19 octobre 2019
Focus

Jack Arnold

Jack Arnold, Géant de la peur : arachnophobes s'abstenir !

Chez Elephant Films

Par Gabriel Carton

coffret-dvd-jack-arnold

C'est en 1953 que Jack Arnold commence à faire parler de lui grâce au MÉTÉORE DE LA NUIT (IT CAME FROM OUTER SPACE), mais c'est avec L'ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR (CREATURE FROM THE BLACK LAGOON) en 1954 qu'il va jouir d'une renommée internationale et durable. Il s'agit en effet de la dernière pierre de l'édifice « Universal Monsters » qui sera prolongée par deux suites REVENGE OF THE CREATURES (toujours de Jack Arnold en 1955) et THE CREATURE WALKS AMONG US (John Sherwood, 1956).

Grand amateur de science-fiction, Jack Arnold continue sur sa lancée en alternant l'infiniment grand avec TARANTULA et l'infiniment petit avec L'HOMME QUI RÉTRÉCIT (THE INCREDIBLE SHRINKING MAN, 1957).

Ces deux titres ont l'honneur d'un combo Blu-ray/DVD à paraître le 27 juin prochain chez l'éditeur Elephant Films qui fait, décidément, le bonheur des cinéphiles.


TARANTULA

TARANTULA est l'un des meilleurs représentant d'une catégorie du cinéma d'épouvante mettant en scène des insectes et autres bestioles généralement minuscules monstrueusement agrandies, la série B du gigantisme entomologique telle que l'ont popularisé DES MONSTRES ATTAQUENT LA VILLE (THEM !, Gordon Douglas, 1954) ou LA CHOSE SURGIT DES TÉNÈBRES (THE DEADLY MANTIS, Nathan H. Juran, 1957).

TARANTULA emprunte d'ailleurs au film de Gordon Douglas son postulat alarmant quant à certaines expérimentations quand bien même elles ont pour moteur les meilleures intentions. Même si le lien avec la radioactivité est beaucoup moins explicite, le gigantisme de l'araignée titulaire est bien le fruit d'une expérience qui n'a rien d'un cadeau pour l'humanité comme en témoigne les déformations qu'elle a occasionnées sur les hommes en ayant fait les frais et qui suscitent un malaise certain.

Dans un laboratoire aux abords d'une ville fictive,  Desert Rock, Le professeur Gerald Deemer (Leo G. Caroll) travaille  à l'élaboration d'un nutriment révolutionnaire, dont les propriétés ne sont pas sans évoquer la base du roman THE FOOD OF THE GODS de H.G. Wells (adapté en 1965 puis en 1976 par Bert I. Gordon). La formule finira accidentellement par être injectée à une tarentule qui ne va pas tarder à s'échapper. Si au moment de son évasion, la bête n'atteint pas la taille d'un chiot, elle ne cesse de croître et se montre dangereuse au point de menacer la ville.

En plus d'être colossale et meurtrière, l'araignée semble indestructible et traverse sans encombre les murs d'explosions que l'armée dresse devant elle. Jack Arnold se montre particulièrement inspiré lorsqu'il s'agit de suivre l'avancement de son monstre dans le désert.

Jouant d'abord la carte du mystère, ne dévoilant qu'avec parcimonie la source du chaos, il se montre de plus en plus franc, jusqu'à cadrer l'araignée gigantesque dans toute sa gloire monstrueuse et n'a pas à rougir du résultat. Les effets de transparence impressionnants et l'utilisation d'une véritable araignée pour les plans larges rendent le dernier tiers étonnamment crédible autant que spectaculaire.

On notera pour l'anecdote l'apparition d'un tout jeune Clint Eastwood à la tête d'un escadron de l'US Air Force menant une attaque aérienne sur la bête.


L'HOMME QUI RÉTRÉCIT

Adapté de son propre roman par Richard Matheson, L'HOMME QUI RÉTRÉCIT est l'un des nombreux exemples de la mine d'or que représente l'auteur pour le cinéma fantastique.

