26 octobre 2020
Focus

Ennio Morricone : Addio Maestro

Par Gabriel Carton

Un monument de la musique s’en est allé. Ennio Morricone plus certainement que n’importe quel autre compositeur marqué la musique de son siècle. Né en 1928, Ennio Morricone a disparu le 6 Juillet 2020 à l’âge de 91 ans et s’il appartient aux encyclopédies du cinéma de retracer la carrière d’un compositeur ayant associé son nom à près de 500 films, il appartient à la postérité de démontrer son influence et de faire accéder ce nom à l’immortalité.

Connu et reconnu avant tout pour l’identité nouvelle qu’il a conférée au western à travers sa longue collaboration avec le réalisateur Sergio Leone (les quelques 10 millions de copies vendues hissent d’ailleurs la bande originale d’IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST au rang des best-sellers mondiaux), Morricone est devenu un emblème du genre, multipliant les compositions pour d’autres petits génies du colt et de la poussière, tels Solima ou Corbucci.

Si Morricone doit en grande partie sa renommée mondiale au western, ce que le western doit à Morricone est inimaginable. Loin des gimmicks associés au genre, le compositeur a intégré toute la palette du drame à des accompagnements musicaux qui se sont transformés en véritables miroirs du scénario, hissant le divertissement populaire au rang d’opéra tragique. Combien de scènes ou d’images iconiques ne semblent plus exister que pour convoquer dans l’esprit du cinéphile mélomane les thèmes musicaux qui les accompagnent ?

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Il est impossible de cantonner la musique de Morricone à un genre précis, elle distille sa propre mélancolie, raconte sa propre histoire qui coure au travers d’œuvres aussi diverses que POUR UNE POIGNÉE DE DOLLARS (Sergio Leone), QU’AVEZ-VOUS FAIT À SOLANGE (Massimo Dallamano), CINÉMA PARADISO (Giusepe Tornatore), HOLOCAUST 2000 (Alberto De Martino), ORCA (Michael Anderson) jusqu’aux films de Quentin Tarantino qui illustrent parfaitement l’indépendance que peut se permettre son œuvre. Les barrières entre le polar, le fantastique, la comédie, le drame s’abolissent, renversées par le pouvoir de l’émotion brute et l’émerveillement peut surgir au détour de chaque accord.

Apparaitrait-il trop sentimental d’affirmer qu’il y a un « mystère Morricone », un indicible sortilège qui donne à sa musique une vie propre quand nombre des films pour lesquels elle a été composée ont sombrés dans les ténèbres de l’oubli ? Repris, réarrangés, samplés à n’en plus finir, certains morceaux continuent seuls leur chemin, traversent les genres, les modes, les générations, offrent chaque jour au novice une passerelle vers une infinité de découvertes. Ils deviennent la matière qui façonne le paysage de nos songes. Alors, addio Maestro, le voyage s’achève pour vous, mais pour toutes les oreilles du monde, il se poursuivra longtemps.

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