15 juillet 2020
Focus

Alexandre le Bienheureux ou le confinement oisif

Par Jérémy Joly

En cette période de crise sanitaire, il est fortement conseillé de vous confiner chez vous. S'il y a bien un personnage de cinéma que cette situation n'aurait pas dérangé, c'est celui qu’interprète Philippe Noiret dans « Alexandre le Bienheureux », sous la direction d'Yves Robert. C'est l'occasion de découvrir ou redécouvrir ce film.

Le cinéma français doit à Yves Robert quelques petits chefs d’œuvre. En 1958, il réalise « Ni vu... Ni connu... », avec un certain Louis de Funès, dans le rôle d'un braconnier nommé Blaireau, qui n'avait pas encore triomphé avec « Le Corniaud », « Fantômas » ou encore la saga des « Gendarmes ». En 1961, il signe son plus grand film, qui fera un triomphe : « La Guerre des boutons ». Deux ans plus tard, il reprend Martin Lartigue, alias Petit Gibus, pour le rôle-titre dans « Bébert et l'Omnibus ».

En 1964, il réunit un casting impressionnant : Philippe Noiret, Guy Bedos, Michael Lonsdale, Christian Marin, Pierre Mondy, Jacques Balutin et Claude Rich dans « Les Copains ». En 1972, Pierre Richard devient un espion secret malgré lui dans « Le Grand Blond avec une chaussure noire ». En 1976 et l'année suivante, il réalise les comédies « Un éléphant ça trompe énormément » et sa suite « Nous irons tous au paradis ». Enfin, en 1990, il adapte deux romans des « Souvenirs d'enfance » de Marcel Pagnol : « La Gloire de mon père » et « Le Château de ma mère ».

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Revenons en 1968, avec « Alexandre le Bienheureux », l'histoire d'un cultivateur bon vivant et nonchalant qui décide de se consacrer à sa grande passion, la paresse, lorsque sa femme décède. Il faut dire que celle qu'il surnomme « La Grande » était une épouse tyrannique qui le poussait à bout de force en lui imposant une longue liste de travaux. Alexandre décide alors de se coucher pour plusieurs semaines. Son chien lui rapporte les provisions que lui sert la jolie Agathe. Le comportement d'Alexandre sème le trouble dans le petit village et une partie des habitants décide de le forcer à reprendre le travail.

« Alexandre le Bienheureux » marque un grand tournant dans la carrière de Philippe Noiret. Il s'agit de son premier rôle principal au cinéma. Il marquera les spectateurs dans ce personnage devenu oisif. Qui n'a jamais voulu se mettre à la place d'Alexandre, ne sortant plus de son lit et qui dispose au-dessus de lui, grâce à des cordes, de tout le nécessaire : saucisson, vin rouge et instrument de musique ? Un autre acteur se fera remarquer, Pierre Richard dont c'est le premier grand rôle. Il campe, aux côtés de Jean Carmet, le rôle de Colibert qui va tenter de raisonner Alexandre avant d'agir comme lui. Comme dans tous les films d'Yves Robert, on retrouve des seconds rôles truculents comme Paul Le Person ou Jean Saudray. La pétillante Marlène Jobert, par son charme, arrive à séduire autant Alexandre que les spectateurs. Il ne faut pas non plus oublier le fox-terrier espiègle et intelligent, nommé dans le film « Le chien », qui amuse par son talent d'acteur.
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Michel Legrand, alors trop occupé, conseille à Yves Robert un certain Vladimir Cosma, qui compose pour la première fois la musique d'un film. Une longue et belle carrière suivra avec plus de trois cents partitions aussi bien au cinéma qu'à la télévision, avec entre autres, « Les Aventures de Rabbi Jacob » et « La Boum ». Durant le générique de début, nous pouvons entendre la chanson « Le ciel, la terre et l'eau » chantée par Isabelle Aubret sur des paroles de Francis Lemarque. Vladimir Cosma signe une magnifique bande originale qui colle parfaitement à la tranquillité que s'offre Alexandre.

En dehors des scènes de la chambre où s'est réfugié Alexandre, les scènes d'extérieur sont nombreuses. Yves Robert a passé une partie de son enfance au contact de la nature, ce qui a donné naissance à un amour de la campagne que l'on retrouve dans ce film. Yves Robert sait filmer les paysages qu'il met en valeur avec ses profondeurs de champ, particulièrement dans les scènes de séduction entre Alexandre et Agathe. Aujourd'hui, le cinéma a souvent trop tendance à rendre flou l'arrière-plan, ce qui n'est pas du tout le cas dans les films d'Yves Robert. L'arrière-plan joue un rôle important, il place les personnages dans un décor.

Lors de sa sortie, « Alexandre le Bienheureux » a attiré plus de deux millions de spectateurs dans les salles, devenant le quinzième plus gros succès de l'année 1968. Ce film rendra sans aucun doute ce moment de confinement plus agréable.


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