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Claude Lelouch : 50 films !

Par Loïc Gourlet


50 films donc (même si, entre les long-métrages, les courts, les documentaires, les œuvres collectives, le décompte de 50 est sans doute un peu plus complexe qu’il n’y paraît…). 50 films ! Rares sont les cinéastes à atteindre ce cap. Jean-Luc Godard, Woody Allen, Claude Chabrol guère plus ; Steven Soderbergh les rejoindra peut-être s’il ne décide pas une nouvelle retraite… Même des réalisateurs pourtant prolifiques tels que Michelangelo Antonioni ou Manoel de Oliveira n’ont pas atteint ce nombre. Et donc 50 films. Le moment idéal pour un bilan sur la carrière d’un cinéaste qui, en plus de 60 ans, n’aura eu de cesse d’interroger la matière cinéma.

Commencée dans les années 50 au Service Cinématographique des Armées, la carrière de Claude Lelouch aura connu diverses périodes. Celle des débuts, de la légèreté technique, des jeux avec les codes du cinéma et avec ses spectateurs. Celle de sa « Nouvelle Vague » en somme, puisqu’il ne fera jamais partie de la Nouvelle Vague, l’officielle. Celle de ses contemporains Godard, Rohmer, Rivette et autres.

Pourtant, comme un Truffaut, Claude Lelouch interrogeait la société française et ses mutations. Comme une Varda, ses personnages étaient d’abord et avant tout le cœur de ses films. Comme un Godard ou un Marker, il expérimentait et réinventait le « cinéma de papa », celui des Carné, Clair et Clouzot. La seule différence entre lui et la Nouvelle Vague, qui n’avait de cesse de fustiger « La qualité française » et qui se construira en opposition à elle, Claude Lelouch lui ne renie rien, ne rejette rien. Lui aussi créait une nouvelle forme de cinéma. Mais, il ne pourfendait pas pour autant les films et les auteurs qui avaient bercé sa cinéphilie de jeunesse. Ainsi, de cette première période, retenons "’amour avec des si…" (1962), "Une fille et des fusils" (1964) et, bien évidemment, "Un homme et une femme" (1966).

Puis vint le temps des fresques. Une longue période où, pendant presque 30 ans, il alternera les grands films flamboyants et les œuvres plus intimistes. "Un homme et une femme" lui aura tout ouvert, tout permis, alors il se permet. Il envisage dès lors le Cinéma avec un grand C : "Un homme qui me plaît" (1969), "Toute une vie" (1974), "Un autre homme, une autre chance" (1977). Enfin, son film-somme : "Les uns et les autres" (1981). Dans la même veine, viendront, après "Partir, revenir" (1985), "Itinéraire d’un enfant gâté" (1988), "La belle histoire" (1992) et "Les Misérables" (1994).

Pourtant, au milieu de ces films démiurgiques, il s’essaie parfois à d’autres genres, souvent en les mélangeant tous. Par exemple le polar avec "Le voyou" (1970), "Le chat et la souris" (1975), "A nous deux" (1979). Mais aussi le film de gangsters avec "Le bon et les méchants" (1975), "Attention bandits" (1987). Ou encore les films plus légers tels que "L’aventure c’est l’aventure" (1972), "Robert et Robert" (1978). Voire plus intimistes avec "Mariage" (1974) et, bien sûr, ses grandes histoires d’amour telle "La bonne année" (1973) parvenant à donner à Lino Ventura, dans un rôle à contre-emploi, l’une de ses prestations parmi les plus remarquables.

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L'aventure c'est l'aventure de Claude Lelouch avec Jacques Brel, Lino Ventura, Charles Denner, Aldo Maccione, Charles Gérard, Johnny Hallyday

1990, avec "Il y a des jours et des lunes", Lelouch fait évoluer son cinéma vers une dimension plus verbeuse, plus lelouchienne en quelque sorte. Un aspect que ne manqueront pas de surligner ses détracteurs. Si, dans ses premières années, la caméra constituait le personnage principal de ses films, désormais il va laisser la part belle à ses comédiens. Ses personnages des débuts pouvaient parfois être assez mutiques. Désormais, ils parlent, beaucoup. Ses comédiens improvisent, souvent. Ce sera le cas dans "Tout ça pour ça" (1993), "Hommes, femmes : mode d’emploi" (1996), "Les Parisiens" (2004). "Le courage d’aimer", en 2005, marquera la fin du système. Echec commercial ! Echec tout court. Claude Lelouch va devoir se réinventer à 70 ans.

Le film du renouveau sera "Roman de gare" (2007). En dehors du de l’anecdote du pseudonyme pour réaliser le film, ce qui compte ici c’est la remise en avant du scénario. Un Lelouch reste un Lelouch avec ses gimmicks, ses impros. Mais, dorénavant, il va remettre du cinoche dans son cinéma en sortant des villes et en voyageant dans le monde et dans le temps. Ce sera le cas avec "Ces amours-là" (2010), "Salaud on t’aime" (2014) et "Un plus une" (2015).

Si les comédiens ont toujours été la pièce centrale de ses œuvres, depuis quelques films, depuis "Chacun sa vie" (2017) pour être plus précis, le constat est encore plus criant. On peut effectivement avoir le sentiment que, plus encore que dans les années 90-2000, ses acteurs peuvent parfois donner l’impression d’être (trop ?) en roue libre. Le risque est que lui, le cinéaste démiurge qui ose tout, tente tout, prend tous les risques, se retrouve à trop dépendre des autres, de ses acteurs. De cela peut ressortir une certaine magie quand deux comédiens aussi magnétiques que Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée sont à l’écran pour l’ultime chapitre de "Un homme et une femme" ("Les plus belles années d’une vie", 2019). Toutefois, malheureusement, la magie n’opère pas toujours.

On ne sait pas où et comment Lelouch va revenir, rebondir ? La fin du film "L’amour c’est mieux que la vie" annonce une suite. Est-ce vraiment souhaitable ? On parle de rushes d’un film avec Jean-Paul Belmondo qui pourrait finalement se transformer en documentaire. Un autre projet ? Ce qui est certain c’est que désormais chaque film compte et qu’on attend le prochain avec la même impatience que les précédents.

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