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Christopher Young : Un gothique à Hollywood

Par Gabriel Carton


La musique est un vecteur d’émotion essentiel au cinéma, un élément qui peut aisément se dissocier d’un film et en prolonger le plaisir ou exister par lui-même. Lorsque le 4ème art se met au service du 7ème le nom de l’artiste tant à ne devenir qu’un nom parmi tant d’autres au générique ; notre humble projet est, à travers l’exploration de la carrière de quelques grands compositeurs, de replacer la musique en tête d’affiche.

Né en 1958 dans le New Jersey, Christopher Young n’a jamais envisagé autre chose qu’une carrière musicale. Passionné de musique moderne et du travail, entre autres, de Béla Bartók (1881-1945, compositeur d’origine hongroise et savant ethnomusicologue), Young se destine pourtant d’abord au jazz quand la découverte de la musique de Bernard Herrmann a pour conséquence décisive d’éveiller chez lui l’ambition de composer pour le cinéma. Quand on sait qu’Herrmann est responsable de la musique de « Psychose » d’Alfred Hitchcock (1960), l’influence majeure du premier « soundtrack » d’un tout jeune Christopher Young semble pour le moins évidente : « The Dorm that Dripped Blood » de Stephen Carpenter et Jeffrey Obrow (1982) s’ouvre sur un hommage incontestable aux violons herrmanniens indissociables de la scène mythique de la douche dans « Psychose ». En même temps que Young paie son tribut à Herrmann, « The dorm that dripped blood » rend au film d’Hitchcock tout ce que le « slasher », en tant que sous-genre cinématographique, lui doit.
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Toujours pour le duo indépendant Carpenter/Obrow, Christopher Young continue de se faire les dents en opérant une variation sur un morceau auquel il n’aura de cesse de revenir dans les années à venir : « Aquarium » de Camille Saint-Saens, septième mouvement du célèbre « Carnaval des Animaux », devenu depuis l’hymne du festival de Cannes. Avec « The Power » (1984) Young déploie toute la puissance d’évocation onirique et merveilleuse du morceau de Saint-Saens dans une citation qui accentue son potentiel inquiétant. Cette référence aquatique et cristalline va se retrouver parfois en filigrane (« La Mouche 2 », 1989) parfois plus identifiable (« La Mutante » 1995) dans de nombreuses musiques destinées à accompagner l’étrange et l’inexpliqué.

Young ne cache pas son admiration pour un autre vénéré confrère, Jerry Goldsmith, auquel il rend un bel hommage en s’essayant à la musique atonale (un genre dont Goldsmith a démontré la maîtrise sur « La Planète des Singes ») pour le survival spatial « Def-Con 4 » (1985) ou en offrant à « L’Invasion vient de Mars » de Tobe Hooper (1986) une mélodie d’ouverture rassurante et nostalgique dans la veine de « Poltergeist ».

Mais la musique de Young n’est pas qu’hommage et citation, tous ces ingrédients réunis forment une recette à part entière et le style propre de Christopher Young s’affirme alors que les grands studios d’Hollywood lui ouvrent leurs portes, et ce style est gothique en diable. Dans « La Revanche de Freddy » ne subsistent que quelques notes du thème de Bernstein pour « Les Griffes de la Nuit », détrôné par une suite macabre annonciatrice de la collaboration entre Young et Clive Barker sur « Hellraiser » (1987) et « Hellraiser 2 » (1988) qui donne lieu à une véritable symphonie infernale.
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La suite de sa carrière voit s’aligner les compositions pour des films de plus en plus grand-public, de « La Part des Ténèbres » de Romero à « Simetierre » version 2019, en passant par « Copycat » de Jon Amiel, « Meurtre à la maison blanche » de Dwight Little, « Terre Neuve » de Lasse Hallström ou « Ghost Rider » de Mark Steven Johnson. Parmi les collaborations notables de Christopher Young, son association à Sam Raimi représente un terrain de jeu conséquent, puisque le réalisateur/producteur à l’origine de la saga « Evil Dead » lui offre de travailler sur des œuvres aussi variées que « Intuitions » avec Cate Blanchett (2000), « The Grudge » (Takeshi Shimizu, 2005) et « Sipderman 3 » (2007) véhicule essentiel à la reconnaissance publique de Young puisqu’il succède à Danny Elfman dans une saga à succès.

Véritable grand huit musical de la peur « Jusqu’en Enfer » (2009) marque pour l’instant l’apogée de la collaboration Young-Raimi qui n’est pas prête de prendre fin, puisqu’en 2020, Christopher Young était à nouveau associé au facétieux Sam pour trois épisodes de la série « Fifty States of Fright » consacrées aux légendes urbaines américaines. Rappelons-nous que Young avait composé un score superbe pour le film « Urban Legend » de Jamie Blanks (1998), il semble donc qu’il continue d’évoluer dans son élément naturel.


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