Des adaptations de ses œuvres (de celui qui nous occupe jusqu'à THE BOX de Richard Kelly en passant par JE SUIS UNE LÉGENDE ou LA MAISON DES DAMNÉS) à son travail de scénariste, sans mentionner la somme colossal de ses collaborations télévisuelles, Matheson fait partie de ses légendes du fantastique sous toutes ses formes et l'un des principaux gages de qualité de ce film qui est depuis devenu l'œuvre signature de Jack Arnold.

Lors d'une croisière en bateau, Scott Carey entre en contact avec un mystérieux brouillard. Peu de temps après, il constate qu'en plus de perdre du poids, il perd significativement en taille. Scott perdant des centimètres chaque jour ; s'engage alors une course contre la montre et une série de tests médicaux pour tenter d'inverser le processus. Hélas pour Scott rien n'entrave son incroyable rétrécissement et il se résigne peu à peu son sort abandonnant une existence normale.

L'HOMME QUI RÉTRÉCIT bénéficie d'une écriture subtile et d'un concept aux potentialités affolantes et parfaitement exploitées. Scott Carey (Grant Williams) n'affronte pas ici des créatures d'un autre monde, mais bien ce qui, dans notre monde n'apparaît jamais comme une menace.

Mais ce sont moins ses batailles pour la survie, contre son propre chat pour lequel il devient l'équivalent d'une souris, ou contre une araignée (le même spécimen d'ailleurs que pour TARANTULA) face à laquelle il prend des allures de moucherons, que les implications de sa différence de plus en plus marquée au sein de la société dans laquelle il pensait être installé.

Personne ne rétrécit » s'entend-il dire par son médecin, alors qu'à l'évidence, lui, il rétrécit. On refuse d'emblée à Scott la possibilité de la différence et on ne peut pas rectifier ce qui n'est pas possible. Scott découvre peu à peu qu'il n'aura plus jamais les mêmes relations avec le monde, sa taille le reléguant à la marge.

Ce n'est pas pour autant que Matheson et Arnold en font un monstre et c'est dans la rencontre d'un Scott avoisinant le mètre avec une jeune femme de petite taille, que resplendit toute l'humanité d'un scénario aux allures de conte.

Les rapports de Scott avec sa femme s'en trouvent aussi changés. Impuissante face aux évènements, Louise Carey (Randy Stuart) finit par infantiliser complètement son époux. Indexant son comportement vis-à-vis de lui sur sa taille, elle le dévirilise complètement, le summum étant la maison de poupée qu'elle aménage pour lui alors qu'il passe la barre des 20 cm.

Le long chemin de Scott vers l'infiniment petit donne lieu à des séquences d'anthologie parfois ponctuées d'humour ou de terreur, mais le plus souvent d'une émotion brute qui fait de L'HOMME QUI RÉTRÉCIT, plus qu'une simple série B au propos sensationnel, un chef-d'œuvre de la science-fiction au final aussi majestueux que son héros est minuscule.


Leo G. Carroll dans Tarantula



Grant Williams dans L'homme qui rétrécit

LE COFFRET

Engagé dans une relation passionnée avec Universal, Elephant Films, après nous avoir régalé des avatars de Frankenstein, Dracula, la momie, l'Étrange Créature, le Loup-garou (et la louve-garou) et l'homme (et la femme) invisible, poursuit son exploration du catalogue monstrueux de la firme.

Le coffret « Jack Arnold, géant de la peur » se composera de quatre disques (un blu-ray et un DVD pour chaque film) proposant pour chacun des deux films de nouveaux masters HD. TARANTULA, qui n'a apparemment jamais été doublé en français, sera proposé en VOST uniquement. L'HOMME QUI RÉTRÉCIT, quant à lui, aura droit à une VF en plus de la VOST. S'ajoute au panier un livret de 48 pages signé Matthieu Rostac, journaliste pour So Film.

Au menu de chaque disque, on aura bien entendu droit à la traditionnelle et inégalable présentation de Jean-Pierre Dionnet qui s'étendra longuement sur la genèse des films, leur casting et leur place dans l'Histoire du cinéma. Dans un second bonus, le grand homme se fera un devoir de nous instruire un peu plus en détail de la carrière de Jack Arnold, de quoi faire de ce beau coffret un indispensable.

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