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L’ACID 2022 : How to Save a Dead Friend

Par Sylvain Jaufry


Marusya Syroechkovskaya s’est aidée d’images personnelles pour monter ce documentaire qu'est "How to Save a Dead Friend" (présenté par l'association ACID au Festival de Cannes), qui est un hommage à son meilleur ami décédé a cause de la drogue. L’utilisation de ces vidéos donne un résultat authentique, mais difficile à supporter. La charge émotionnelle est trop intense, tellement le poids et le choc des mots sont omniprésents.

La jeune réalisatrice fait un devoir de mémoire, ce qui est honorable. Par contre, le trait sur l’usage abusif des drogues est trop appuyé. Le contexte autour de cette déchéance humaine est faiblement explicité. "How to Save a Dead Friend" avait sans doute un message à faire passer, peu lisible, mais l’œuvre est remplie d’une forme de lourdeur tragique. Voilà un film original, mais trop bouleversant.

De nombreuses fois, Marusya Syroechkovskaya emploie l’expression “fédération de la dépression”. On s’imagine que ces termes vont à l’encontre de la politique de Vladimir Poutine. Des images de manifestations et de discours du président russe sont intégrées dans ce documentaire. Certainement pour essayer d’expliquer les contours de son œuvre. Ces informations sont données par bribes. Étant peu au courant des problèmes internes de la Russie, il est alors délicat de bien se rendre compte. 

La Russie, fédération de la Dépression ?

Les faibles indices distillés ne permettent pas de comprendre les raisons des suicides successifs des proches de Marusya. Notamment celui de son meilleur ami, son confident. Pourquoi la Russie est appelée comme cela ? Nous ne le savons guère. Ceci cause des difficultés de compréhension qui gâchent l’appréciation générale de cette œuvre. C’est superficiel, et cela manque vraiment d’argumentation complète sur ce sujet. Certes, la pauvreté est visible à l’écran. C'est touchant, émouvant. Mais la jeune russe préfère parler du phénomène d’addiction plutôt que de l’ambiance générale dans son pays. Elle évoque alors un climat d’anxiété généralisée qui règne, mais sans véritablement étoffer ses pensées.

Le début de "How to Save a Dead Friend" est fort. Nous assistons à l’enterrement de son ami. Un moment dur, qui promet un développement bien intéressant. Une mort dont elle pense que la Russie en est responsable. On pouvait s’attendre à des révélations, des dénonciations, une sorte de provocation…Finalement, les déclencheurs des passages à l’acte ou du recours à la drogue ne sont pas connus.

La réalisatrice laisse place à des suppositions, ce qui entretient le mystère autour de ces décès. C’est le grand bémol de son œuvre, qui est assez floue. L’esprit du spectateur est perdu au milieu de ces incompréhensions. Du coup, l’essence même de ce documentaire se retrouve lésée. Il se transforme plutôt en une sorte de doc-réalité éprouvant, qui filme presque une mise à mort progressive de ce jeune homme.

Un hommage trop appuyé, émotionnellement lourd

L'intention de "How to Save a Dead Friend" était louable au départ. L’idée de faire un hommage à son ami décédé est juste. Des vidéos d’archives sont utilisées pour montrer le quotidien de Kimi et sa longue descente aux enfers. Il y a une belle volonté d’entretenir la mémoire du défunt. Un sentiment de gêne, voire de malaise, se diffuse progressivement. Nous y voyons un homme ravagé par la drogue, semblant perdre tout sens des réalités. La déchéance est filmée, et cela devient de plus en plus lourd à regarder.

Les autorisations ont dû être accordées par la famille pour la diffusion, mais nous sommes face à un ensemble d’images représentant trop durement l’autodestruction et le penchant suicidaire. Il est parfois difficile de savoir si cela est un hommage, ou un film destiné à sensibiliser sur le sujet de la drogue. Pendant 1 h 30, le récit se déroule tragiquement et nous entraîne vers une fin inéluctable.

Marusya Syroechkovskaya choisit le choc des mots, n’hésitant pas à décrire toutes les substances prises par son ami. Un choix très discutable, mais qui laisse l’impression que ce décès semble être utilisé à des fins politiques. L’attente de cette mort est longue, et le documentaire frôle souvent le sensationnalisme. Il y a tout de même des passages plus légers, montrant Kimi sous un jour meilleur. Le reste est malheureusement indigeste, surtout dans la dernière partie.

"How to Save a Dead Friend" est un titre juste. Il y a des internements, des traitements médicamenteux, un semblant de suivi. Toutes ces démarches restent bien vaines. Le parcours de Kimi fait écho a celui de Marusya, elle explique souffrir aussi de dépression et d’anxiété. On sort de ce film avec une impression déconcertante et anxiogène qui nous assomme à force d’images choquantes et violentes psychologiquement. Touchant, oui, mais on n’en sort pas indemne.

Ce documentaire est trop long, une heure aurait été suffisante. Ce jeune Kimi a validé ces images, mais cet “hommage ”manque d’un peu de dignité. Dommage.

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