Focus

Amadeus de Milos Forman

AMADEUS

(1984)

Un film de Milos Forman avec Tom Hulce, F. Murray Abraham, Roy Dotrice

focus-film-amadeus-3
Affiche américaine datant de 1984.

Une analyse critique du film Amadeus par Christophe Roussel.


Le 13 avril 2018 disparaissait Milos Forman à l'âge de 86 ans. Aussi, en cette année finissante, la rédaction du Quotidien du Cinéma a-t-elle souhaité prendre le temps de regarder une oeuvre majeure de ce grand cinéaste. Voici "Amadeus", réalisé en 1984.

photo-milos-forman
Milos Forman

Bien avant de réaliser "Larry Flint" et "Man In The Moon" notamment, Milos Forman avait déjà en 1984 retracer la vie d'un véritable phénomène avec ce film consacré à Mozart. 18 années plus tard, le film ressortait allongé d'une vingtaine de minutes constituant ainsi la version définitive voulue par le réalisateur. 

Ce thriller musical, tourné dans des décors naturels à Prague, est l'adaptation de la pièce de Peter Schaffer (qui a signé lui-même l'adaptation) qui opposait Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) à Antonio Salieri (1750-1825) alors compositeur officiel de la cour de l'empereur Joseph II. Cette pièce avait été montée en France en 1982 avec Roman Polanski dans le rôle Mozart (il signait aussi la mise en scène) et François Périer dans le rôle de Salieri.

Le film en fait n'est pas une véritable biographie du grand compositeur. Il s'agit d'un double portrait où Mozart est vu à travers Salieri sur une période qui s'étend sur 10 ans, de l'arrivée du jeune génie à Vienne (la Capitale des musiciens...) jusqu'à sa mort.

Si Schaffer et Forman respectent plus ou moins la vérité historique (le mariage de Mozart avec Constance Weber, la commande du Requiem par un mystérieux inconnu, l'enterrement dans la fosse commune...), ils ont pris toutefois certaines libertés pour rendre le personnage de Salieri plus important.

focus-film-amadeus-2
F. Murray Abraham incarne Salieri.

Sur cette légende entretenue par Pouchkine et Rimski-Korsakov selon laquelle Salieri aurait empoisonné Mozart, le film n'apporte pas de réponse (pour cause, Mozart est officiellement mort d'une broncho-pneumonie).

Par contre, ils font de Salieri le mystérieux inconnu alors qu'il s'agissait du comte Von Walsegg (pour confirmation, je vous renvoie à la biographie de Mozart par Jean et Brigitte Massin aux éditions Fayard).  

Selon Salieri, il est victime d'une trahison de Dieu. Dieu lui a donné l'espoir d'un talent mais il a donné à Mozart ce qu'il n'aura jamais : le génie. Lorsqu'il découvre des partitions originales sans la moindre correction, pour Salieri, cela ne fait plus aucun doute, Mozart retranscrit sa musique sous la dictée de Dieu.

La grande réussite du film réside dans ce face-à-face entre le surdoué et le petit talentueux, entre le génie et le médiocre. Dans cette dualité qui anime Salieri, partagé entre l'admiration et la jalousie, qui l'amène à être l'ami de Mozart et à oeuvrer contre lui.

Le point culminant de ce film à la mise en scène sobre et baroque alternant l'intime et le spectaculaire, est la scène finale entre les deux hommes lorsque Mozart au seuil de la mort dicte à Salieri les notes de son Requiem. Ce dernier découvre en l'écrivant la musique si nouvelle, si moderne du génie qui sera toujours incomprise du vivant de Mozart car trop en avance sur son temps.

« Tous les hommes naissent égaux devant Dieu ?... » Cette phrase du prêtre venu lui rendre visite à l'asile fait plutôt sourire Salieri. Bien sûr, il était très renommé et sa musique était appréciée mais sa lucidité ne le rendait pas aveugle pour autant.

Il savait que la musique de Mozart traverserait les siècles et pas la sienne. Il était un médiocre, un imposteur qui est parvenu à se faire une place à la cour grâce à ces flatteries, à sa politesse pleine d'hypocrisie.

De nos jours, les médiocres qui acquièrent une certaine renommée ne manquent pas (en cela, ce film demeure d'une cruelle actualité...) mais heureusement le temps fait le tri et ne garde que le meilleur, l'unique, l'extraordinaire.  

La musique et le personnage de Mozart pourraient se résumer en un mot: ambivalence. Mozart a 26 ans et en paraît 18. Forman en fait une sorte de punk avant l'heure. Il le présente comme un gamin espiègle, un homme qui n'aurait pas mûri et serait resté au stade des blagues les plus salaces et vulgaires.

Il incarnera pourtant l'image romantique du génie incompris sombrant dans la folie et l'alcool, gagnant que très peu d'argent avec ces oeuvres.

focus-film-amadeus-4
Tom Hulce dans Amadeus.

La musique est à l'image de cet enfant-vieillard : triste et gaie, pleine de vie et déjà tourné vers la mort. Amadeus nous permet de mieux cerner la personnalité complexe de Mozart et d'entrer dans l'intimité de la création artistique.

Forman a réalisé un film à l'image de son personnage, un film de presque trois heures d'une extraordinaire vivacité qui passe comme un rêve. La musique ici est utilisée, nous pas pour accompagner une scène, mais pour la souligner, la justifier. Elle ne cesse de hanter Mozart et s'arrête lorsque sa femme s'adresse à lui.

C'est de la mémoire de Salieri que jaillit toute cette histoire mais c'est la musique qui vient avant les images. Milos Forman est parvenu à rendre accessible le phénomène de la création. Le spectateur, à l'instar de Salieri, reste totalement fasciné, transporté.

Un dernier mot sur "Amadeus". Comment ne pas évoquer le rire strident de Mozart. Un rire de gamin hystérique. Un rire aigu très communicatif pour le spectateur aussi surprenant que la musique de ce diable d'homme.

Un rire qui conclut le film, la dernière chose peut-être que Salieri entendra avant de mourir et qu'il interprétera comme étant le rire de Dieu devant tant de médiocrités et d'hypocrisie. Un rire plein de vie en tout cas qui nous fait aimer Mozart et sa musique.

Interprété par Tom Hulce qui trouvait là le rôle de sa vie et par F. Murray Abraham (pourtant trop âgé pour le rôle...), Amadeus fut un succès mondial et reçu 8 Oscars dont celui du meilleur film, acteur et réalisateur. A sa sortie, le film était déjà considéré comme un classique. Le temps lui a donné raison, "Amadeus" reste un film incontournable.


Tous nos contenus sur "Amadeus director's cut" Toutes les critiques de "Christophe Roussel"

ça peut vous interesser

Détective Pikachu : La critique du film

Rédaction

Aquaman en DVD à gagner !

Rédaction

Denzel Washington aime la police

Rédaction