat pour sauver un commerce vital, mais qui représente la source de la maladie.

Nathalie exprime cette lutte avec honnêteté. Pourtant, elle admet son sentiment de malaise derrière le comptoir, dans un lieu qui la pousse à boire régulièrement. Cependant, sa volonté est de sauvegarder cette proximité avec la clientèle, au lieu du débit de boissons. Cette femme est forte et fragile à la fois. Elle lutte contre ce démon qui la consume, sans pour autant pouvoir s’en détacher.

Le documentaire raconte les moindres détails de l’emprise psychologique et psychique. Les étapes menant à une addiction plus ou moins irréversibles sont bien argumentées et nourries par les différents témoignages. C’est surtout celui de Nathalie qui retient toute l’attention. De faits divers en événements familiaux dramatiques, on connaît les éléments déclencheurs, les tenants et les aboutissants. Fanny Molins aide cette femme à expulser sa colère et ses angoisses avec douceur et dignité. Sans rentrer trop dans l’intime, et en gardant une certaine distance.

La clientèle : portraits de personnes défavorisées

Quelques clients habituels de ce bar choisissent aussi de témoigner. Avec ses récits, la réalisatrice souhaite décrire une ambiance typique à ce genre de commerce, conviviale et chaleureuse. La complicité entre cette clientèle fidèle et les gérants se sent constamment. Il y a un lien humain qui les unit, et c ‘est que fanny Molins a voulu aussi démontrer. Néanmoins, il y a malheureusement un dénominateur commun : l ‘alcool.

Ces personnes parlent, comme Nathalie, de leurs errances personnelles. Cette peinture d’une population défavorisée, qui souffre socialement, est criante de vérité. La société les met dans des situations de marginalité et de vulnérabilité bien notables. L’alcool devient alors un refuge pour tous ceux qui sont en bas de l’échelle sociale.

Fanny Molins leur accorde moins d’importance. Leurs témoignages servent cependant à alimenter, voir compléter les paroles de Nathalie. Les parcours de vie sont plus ou moins les mêmes, mais l’alcoolisme s’invitent dans le quotidien journalier. L’existence de ce bar leur permet d’avoir du lien social, et cette habitude devient routinière et répétitive. "Atlantic Bar" montre une autre facette de la société, celle de la France profonde que l’on connaît très peu. Les intervenants sont attachants, parlent clairement, parfois détachés. On est touchés par ces récits qui se mélangent et ont pour but de dénoncer les ravages de l’alcool.

Mais "Atlantic Bar" est aussi l’histoire d’un lieu symbolique, synonyme de rencontre et de partages divers. Voir ce petit monde interagir fait du bien, même si le spectre de l’excès est évident. Premier essai réussi pour Fanny Molins, qui s’impose avec un documentaire plein de maîtrise et d’humanité. Les qualités sont nombreuses. Il ressort en priorité la facilité pour interviewer avec de la pudeur et du respect. Son œuvre est structurée, entre confessions et scènes de vie, ce qui est convaincant.

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