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PIFFF 2017- 09 décembre 2017


Le Paris International Fantastic Film Festival bat son plein et à quelques heures des la cloture du Festival, notre correspondante Yvanna Trambouze continue son exploration du cinéma fantastique.




Samedi 9 Décembre

Le matin a eu lieu la projection des courts-métrages français, en présence du jury composé cette année d'Eric Gandois, François Descrasques, Quarxx, Rébecca Zlotowski  et Joann Sfar. 


Je suis arrivée quant à moi pour la projection de "Revenge", de la française Coralie Fargeat. Malgré des similitudes dans le parcours des deux films, il ne faut pas voir en "Revenge" un nouveau "Grave". Coralie Fargeat s'attaque au genre du “rape and revenge”, influencée notamment par "Kill Bill", mais a avant tout voulu raconter une histoire d'émancipation et d'empowerment.

"Revenge" a une identité visuelle bien particulière, le film a été tourné au Maroc et évoque les paysages désertiques de "Mad Max" et de "La Colline a des Yeux". Il y a un jeu assez subtil sur les stéréotypes de genres, notamment à l'image : les comédiens ressemblent littéralement à des jouets, jouets de garçons contre le jouet de filles. J'ai eu du mal cependant à vraiment apprécier l'oeuvre, à cause d'une mise en scène qui me faisait parfois penser à un téléfilm ou une série télé (de qualité, certes), le jeu de certains comédiens n'aurait pas non plus été renié par "Plus Belle la Vie" et manquait de subtilité.


Je ne sais pas trop quoi penser d'une émancipation féminine qui se limite à passer de Lolita à Lara Croft (littéralement), car ces deux figures restent des fantasmes et je n'ai senti à aucun moment que le personnage féminin était réel. Il m'a manqué cette dimension d'humanité chez le personnage, pour véritablement entrer en empathie et ressentir l'intensité des scènes.

En revanche, ce manque d'intensité a été complètement dissipé par le dernier segment du film qui est une vraie réussite, avec un corps à corps magnifiquement chorégraphié, un décor blanc immaculé qui dégouline d'hémoglobine à outrance (le tournage aurait nécessité 50 litres de faux-sang selon l'équipe). "Revenge" est donc un film assez inégal, qui atteint parfois de vrais moments de grâce et peut proposer des compositions d'image époustouflantes. Je vous conseillerai donc d'aller le voir quand-même, en tout cas de suivre la carrière de Coralie Fargeat dont c'est le premier long-métrage. Contrairement à de nombreux films diffusés par le PIFFF, Revenge bénéficiera d'une sortie en salles en France et si c'est une bonne nouvelle pour les amateurs de films de genre, ça l'est encore plus pour les jeunes réalisateurs ou scénaristes qui voudraient se lancer. Rien n'est impossible quand on en a la volonté.
 
Vient le tour des courts-métrage internationaux, soumis eux aussi au vote du public. Nous avons pu voir une grande diversité de thèmes et de nationalités : Etats-Unis, Mexique, Belgique, Espagne, Italie et même la Suisse! Je suis dans l'ensemble un peu restée sur ma faim, l'écueil du court-métrage restant la chute facile. Un court-métrage qui a atteint la perfection cependant : le génial "RIP" des espagnols Caye Casas et Albert Pinto (également en compétition pour le long-métrage "Matar a Dios"). Cette comédie noire burlesque très espagnole est purement hilarante. J'ajouterai une mention spéciale à "Marta", autre film espagnol, de Lucia Forner, avec son personnage qui fait ses premiers pas dans sa carrière de serial killeuse et ne sait pas encore comment s'y prendre.


