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L’ACID 2022 : Yamabuki

Par Sylvain Jaufry


C’est le troisième long-métrage indépendant de Juichiro Yamasaki. Il est sélectionné à l’ACID Cannes 2022. "Yamabuki" est une œuvre à forte dimension économique, qui met en scène des personnages soumis à des pressions sociétales importantes. La question de la survie financière est le point de départ d’un récit documenté et captivant. Nous suivons les chemins croisés de deux personnages, dont la destinée était de se rencontrer. Le réalisateur marque son empreinte en signant un film social, symbolique. C’est aussi une œuvre pleine de romantisme, sorte de conjonction de trajectoires similaires.

Juichiro Yamasaki voulait faire une fiction se rapprochant au plus près de la réalité. Filmer les conditions économiques et son impact, tel était le désir du cinéaste japonais. La thématique est essentielle, entre dureté sociale et tragédie personnelle. Le protagoniste principal est un ouvrier coréen venu travailler au Japon dans une carrière. Les raisons de ce mouvement professionnel sont simples. Chang Su veut travailler, gagner sa vie, se construire une famille et des liens sociaux. Le réalisateur s’intéresse donc à ces catégories de populations qui émigrent pour trouver du travail. Il évoque en filigrane Les Jeux olympiques de Tokyo, qui a mobilisé pas mal de main d’œuvre.

Une représentation du réel

"Yamabuki" s'appuie sur un scénario qui choisit une forme de représentation littérale du réel. L’écriture est solide, documentée et le trajet chaotique de Chang Su traduit parfaitement les tensions budgétaires et sociales du continent asiatique. Entre désillusions, perte d’argent, et endettement, le scénariste évoque l’espoir et le pessimisme. Cet ouvrier va alors connaître la précarité et l’incertitude. Juichiro Yamasaki accorde une place prioritaire à la notion de famille. Ce sujet revêt une importance capitale, car c'est le symbole d’une intégration sociale réussie.

La réussite de la reconstruction personnelle passe beaucoup par la volonté d’interagir et d’avoir des relations humaines. Le scénario insiste sur ces thèmes vitaux. Ainsi, la psychologie de Chang Su est affinée et la plus juste possible. Les situations qu’il subit l'entraîne dans une chute qui met à mal toutes ses ambitions. C'est le reflet d’une société japonaise malade, une représentation du réel sans doute réaliste. Le metteur en scène filme le chemin tortueux de son personnage, décrit un système précaire que nous connaissons. Il y a même une sorte de fatalisme dans l’évolution de Chang Su.

"Yamabuki", un personnage féminin et une plante

Parallèlement à l’histoire de cet ouvrier coréen, le film raconte la vie d’une lycéenne engagée en faveur de changements politiques. Son prénom est aussi le nom d'une plante qui pousse dans les montagnes. En argot, "Yamabuki" désigne l’ancienne monnaie japonaise. Ceci accentue la portée économique. Cette jeune militante déterminée voit même toute la haine vis-à-vis des étrangers, ce qui crée une tension singulière. Le scénario comprend alors deux directions, racontant des parcours distincts mais liés. Ce type d’écriture, de destins croisés, rappelle les scénarios de Guillermo Arriaga pour Alejandro Gonzalez Inarritu. Le sujet est différent, mais la structure en reprend certains éléments. Ce sont deux récits qui convergent et finissent par se croiser.

Tel est le cas dans "Yamabuki". Le scénario nous emmène à la croisée des chemins et à une rencontre. Le personnage de yamabuki prend de plus en plus de consistance. Elle ne vient pas du même milieu, mais sa trajectoire est parallèle. Les deux sont touchés par des drames intenses et guidés par le souhait d’un avenir meilleur. Ce personnage semble être le pendant féminin de Chang Su. Son militantisme pourrait être qualifié de progressiste. Dans les deux cas, la notion d’appartenance à un cercle familial est claire. Par ce biais, le cinéaste décrit des portraits de famille délicats. Cette famille qu’il pense être, selon ses dires, une “véritable institution”. En avoir une signifie un ardent désir de vivre et d’évoluer.

"Yamabuki" est un joli film, pas facile émotionnellement, mais il y a une touche de romantisme et de sentiment amoureux, assez diffus. L’attachement de Chang Su envers sa fille adoptive et celui de Yamabuki envers sa mère décédée traduisent un amour indestructible, malgré tout .

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