23 septembre 2020
Focus

Borsalino : 50 ans !

Par Jérémy Joly

borsalino-film-4

Le 20 mars 1970 sortait sur les écrans "Borsalino", de Jacques Deray, réunissant pour la première fois en tête d'affiche deux géants du cinéma français : Alain Delon et Jean-Paul Belmondo.

En 1968, Alain Delon tourne sous la direction de Jacques Deray dans "La Piscine" aux côté de Romy Schneider. Durant le tournage, à Ramatuelle, Delon lit le livre « Bandits à Marseille » d'Eugène Saccomano. Un chapitre retient son attention, celui sur Paul Carbone et François Spirito. Il en discute avec Jacques Deray et l'idée d'une adaptation cinématographique commence à germer. Alain Delon souhaite produire le film via sa société Adel Productions et veut partager l'affiche avec Jean-Paul Belmondo.

Jean-Paul Belmondo et Alain Delon se rencontrent en 1958 sur le tournage du film « Sois belle et tais-toi », de Marc Allégret, où ils ont des rôles secondaires. Deux ans plus tard, Jean-Paul Belmondo est propulsé vedette de cinéma avec son rôle de jeune voyou insolent dans « A bout de souffle » de Jean-Luc Godard, le film emblématique de la Nouvelle Vague. C'est la même année qu'Alain Delon se fait un nom en jouant dans "Plein soleil", de René Clément. C'est ce dernier qui les réunira à nouveau, encore dans des rôles secondaires, dans "Paris brûle-t-il ?", la fresque historique qui montre les faits de Résistance et les actions militaires qui conduisent à la Libération de Paris en 1944.

borsalino-film-5
Ce projet est l'occasion de réunir pour la première fois deux acteurs au sommet de la célébrité. Jean-Paul Belmondo est contacté. Il paraît hésitant. Mais, en réalité, il est intéressé. Toutefois, il refuse de s'engager tant qu'un scénario solide n'est pas entre ses mains. Jacques Deray écrit trente pages du script avec le journaliste Jean Cau et avec le soutien de Claude Sautet, celui que François Truffaut surnommait « le ressemeleur de scénarios ». Ces pages sont confiées à Jean-Claude Carrière pour finaliser le scénario. Alain Delon est satisfait du travail sur le script et le soumet à Jean-Paul Belmondo. Ce dernier accepte et signe son contrat.

Très vite, le projet prend de l'ampleur. Alain Delon s'associe avec le studio américain Paramount Pictures afin de monter le film. Le film doit s'intituler "Carbone et Spirito". Paul Carbone fût le premier parrain du millieu corso-marseillais qui a sévi de 1920 à 1943 et avait comme associé François Spirito, un mafieux franco-italien. Le budget prévu est colossal avec quatorze millions de francs. Ce projet cinématographique ne plaît pas au milieu marseillais qui tente de faire pression. Le scénario évoque l'Occupation, période durant laquelle Carbone et Spirito ont choisi le camp des collaborateurs. Les marseillais ne veulent plus participer au projet. Le réalisateur Jacques Deray reçoit des menaces de mort...

Afin d'éviter un drame, la production va modifier le scénario. Les évocations sur l'Occupation sont supprimées. Les noms des personnages sont changés et le titre devient "Marseille 1930". Par la suite, Alain Delon trouve un nouveau titre qui sera retenu jusqu'à la fin du projet : "Borsalino", d'après la célèbre marque de chapeaux. Le borsalino est populaire dans les années 1930 et est utilisé par les gangsters comme signe distinctif. Au cinéma, il est mythique puisqu'on le retrouve également sur la tête de Marcello Mastroianni dans "Huit et demi" de Frederico Fellini ou sur celui d'Harrison Ford dans la série des "Indiana Jones", de Steven Spielberg.

borsalino-film-3
Pour reconstituer le Marseille des années 1930, Jacques Deray s'aide des journaux et archives de l'époque. Le grand photographe Jacques Henri Lartigue donne un coup de pouce en lui mettant à disposition les photos de cette période. La production arrive à récupérer des véhicules d'époque et transforme plusieurs rues de la ville.

L'une des premières scènes tournées est une des plus importantes. Celle où Delon et Belmondo se retrouve face à face pour la première fois dans le film lors d'une bagarre. Le cascadeur Yves Chiffre est chargé de superviser cette scène. Mais l'entente avec le réalisateur n'est pas au rendez-vous. Jacques Deray souhaite une scène similaire à celle entre John Wayne et Victor Mclaglen dans "L'Homme tranquille" de John Ford. Le cascadeur est contre. La scène se tourne selon le souhait du réalisateur. Cependant, à la vue des rushes, la scène est ratée. Belmondo et Delon insistent pour retourner la scène avec les directions d'Yvan Chiffre et le résultat finit par plaire à tout le monde. Le tournage se déroule sans nuages. Les deux vedettes s'entendent à merveille.


La musique est signée Claude Bolling, connu dans le milieu du jazz. Dans un premier temps, Alain Delon et Jacques Deray souhaitent qu'il arrange des vrais airs de l'époque. Toutefois, le compositeur n'est pas emballé par l'idée. Il veut absolument proposer une musique originale. Pour les convaincre, et en même temps leur faire découvrir son travail, il leur envoie plusieurs disques avec des musiques destinées à la variété. C'est alors que Delon et Deray tombent sous le charme d'un morceau avec un piano mécanique et le veulent à tout prix comme thème pour le film. Ils ne seront pas les seuls à être conquis puisque la bande-originale aura un énorme succès à la vente. La musique de ce film est même l’œuvre emblématique de la grande carrière de Claude Bolling au cinéma.

"Borsalino" connaît un gros succès lors de sa sortie dans les salles avec un peu moins de cinq millions d'entrées. Pourtant, la joie n'est pas au rendez-vous pour Jean-Paul Belmondo pour qui l'affiche ne respecte pas le contrat signé. Au lieu d'avoir « Adel Productions présente », le nom d'Alain Delon apparaît. L'affaire va jusqu'au tribunal et Belmondo gagne le procès. Depuis, les deux acteurs se sont réconciliés.

borsalino-film-2
Les spectateurs devrons attendre vingt-huit ans pour revoir les deux stars dans un nouveau film : "Une chance sur deux" de Patrice Leconte. Ils devront également attendre 2009 pour que le film "Borsalino" sorte en DVD. Charles Bludhorn, le patron de la Paramount à l'époque, avait récupéré les droits. Les acteurs et la Paramount ont fini par trouver un accord et le film, rarement diffusé à la télévision, a eu droit à sa première édition en DVD.

Depuis 1970, les deux acteurs se sont affrontés avec des carrières en parallèle impressionnantes, remplies de gros succès et de quelques échecs. Mais cet affrontement s'est surtout fait dans le respect et l'amitié. Et pour cela, je dis « Borsalino ! » à Siffredi et Cappella !

ça peut vous interesser

Bourvil avait peur d’être oublié…

Rédaction

Les Apparences : Sont trompeuses !

Rédaction

L’Avare : Louis de Funès en Harpagon

Rédaction