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L’Etrange Festival Acte 8 : Clôture et bilan




L'Etrange Festival Acte 8 :

Clôture et bilan


Dimanche 13 septembre, c'est le dernier jour de l'Etrange Festival, la dernière bouchée d'un plat des plus copieux. Les dernières séances n'auront heureusement réservé que des bonnes surprises.




On attaque avec "Jodorowsky's Dune", un documentaire de Frank Pavich qui revient sur la préparation du projet fou d'Alejandro Jodorowsky d'adapter à sa façon le roman fleuve de Frank Herbert. Au travers de nombreux entretiens nous est peu à peu dévoilée la teneur de ce film qui n'exista jamais que dans l'esprit d'un réalisateur qui voyait en lui le messie du cinéma, une grande saga métaphysique qui changerait le monde… Dalí, Orson Welles, Pink Floyd, Udo Kier, Mick Jagger, H.R Giger, Dan O'Banon, Moebius, tels étaient les guerriers spirituels que Jodo avait rallié à sa cause, et ce sont deux ans de travail ininterrompu qui commencèrent pour donner vie à "Dune". On rêve de ce qu'aurait donné le film, et heureusement qu'on ne fait qu'en rêver, le risque aurait été trop grand que le résultat ne soit pas à la hauteur du discours enflammé de son auteur. Mais, d'une certaine manière, le film aura existé, son story-board monumental aura trainé dans tous les grands studios, et il y aura laissé des traces bien plus tenaces qu'on ne l'imagine. Oui si "Dune" avait existé, le monde en aurait été changé, si "Dune" avait existé, les grandes œuvres de la science-fiction telle que nous la connaissons aujourd'hui n'auraient pas eu lieu d'exister. "Dune" est une influence fantomatique et pourtant si… sensible, à tel point qu'à entendre Jodorowsky le décrire, on croirait l'avoir vu, mais on l'a seulement rêvé avec lui, on l'a nourri avec lui, on en a fait avec lui ce plus grand film du monde qui ne fut jamais, et qui jamais ne sera.






On redescend sur terre pour une autre saga, indienne celle-là : "Baahubali : The Beginning" de S.S. Rajamouli, le film le plus cher de l'histoire du cinéma indien. L'histoire n'est pas la plus originale du monde, celle d'un enfant promis à un grand avenir, un parcours initiatique, un royaume à reconquérir, un amour à trouver… voilà la fable épique dans toute sa splendeur et sa simplicité. Néanmoins, la fraicheur de "Baahubali" parvient à nous emporter, et, à vrai dire, à nous emporter plus loin que la plupart des blockbusters hollywoodien contemporains. Est-ce dû à l'exotisme du film, à sa naïveté désarmante - risible parfois lorsque le personnage, idéalisé par une mise en scène qui affectionne les ralentis, nous rejoue les pubs Ushuaia Nature -  ou simplement à l'ampleur qu'il donne à son récit, sans cynisme, et surtout avec une efficacité, une lisibilité qui ferait passer les séquences d'action du Hobbit pour des vidéos de surveillance du métro parisien passées en avance rapide. On y allait à reculons, on en est sorti impatient de voir sortir "Baahubali : The Conclusion" prévu pour 2016 !

Cette clôture en forme de cliffhanger était bien sûr précédée du palmarès de l'Etrange Festival, et comme nous nous y attendions, c'est "Moonwalkers" qui a eu les faveurs du public… Que ce ne soit pas une surprise n'empêche pas une once de déception. Le Grand Prix Nouveau Genre est allé à "La Peau de Bax" d'Alex Van Warmerdam qui fera les belles soirées de Canal+ Cinéma. Mais qu'importe ces prix et les films qui les ont reçus et qu'on oubliera bien vite, on se souviendra de bien d'autres concurrents qui ont fait vibré nos cordes sensibles, et d'une sélection riche qui a occasionné bien des découvertes.

Gabriel Carton