Enfin arrive l'heure que j'attendais, à tort ou à raison, avec le plus d'impatience : Leatherface, des français Alexandre Bustillo et Julien Maury. Préquel du Massacre à la Tronçonneuse (1974) de Tobe Hoper, qui nous a quittés le 26 août dernier et se retrouve à la production exécutive de ce dernier opus au sein de la franchise de 8 films. Je porte un amour inconditionnel à l'opus original, qui est d'autant plus intéressant qu'il part du même fait divers que le Psychose d'Alfred Hitchcock. Ainsi, il est extrêmement intéressant de rapprocher ces deux oeuvres, avec d'un côté une horreur indicible, suggérée et une oeuvre très psychologique dans Psychose justement, de l'autre aucune psychologie et une horreur graphique toutes tripes dehors pour Massacre à la Tronçonneuse.

Mais je m'égare! J'aurais adoré voir un huit-clos familial avec cette mère castratrice qu'est Verna Sawyer et les deux plus grands-frères du petit Leatherface, afin de comprendre comprendre comment naît un tueur en série psychopathe, un peu comme tente de le faire la série Bates Motel pour le personnage de Norman Bates. Le quotidien de cette famille cannibale, qui a la particularité de ne jamais chasser ses victimes : car ce sont bien les victimes qui tombent toutes seules dans le piège, alors qu'elles n'ont au départ aucune raison de traverser ce trou perdu, encore moins de s'aventurer à la ferme Sawyer. Le film réalisé par Alexandre Bustillo et Julien Maury est donc bien éloigné de mes attentes, avec un road-movie adolescent, qui prend racine dans un hôpital psychiatrique à la Vol au-dessus d'un nid de coucous et ses incontournables séances d'électrochocs. Quand on leur a proposé de réaliser le film, ils ont dit : “Oui, mais pas de scène de repas, pas de Leatherface qui court dans les bois, pas de jumpscare” … et ironie du sort, le film présente les trois.


Les réalisateurs nous ont fait part de leurs regrets concernant le final cut du film, revenu à la production qui a tout simplement amputé Leatherface de 30 minutes. Deux changements majeurs sont intervenus au moment du montage : les scènes d'ouverture et de clôture du film (oui, oui, les moments potentiellement les plus importants!) ont échappé à leurs réalisateurs, mais nous avons pu avoir le plaisir de visionner les versions originales de ces scènes à l'issue de la projection. Avec cet aperçu de ce que les réalisateurs ont voulu faire, je pense sincèrement que le résultat aurait été meilleur si on les avait laissés aux commandes (mais ce n'est pas comme cela que fonctionnent les studios américains, ce qui a ses avantages, comme ses inconvénients). En l'état, je trouve que le film manque d'une vraie transformation crédible du personnage de Jed en Leatherface et je ne peux même pas dire que ce personnage soit le protagoniste de son propre film, car c'est Lizzy, la jeune infirmière pleine de bonnes intentions qui se retrouve kidnappée par le groupe d'ados perturbés (et c'est un euphémisme) en fuite. La vision des deux français reste intéressante, avec des propositions visuelles comme le petit Jed qui attend au bord de la route coiffé d'une tête de porc, ou le tuto beauté de Leatherface à la fin du film. A ce titre, la séquence originellement tournée pour clore le film et retirée à la demande des producteurs car “trop malsaine” (quelle étrange préoccupation!) apporte une vraie complexité à la psychologie du personnage, en plus de clore sur une touche romantico-ironique. Peut-être aurez-vous la chance de voir ce dont je parle dans les bonus du DVD qui sortira prochainement.

Leatherface n'est donc pas aussi culte que son illustre ancêtre, mais avec un budget de deux millions de dollars amputé de 30% et un tournage réduit de deux semaines, nos deux compatriotes ont fait ce qu'ils ont pu, le plus sincèrement du monde. On ne peut pas dire en tout cas que le résultat soit honteux et la photographie est honnêtement très réussie.

Rendez-vous demain pour le dernier jour (qui fut pour moi le plus excitant), la cérémonie de clôture avec la remise des prix et le grand final de Shin Godzilla des japonais Hideaki Anno et Shinji Higuchi !

Yvanna Trambouze