28 septembre 2021
Focus

Bac Nord : Un succès tracé comme un rail de coke ?

Par François Bour


"Bac Nord" aura été, sans doute, l'un des films les plus attendus de l'été 2021. Présenté hors compétition au festival de Cannes de cette même année, le film de Cédric Jimenez est a tout d'un poids lourd cinématographique. Réalisateur et casting "bankable", sujet d'actualité et gros moyens de promotion. Avec un accueil critique à la hauteur de ses moyens ? Eléments de réponse.

Qui n'a pas déjà entendu parler de "Bac Nord" ? Depuis sa présentation lors de la messe du cinéma à Cannes, c'est une véritable machine de promotion qui s'est mise en place. Outre la promotion habituelle de la journée presse de l'équipe du film, le budget marketing a pris le relais. Par une publicité visuelle omniprésente dans les rues, mais aussi et surtout sur les écrans. Teaser télévisuel, nouvelle initiative globale post-covid et un matraquage en règle sur internet. A l'image du compte à rebours pour la sortie du long-métrage bien présent sur Allociné, accompagné de liens sponsorisés et autres encarts publicitaires.  Et ce ne sont pas les seuls, mais juste l'un des sites les plus consultés en France en matière de cinéma. Cela donne une idée des moyens engagés.

Tout est sur un rail
"Bac Nord"ne part pas de rien. Avant même d'évoquer la qualité du film, il y a une perquisition à faire sur le film. Pour en trouver les éléments justifiant de tels moyens. Il faut alors commencer par ce qui attire la plupart des spectateurs dans une salle obscure. Le casting. Avec des noms pour le moins évocateur. Adèle Exarchopoulos, pour commencer. La jeune femme de 27 ans est une habituée des marches cannoises d'ailleurs puisqu'elle y était déjà en 2019 pour Sibyl. Karim Leklou, lui, s'est fait connaitre en partie par le film "Réparer les vivants" est surtout le docteur Arben Basha dans "Hippocrate". Une série médicale, création originale Canal + qui connait un beau succès auprès du public.

Il est temps d'évoquer le tiercé (supposé) gagnant. D'abord en évoquant François Civil. Avec "Burn Out", "Mon inconnue" ou plus récemment "Le Chant du Loup", le jeune homme de 31 ans ne cesse de montrer son talent. Que le spectateur risque de voir souvent dans les prochains mois. Ensuite, il y a un réalisateur nommé Cédric Jiménez qui bénéficie d'une aura certaine. Le cinéaste a derrière lui le plus gros budget du cinéma français de l’année 2014 avec "La French". Un film ayant reçu un accueil critique globalement favorable sans être formidable. Pour autant, cela a sans doute installer les bases de "Bac Nord". Tournage à Marseille pour un film basé sur des faits réels avec Jean Dujardin et un certain Gilles Lellouche, ça rappelle vaguement quelque chose non ?

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Karim Leklou, François Civil, Gilles Lellouche et Adèle Exarchopoulos - Copyright Jérôme Mace Chifoumi Productions

"Bac Nord" s'inspire d'une véritable affaire de corruption au sein des forces de l'ordre à Marseille. Des faits réels amenant une fiction portée par Gilles Lellouche. Un nom capable d'attirer le spectateur dans les salles. Aussi bien en tant qu'acteur qu'en tant que réalisateur du film "Le Grand Bain". Mais si tout ces noms ne suffisaient pas ?

Eh bien il y a l'actualité d'abord, avec une sortie qui coïncide avec la fin du procès des dix-huit membres de la brigade anti-criminalité qui ont été déférés en correctionnelle pour trafic de drogue et racket. Le timing parfait pour faire parler du film lors des grandes messes d'information à 20h. Enfin, il y a les références. "La French" donc grâce au cinéaste, mais aussi et surtout "Les Misérables". "Un film esthétique et brutal, qui n'est pas sans rappeler Les Misérables de Ladj Ly, où il est aussi question d'une cité sous haute tension et de policiers à bout". C'est en ces mots qu'est présenté "Bac Nord"

L'overdose des mots et des références

Il est parfois amusant de voir à quel point les mots qui illustrent l'accueil critique ne reflètent pas vraiment le ressenti général. L’aventure a la puissance, la frénésie réaliste et l’amertume des grands polars américains d’autrefois, selon Télérama. Un film d’action spectaculaire d’une grande maîtrise pour Bande à part. Une maitrise du réalisateur louée par des médias tels que Première, Positif ou Le Figaro. La loi de Marseille avec le meilleur réalisateur français de scènes d'action pour ce dernier. Un long-métrage nerveux, testostéroné, drôle, qui file à un rythme à couper le souffle pour Le Parisien. Un thriller musclé qui impressionne par sa tension et la virtuosité des scènes d'action, selon Le Point. 

En conférence de presse, Cédric Jiménez a, de son coté,  revendiqué des inspirations. L'évocation d'une mise en scène très immersive comme dans les films de guerre "Démineurs", "Sicario" ou encore "Les Fils de l’homme". Le traitement du sujet, fait appel à la référence des films coup de poing tel que "Les Misérables". Alors que Télérama va faire un parallèle avec les thrillers de Clint Eastwood ou de William Friedkin.  L'effet du film semble donc aussi addictif que la fameuse poudre blanche. Pour autant, la descente se fait, elle aussi, ressentir.

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François Civil - Copyright Jérôme Mace Chifoumi Productions
Le bad trip de la polémique

D'abord parce que de tous ces extraits, de tous ces mots forts, il n'y a pas de critiques 5 étoiles, unanime. En vérité, l'accueil critique n'est pas une rafale de louanges, une euphorie générale. Celle ci n'est que passagère comme lorsqu'il s'agit de sniffer un rail de coke. Et l'overdose n'est pas très loin. "Bac Nord" a été perçu comme un film grisant, certes. C'est aussi un long-métrage qui fait polémique. Le réalisateur Cédric Jiménez est d'ailleurs monté au créneau pour se défendre d'une prise de position pro flic. En rappelant à qui veut l'entendre que "Bac Nord" est une fiction et non un documentaire.

Une fiction qui s’emploie à faire passer des policiers corrompus pour de bons professionnels un peu casse-cou, dixit Le Monde. Le positionne partial du scénario, pro-flic résume certains entraine une caricature des faits réels sans oublier une vision tout aussi caricaturale des quartiers nord marseillais. Une fiction policière “ni pro-flic ni anti-flic” mais caricaturale annonce, de son coté, Les Inrockupltibles.

La position est délicate et n’évite pas une forme de justification des agissements des policiers souligne Les Cahiers du Cinéma. Média qui illustre une prise de position qui fait débat. Ce dernier est illustré par le malaise exprimé par un journaliste de Télérama devant le film alors qu'un de ses collègue avait loué les qualité de "Bac Nord". Le bad trip s'illustre aussi donc par des critiques virulentes sur la proposition cinématographique. "Bac Nord" est un film démago et viriliste, raté autant dans son exécution que dans ses intentions résume Libération.

"Bac Nord" est un film bénéficiant d'une promotion agressive, pour une proposition cinématographique qui se veut coup de poing. Un postulat qui aura exacerbé les réactions. Critiques très expressives pour un retour mollement positif d'un coté. Polémique trouvant sa source dans des retours négatifs aussi virulents qu'expressifs de l'autre. Tout cela offrant, au final, une couverture médiatique importante. Reste à savoir ce que vont en retenir les spectateurs...

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