28 septembre 2021
Festivals

Premiers Plans d’Angers 2015 : Acte VI

Par Frédéric Hauss


Ce n'est pas encore de la sélection officielle que seront venues les étincelles. On croit savoir d'où viennent ces impressions de morne plaine. D'abord une redondance dans les sujets sur l'enfance, les récits d'émancipation, les contes initiatiques (la moyenne d'âge des héros des 9 long-métrages réunis ne dépasse pas les 14 ans).

On me rétorque souvent qu'il est normal que pour leurs premiers films, les jeunes réalisateurs parlent de ce qu'ils connaissent le mieux, ce dont ils se sentent le plus proche. Mais alors pourquoi en faire le seul sujet du film ? Pourquoi n'arrive-t-il rien d'extra-ordinaire à ces mômes ? Pourquoi se contenter de filmer l'ordinaire, de choisir une caméra suiveuse de péripéties écrites d'avance ?

C'est systématique dans les films qu'on a vus ici : le symptôme du long plan à l'épaule dans le dos ou sur la nuque d'un petit garçon qui rentre chez lui. Pourquoi ne pas confronter ces enfants à l'inattendu d'une situation embarrassante ? à la soudaineté d'un événement ? Rien n'empêcherait de parler de l'enfance, bien au contraire.


Le Petit homme de Sudabeh Mortezai

Par exemple, le long-métrage autrichien « Le petit homme » (ne pas confondre avec le court « Petit Homme », cf acte II) de Sudabeh Mortezai conte l'histoire de Ramazan (11 ans), petit garçon réfugié tchétchène en Autriche avec ses 2 sœurs et sa mère...

Son quotidien est montré sous toutes les coutures : il s'occupe de ses sœurs, coupe le feu sous les légumes quand sa mère les oublie, va à la mosquée, traîne dans les terrains vagues, a souvent affaire à la police, aux services d'hygiène, traduit l'autrichien à toute sa famille car il va à l'école… L'arrivée d'Issa, un ami du père mort à la guerre, ne viendra aucunement troubler cette eau limpide tant le récit de confrontation-substitution est attendu.


Milky Brother de Vahram Mkhitaryan

Même tiédeur dans le court-métrage arménien « Milky Brother » de Vahram Mkhitaryan. Seto (10 ans ) attend un petit frère mais sa mère fait une fausse couche. Au même moment, un chevreau du village perd sa propre mère. On vous fait pas de dessin, l'animal, d'abord rejeté, va se voir pris en charge par Seto.


Play de Ruben Östlund

Un peu désabusé, on était impatient de retrouver le cinéma radical de Ruben Östlund avec « Play » (2011). 5 jeunes noirs rackettent 3 jeunes blancs en utilisant une technique coercitive mais sans violence : ils demandent aux victimes de voir leur portable et prétextent qu'il ressemble beaucoup à celui du petit frère d'un des racketteurs.

Tout en durées non compressées, le film rentre dans une sorte de séquestration en plein-air qui glace le sang mais finit par être un peu vain. On aura cependant été sacrément scotché par un long plan-séquence dans un tramway où la pleutrerie des individus fait froid dans le dos et qui n'est pas sans rappeler les longues minutes insoutenables de « Funny Games » (Michael Haneke).

A l'issue du film, Ruben Östlund explique qu'il a voulu interroger le regard qu'on porte sur les minorités, les déséquilibres sociaux masqués par la dénonciation médiatique facile d'un fossé culturel… Mouais.


Le Projet de Jiri Barta

Premiers Plans est cette année l'occasion (la seule si on en croit les recherches infructueuses qu'on a fait sur la toile) de découvrir toute l'œuvre du réalisateur d'animation tchèque Jiri Barta. Lors d'un programme de court-métrages on a beaucoup apprécié « Le projet » (1981), stop-motion de papier découpé et images réelles, véritable dénonciation de l'uniformisation culturelle par l'uniformisation de l'habitat. Ça dure 6 minutes et ça en dit plus long que les 400 qu'on a vues de la compétition. 

ça peut vous interesser

Les Aventuriers des Salles Obscures : 04 Janvier 2020

Rédaction

Rencontrez l’équipe du film Play

Rédaction

Play : La critique du film

Rédaction